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Utopie
Egalité,
fraternité
communauté !
Au 18ème siècle s'ancre
dans les récits utopiques l'idée d'égalité.
Pour Montesquieu, Diderot ou encore Morelly, le but recherché
est une société égalitaire. Morelly allant
jusqu'à désigner le luxe comme l'ennemi, l'homme
ne devant travailler que pour subvenir à ses besoins, tout
excès ne menant qu'à la perte de l'égalité
recherchée entre tous les hommes. Un autre penseur, Dom
Deschamps, exige pour conduire à l'égalité,
de supprimer tout ce qui crée des différences. Aussi
bien le système de propriétés privées
que les Arts et Sciences ! Seules les connaissances agricoles
devront être préservées, pouvant à
elles seules aider à nourrir les hommes. La campagne est
alors le lieu tout désigné pour vivre cette utopie,
la ville étant un lieu de perdition. Mais cette idée
de bonheur campagnard va vite être oubliée avec l'apparition
des machines et l'ère industrielle qui s'ouvre aux gens
de la fin du 18ème siècle. Les inventions, le haut
rendement économique et la prospérité de
l'économie occidentale vont mener à changer les
visions utopiques. Le bonheur n'est plus dans le passé
mais dans l'avenir. Du même coup, l'utopie n'est plus inaccessible,
elle devient possible et l'homme se doit de la réaliser.
Rousseau définira l'homme comme un être par nature
perfectible, donc l'utopie n'est plus un rêve mais une promesse.
Vont alors se développer de nombreuses théories
que l'on peut qualifier d'utopiques. Le lieu insulaire, presque
irréel va disparaître en faveur d'un futur prospecté.
Déjà, au temps de la révolution française,
des architectes comme Ledoux ou encore Boullée vont s'illustrer
par leur imagination venant concrétiser des idées
utopiques. Les bâtiments sont pensés en terme de
fonctionnalité. Toute construction doit ressembler à
sa fonction (pour plus de détails, voir l'article sur l'architecture
et l'utopie). Parmi toutes les théories (dont le socialisme
et le communisme) citons celle de Charles Fourier (1772-1837).
Ce dernier parle d'attraction passionnelle. Il avance une théorie
compliquée selon laquelle chaque être en lien avec
l'univers a sa propre caractéristique et c'est tant mieux.
Cela permet certaines combinaisons. Il existe 13 passions qui
aboutissent à 810 combinaisons représentant la perfection
communautaire. Fourier propose que des communautés qu'il
nomme des phalanstères ou phalanges s'établissent
selon ces règles de combinaison passionnelle. Victor Considérant,
Zoé Gatti de Gamond, Albert Brisbonne s'y essaieront, apportant
leurs variantes
tous échoueront à construire
leur cité utopique.
Utopie
ou contre-utopie ?
Mais
en définitive, l'utopie se révèle être
un projet pour le moins tyrannique. Elle ne peut se penser sans
la suppression de certaines libertés individuelles. Penser
le collectif exige des sacrifices. (voir les encadrés gris
qui reprennent quelques uvres mettant en scène des
univers utopiques, désignant leurs faiblesses, leurs défauts
et leur cruauté). La fin du 19ème siècle
et le 20ème siècle vont curieusement voir une réaction
assez violente face aux utopies antérieures. Wells dans
"Machine à explorer le Temps" (1896), Bradbury
dans "Farhenheit 451" (1953) ou encore Huxley dans "le
meilleur des mondes" (1932) pour ne citer qu'eux font partie
du courant contre-utopique qui va se développer tout au
long du 20ème siècle. Une critique dure vis-à-vis
des paradis sociaux qu'étaient sensés représenter
les utopies. Surtout, ces auteurs vont dénoncer les recherches
abusives du Bonheur ou la privation tyrannique des droits individuels
pour le bien commun. Le cinéma ne sera pas non plus en
reste, Lang ou plus récemment, Lucas s'y sont également
attaqués (voir article sur le cinéma utopique).
Les projets utopiques sont nés
de l'imagination d'auteurs et d'artistes qui vivaient des époques
de changement, de crise sociale où les valeurs morales,
économiques ou politiques étaient remises en question.
Mais c'était également des périodes favorables
à l'imaginaire, aux découvertes les plus folles
(comme la découverte de terres inconnues, l'Amérique
notamment), aux espoirs les plus insensés
Périodes
au fond pas si différentes de celle que nous avons vécue
ces dernières années où par ce miroir technique
qu'est la télévision, nous avons tous pu suivre
des guerres, des famines, de nombreuses injustices qui pointent
du doigt notre système encore très peu admirable.
La fin du siècle, du millénaire!, ont ajoutés
à tout cela des questions profondes. Partout, l'homme s'est
recherché un paradis, partout le tournant du nouveau millénaire
a posé des questions éthiques et religieuses. Plus
que jamais les images malheureuses nous sont devenues insupportables
car c'est un nouveau monde qui s'ouvre à nous, une nouvelle
époque et toutes les (re)naissances sont faites d'espoir.
Il n'est donc pas étonnant de voir ci et là des
concours de nouvelles ou autres événement ayant
comme thème l'utopie, relançant la réflexion
sur l'avenir et le "meilleur des mondes" à construire
Les
mondes virtuels, utopies réelles ?
Aujourd'hui, on peut encore rattacher à cette idée
d'utopie, une prouesse technique contemporaine qui a déjà
fait l'objet de plusieurs uvres littéraires ou cinématographiques
sur le thème de ses dangers: les mondes virtuels. Le rapprochement
entre le virtuel et l'utopie est indéniable. Nous précisions
plus haut que le mot "utopie" venait du grec et désignait
à la fois un lieu de bonheur et nulle part. N'est-ce pas
là une définition correcte de la virtualité?
Elle permet en effet de construire une cité idéale,
euphorique tout en étant irréelle, inexistante.
Paradoxe de la virtualité: c'est un monde que l'on peut
sentir, voir, "toucher" et pourtant un monde irréel,
ailleurs, "intouchable". Un film comme "Matrix"
nous a posé avec merveille la question de la définition
de la réalité. L'image n'est plus perçue
comme représentation mais comme matrice, création
et créatrice d'un nouveau monde. Reste à savoir
s'il ne s'agit pas là d'une simple fuite dans l'irréel,
une "superdrogue" (avec tous les dangers qu'elle comporterait
en tant que tel, le premier étant une perte des repères)
ou d'une véritable révolution sociale qui permettrait
de vivre par procuration nos vies rêvées
Quoique
cette deuxième hypothèse rejoigne assez bien la
première.
Utopia est à nos portes. Mais il nous reste encore le droit
de refuser d'y entrer.
Christophe
Van De Ponseele
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