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Le vampire,
une figure mythique moderne
La Figure du Vampire comme
reflet profond de nos angoisses
Le vampire comme toutes les figures
mythiques est le symbole de sentiments profonds qui animent l'homme,
de ses questions, de ses angoisses. Nous en avons retenu trois:
la Mort, l'Amour dans ses dimensions de séduction et d'érotisme
et l'altérité comme peur de l'inconnu.
Figure de Mort
"La mort est naturelle
- Néanmoins, elle apparaît comme une agression :
elle se vit ou se perçoit comme un accident arbitraire
et brutal qui prend au dépourvu : la mort est "inhumaine",
irrationnelle, insensée comme la nature lorsqu'elle n'est
pas domestiquée" (THOMAS Louis-Vincent,
La Mort, Paris, P.U.F., 1988, p. 16).
Il est étonnant de voir dans cette phrase reprise à
Louis-Vincent Thomas combien la mort et le vampire ont des points
communs. Inhumaine, irrationnelle, insensée comme la nature
lorsqu'elle n'est pas domestiquée. Ainsi est le vampire
: un animal sauvage, inhumain que la raison ne peut accepter tout
comme nous ne pouvons accepter la mort. Même aujourd'hui,
alors que de nombreux débats et publications parlent ouvertement
de la mort, nous devons admettre qu'elle reste un tabou. Il y
a une "contradiction entre le souhait de clarté qu'on
formule dans l'absolu, et le blocage qui se retrouve, très
fort, au niveau de ma propre mort" (VOVELLE Michel,
La Mort et l'Occident de 1300 à
nos jours, Paris, Gallimard, 1983,
p. 694.). A un niveau individuel, lorsqu'on pense à notre
propre mort ou à celle d'un proche, nous la refusons purement
et simplement. C'est la raison pour laquelle la médecine,
son progrès et toute autre science visant à combattre
la maladie, la mort, nous sont précieuses. C'est notre
quête de l'immortalité. Immortalité qui se
trouve être la première caractéristique du
vampire. Il est cette chose impossible qui a vaincu la mort, notre
modèle, notre espoir d'aujourd'hui. Mais il incarne tout
aussi bien, ce qu'il représentait pour les gens du XIXème,
le symbole menaçant de la Grande Faucheuse. Point commun
entre le Dracula
de Bram Stoker et certains récits contemporains (Tapineuses
vampires de Ray Garton, 1991; Les
enfants de la nuit de Dan Simmons,
1992; Le mal des vampires de
Norman Spinrad, 1993 ou encore Je
suis une légende de Richard
Matheson, 1954.), ils mettent en scène, en avant ou arrière-plan,
des maladies liées au sang. Stoker avait à son époque
la syphilis, aujourd'hui nous avons le sida. Deux maladies qui
se transmettent via le sang et aboutissent à la mort. Chose
étonnante, les vampires craignent aujourd'hui la mort.
Ainsi Miriam (Célèbre vampire des Prédateurs
de W. Strieber, 1981) s'intéresse au processus de vieillissement,
Carmilla (non pas l'héroïne de Le Fanu, mais celle
de Jeanne Faivre d'Arcier dans Rouge
flamenco, 1995) a même son propre
laboratoire de recherche.
Reste à ajouter que le
vampire est figure de mort car il s'attaque à la vie. "La
force, la santé de l'homme résident dans le sang.
C'est l'élixir de vie, la première nourriture de
l'enfant dans le ventre de sa mère. Entre prendre conscience
que le sang était nécessaire à la vie et
le croire synonyme de celle-ci, il n'était qu'un pas à
franchir
Si le sang était la vie, absorber du sang
revenait à absorber la vie - et l'âme"( LEATHERDALE
Clive, Dracula, du mythe au réel,
Paris, Dervy, 1997, p. 26.). En se nourrissant de sang humain,
il constitue une menace mortelle pour les hommes, il est symbole
de mort.
On le voit, la mort traverse les
récits vampiriques, elle transcende la figure du vampire,
est au centre de ses actes et aujourd'hui, de ses réflexions.
Séduction
et Erotisme
Le vampire a été
et est encore toujours utilisé pour braver l'interdit,
le tabou jeté sur l'érotisme (bien qu'aujourd'hui
on ne puisse plus parler de tabou, quoique le sexe si fortement
lié à la mort, dans des représentations perverses
où le vampire est bien souvent acteur, peut encore être
l'objet d'un certain tabou, du moins d'un interdit moral).
Timidement, par les interprétations
de Bela Lugosi et Christopher Lee, la séduction va s'imposer
comme un des traits majeurs du vampire. Certes, le rapport érotique
était déjà présent dans les textes
littéraires du XIXème mais il n'était pas
exprimé ouvertement (Dracula
de Stoker en est l'exemple parfait : aucune scène n'est
explicitement érotique, les "baisers" sont des
morsures, les caresses sont des séductions dont le but
n'est pas l'acte sexuel mais la recherche d'assouvir sa faim.
Pourtant une relecture du roman vient facilement à démontrer
le caractère érotique "caché".
Des actes de voyeurisme, pédophilie, inceste, adultère
sont facilement repérables), ou s'il l'était, il
était condamné, marqué de la perversité
et d'une origine démoniaque (rapports lesbiens de Carmilla
de Le Fanu).
Les rapports sexuels avec
une créature vampirique semblent a priori obscènes
et pervers. Qu'on pense seulement que les vampires sont des êtres
morts et on voisine avec la nécrophilie. Mais cette perversité
est fondée. Et on la retrouve dans toute la déclinaison
du thème dans les uvres pornographiques.
Mais la dimension érotique du vampire est également
présente dans des uvres a priori moins perverses,
on peut même aller jusqu'à dire que l'érotisme
est devenu inséparable de la figure du vampire (et l'a
d'ailleurs toujours été). Sexe et vampirisme sont
liés, d'abord parce que l'acte simple du rapport au sang
(morsure, succion, don de vie, création de vampires
)
est déjà fortement sexuellement marqué, ensuite
car autour de ce premier rapport s'en créent d'autres qui
bravent quant à eux toute moralité sexuelle s'il
en est. Prenons l'exemple des Chroniques
des vampires de Anne Rice : relations
homosexuelles, incestes et pédophilies parcourent l'uvre
de cette dernière (Jean Marigny en détaille les
aspects dans son article "Vampirisme
et sexualité dans les Chroniques des vampires"
in Phénix n°39, Bruxelles, Lefrancq, 1995, pp. 77-83).
Ainsi, le vampire figure l'érotisme, surtout le côté
non admis, l'interdit, le jugé licencieux, pervers
Une question se pose alors. Au XIXème, le sexe était
considéré comme péché, et la figure
vampirique comme incarnation du mal, on comprend dès lors
le lien obligé entre les deux. Mais aujourd'hui, le vampire
devenant plus un idéal (immortalité, séducteur
aux nombreuses conquêtes, jouisseur privilégié
des libertés, etc.) qu'un être immonde et à
rejeter, plus un "modèle" qu'une horreur, on
voit, dès lors, tout le danger de décrire un vampire
sexuellement pervers. A moins que le "modèle"
se nourrisse justement des désirs de notre époque.
Le vampire serait-il un dénonciateur de notre propre perversité
?
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