Le vampire,
une figure mythique moderne
Par Christophe
Van De Ponseele, septembre 1999
Le vampire est une figure représentative
du fantastique mais également comme nous allons le découvrir,
de la mythologie. Mythologie classique mais aussi mythologie moderne
c'est-à-dire des mythes qui sont encore "vivants"
aujourd'hui.
De la mythologie
Le vampire dans sa vision contemporaine
n'est pas à proprement parler une figure des mythologies
antiques. Du moins pas dans la forme qu'on lui connaît.
Pourtant, de nombreux êtres surnaturels peuplant les récits
mythologiques ont certaines ressemblances avec nos vampires. Les
êtres maléfiques se nourrissant de sang humain (symbole
de la vie) ont toujours existé. Plus encore que chez Lilith
(Isaïe, XXXIV, 14) première femme répudiée
par Adam selon la tradition juive, chez qui certains voient l'origine
des incubes, succubes et vampires, c'est en Egypte avec les goules
et surtout en Grèce avec les lamies, ces êtres fabuleux
qui effrayaient les enfants que l'on reconnaît une origine
mythologique du vampire. Lamia était une femme qui fut
aimée de Zeus et dont la jalouse Héra tua tous les
enfants. Jalouse des femmes avec enfants, Lamia enlevait ces derniers
pour les dévorer. Les lamies devinrent ensuite des démons
féminins qui recherchaient les jeunes gens pour leur sucer
le sang. Ces croyances se transmirent de Grèce à
l'empire de Rome et sont très certainement à l'origine
des croyances slaves.
Mais cette croyance en des êtres suceurs de sang se retrouve
partout ailleurs : l'empuse de Corinthe, les broucolaques grecs,
les Vampyrs roumains, etc.
au
genre fantastique
Très tôt le vampire
fait son apparition dans la littérature fantastique. Il
fait ses premiers pas dans la poésie, les plus célèbres
textes étant Lenore de Bürger
(1773) et La fiancée de Corinthe
de Goethe (1797). En 1819, John William Polidori, le médecin
de Byron, publie sous le nom de ce dernier, une nouvelle intitulée
Le vampire. Le thème
alors allait être repris par une multitude d'auteurs et
connaître un succès grandissant (Nodier, Gautier,
Tolstoï, Féval, Sheridan Le Fanu, etc.).
Mais en 1897, est donné
à lire au public victorien, assoiffé de mystère,
d'occulte et d'érotisme latent, un roman encore aujourd'hui
inégalé : Dracula.
Le créateur du plus célèbre des vampires,
Bram Stoker, va s'inspirer des récits qui précèdent
son Dracula, y ajoutant des éléments de folklore
et croyance des pays de l'Est. Son uvre transforme en partie
la figure du vampire en un véritable mythe moderne. Mais
la transformation fondamentale du vampire en mythe ne va pas se
faire immédiatement, un élément nouveau va
venir renforcer le phénomène : le cinéma.
D'abord avec le Nosferatu
de Murnau (1922), qui va montrer pour la première fois
l'inimaginable monstre. Mais surtout, avec l'interprétation
de Bela Lugosi (acteur devenu lui-même un mythe à
part entière) dans le Dracula
de Tod Browning (1931). Les cheveux gominés, le pouvoir
hypnotique, la cape et sous la cape le smoking, c'est à
lui qu'on les doit. Ne voit-on pas apparaître là
la représentation commune que l'on se fait lorsqu'on évoque
le mot "vampire" ? Un élément manquait
à la panoplie du "parfait" vampire: ses canines
longues et pointues. C'est encore le cinéma qui va apporter
ce dernier élément avec le Horror
of Dracula de Terence Fisher (1958)
avec dans le rôle du Comte, l'inoubliable Christopher Lee.
Terence Fisher va accentuer également le côté
érotisé du personnage, si Bela Lugosi ressemble
déjà à un séducteur, faisant oublier
l'image monstrueuse originelle et autre Nosferatu, Christopher
Lee, dans la dizaine de films où il interpréta le
rôle, donne quant à lui au personnage bien plus qu'un
charme certain. Mais malgré cette évolution, le
vampire reste au-dessus des sentiments humains d'amour. Il n'est
pas romantique. Aucune parole n'est sensuelle, c'est l'acte érotique
qui est recherché avant tout. En cela, le vampire est et
reste un "monstre", incapable de remords ou autre sentiment.
Il se nourrit du sang de ses victimes, recherchant le plaisir
égoïste que lui procure cet acte.
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