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Le vampire,
une figure mythique moderne
L'Autre, ce Monstre !
Un autre trait essentiel pour
cerner l'image du vampire est cette dimension de l'altérité.
Le vampire est d'abord autre par sa nature. Animal doté
de pouvoirs surnaturels, immortel prédateur de l'homme.
Le vampire est un monstre, et le monstre est défini comme
un être anormal. Comment mieux définir à son
tour le terme d'anormalité comme ce qui est différent
des choses jugées normales, ce qui est "autre".
Cette autre chose est apparentée de façon surprenante
à l'animal. Le Nosferatu de Murnau est en cela exemplaire:
Chauve, oreilles en pointe, mains griffues
Le Dracula
de Stoker n'est pas en reste avec ses transformations animales
ou plus étrange encore en brumes. Et si des vampires plus
récents subissent moins cette animalité, ils possèdent
encore de ces étranges pouvoirs qui les rendent autres.
Lestat (dans les romans de Anne Rice) peut se déplacer
à une vitesse surhumaine et même si Neil Jordan dans
son adaptation d'Entretien avec un vampire
nous montre Louis sous les traits de Brad Pitt et Lestat sous
ceux de Tom Cruise, dont la beauté rivalise avec celles
de leurs personnages dans le roman, le maquillage de ces derniers
rend toute leur altérité : leur peau est translucide
et que dire de ces étranges yeux bleus ?
Bref, si le vampire ressemble de plus en plus à l'homme,
par certains détails, il reste, heureusement pour nous,
autre.
Mais le vampire est surtout l'Autre.
Cet étranger d'où provient le malheur, la cause
de nos ennuis, de notre mort. Le responsable d'actes criminels
est toujours d'abord l'autre.
L'Autre est également un envahisseur, une menace pour notre
famille, notre pays. On retrouve ce propos explicitement souligné
dans l'uvre de Bram Stoker. Dans le roman, le docteur Van
Helsing déclare, en parlant de Dracula : "Dans l'esprit
d'enfant qui est le sien, il avait depuis longtemps conçu
l'idée de venir dans une grande ville
Il est venu
à Londres envahir un pays nouveau." (PELOSATO Alain,
"Dracula : portrait des principaux
protagonistes du roman" in Phénix, n°39,
op. cit.,p. 41)
Mais ce trait du vampire a tendance
à diminuer, voire s'effacer. Aujourd'hui, le vampire se
confie aux journalistes (Entretien avec
un vampire de Anne Rice), ou à de simples personnes
(Les confessions de Dracula de Fred
Saberhagen). Bref, il parle, témoigne de son existence
et de son état de vampire, nous livrant ses secrets, son
origine, ses souffrances
Et par ces aveux, le vampire s'éloigne
de la figure du monstre, se rapproche de l'homme et de ses problèmes.
C'est ce que veut dire Roger Bozetto lorsqu'il affirme : "
Le refus de laisser le vampire parler de soi, en somme de lui
donner la parole, est le signe d'une volonté de faire de
l'étranger un monstre et donc à le condamner sans
l'avoir entendu." (BOZETTO Roger, "Anne
Rice et le secret du vampire, un scoop ?", in Phénix,
n°39, Lefrancq, Bruxelles, 1995, p. 63). Ceci n'est plus vrai
aujourd'hui, le vampire a la parole, le droit à sa défense.
Une certaine compassion naît alors chez le témoin
(lecteur ou spectateur) de ce nouveau visage. Qui ne s'est pas
pris de pitié ou n'a pas versé quelques larmes pour
le Dracula de Francis Ford Coppola
(1992), lorsque dans la scène finale, Mina embrasse le
Comte mourant, nous apparaissant pourtant sous les traits d'un
monstre. Quelle différence d'avec la mort du Comte dans
le roman de Bram Stoker où le lecteur ressent plutôt
un certain soulagement.
Êtres fantastiques, mythes
incontestables, les vampires nourrissent notre imaginaires de
par leur extraordinaire richesse. Symboles de mort, d'érotisme
(de vie ?), ils expriment des sentiments fondamentaux. Figures
de l'autre, ils sont cette part obscure de nous-mêmes, que
l'on rejette. Ils sont objet de haine et désir. Répulsion
et attirance. Une des plus grandes figures mythiques qui soient.
© Christophe
Van De Ponseele, septembre 1999
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