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Utopie
Par Christophe
Van De Ponseele (paru dans Khimaira
n°5, janvier 2000)
L'utopie. Un mot bien utilisé de tous temps et aujourd'hui
encore. Mais qu'est-ce que l'utopie? Et quelles ont été
les grandes utopies de ce millénaire? Voilà quelques
questions auxquelles nous tenterons de donner une réponse
dans cet article.
Une définition
On pourrait d'abord définir
l'utopie comme une représentation imaginaire d'un idéal
social. L'utopie, qu'elle revête la forme d'un paradis perdu,
d'un monde ignoré ou d'une planète enchanteresse,
d'une théorie philosophique ou d'un système de règles
pour une vie communautaire, n'a en réalité qu'un
seul objet, celui de désigner un système de vie
idéal.
Mais sur quoi s'établit cette recherche utopique ? Plusieurs
aspects dans les récits utopiques se ressemblent. D'abord,
il s'agit presque toujours d'une critique de la société
existante et d'une recherche de comment y résoudre les
problèmes. Ensuite, les lieux décrits prennent l'aspect
de sociétés rigides où chaque place est déterminée
et, au fond, où rien n'est laissé au hasard. Pas
si bien que ça les utopies ? Certains le pensent, puisqu'en
recherchant le bien de l'Humanité, elles condamnent le
plus souvent les libertés individuelles.
A
l'origine
Dans
l'Antiquité, l'utopie était considérée
comme passée. L'Âge d'or était derrière
nous. C'était l'époque où les hommes étaient
des dieux. Le temps est alors perçu comme éloignant
les hommes de cet idéal. L'ancienne Athènes, les
mythes de l'Atlantide et des paradis perdus (comme l'Eden) tournent
autour de ce thème de l'Age d'or, du passé merveilleux
où l'homme ne manquait de rien et baignait dans le bonheur.
Mais déjà, chez Platon, on peut relever un aspect
négatif dans la recherche utopique. Pour arriver à
une société idéale, il faut impérativement
éradiquer tous les problèmes. Ainsi par exemple
les enfants nés difformes sont simplement "éliminés".
Est-ce bien là le portrait d'une société
idéale ? C'est au 16ème siècle que Thomas
More (1478-1535) invente le mot "utopie". Ce néologisme
fut formé à partir du grec ou-topos qui signifie
"nulle part" (d'autres ajoutent encore eu-topos qui
signifie "lieu de bonheur"). Le mot définit admirablement
bien ce qu'est l'utopie: un lieu étranger à notre
monde et donc inaccessible, mais un lieu où le Bonheur
est accompli. Thomas More dans son livre Utopia, va décrire
les murs des habitants de l'île d'Utopie et ainsi
tracer la vie idéale. La construction de son île
imaginaire s'oppose déjà au niveau du langage au
monde réel.
Prenons par exemple le nom du
roi Ademus (sans pouvoir) ou encore le fleuve Anhydris (sans eau).
Tout y est nommé comme irréel, contraire. C'est
comme si notre humaniste s'était acharné à
créer un monde opposé à celui qu'il connaissait
et qui l'avait tant déçu
Sur l'île d'Utopia,
l'argent n'existe pas, les gens se servent en fonction de leurs
besoins. Il règne un climat de confiance totale et donc
les habitations sont dépourvues de serrures. Les rues sont
désertes de mendiants comme sont déserts les foyers
de personnes inoccupées (des journées de 6 heures
permettent le travail pour tous!). Enfin, pour combattre l'oisiveté
qu'engendrent les habitudes, chaque habitant est obligé
de déménager tous les dix ans
Voilà
quelques aspects d'Utopia, la plus "merveilleuse" des
cités !
Progrès
scientifique = progrès social
Par la suite, une foule d'auteurs
vont reprendre ce thème de l'utopie. Francis Bacon (dans
la Nouvelle Atlantide, 1627) par exemple, va décrire une
cité idéale, Bensalem, dirigée par des savants
secondés de techniciens. C'est ici une nouveauté
dans les récits utopiques. Ce qui est au centre de la recherche
du bien de l'Humanité est le progrès scientifique.
Cyrano de Bergerac décrira lui dans son Etats et empires
de la lune (1657), un peuple vivant étrangement, grâce
aux inventions venues améliorer leur condition. Une arquebuse
spéciale sert à abattre des alouettes qui, touchées
tombent toutes rôties, on y découvre des villes mobiles,
des maisons sur roues, etc.
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