Le
récit fantastique
dans la littérature et le cinéma
Un genre, une technique discursive, une
frontière ambiguë
Le climat fantastique
géré par la
musique procure au spectateur des informations situées en dehors
du visuel, élargissant de cette façon son champ perspectif. Après
l'hésitation arrive le règne de l'angoisse. La lumière peut également
immerger le spectateur dans l'incertitude. Le cinéma expressionniste
allemand repose souvent sur un contraste violent entre l'ombre
et la lumière. Cette opposition déforme le réel et établit une
grammaire de l'image quelque peu manichéenne: "il y a une vaste
connotation première, où la clarté ou blancheur est du côté du
bien, du bon, de la joie, de la vie, alors que l'obscurité ou
noirceur est du côté du mal, du néfaste [...] néanmoins, l'ombre
peut avoir un aspect réconfortant, protecteur; et inversement
la lumière peut être redoutable et terrifiante" [Revault
D'Allones (F.), La lumière au cinéma, Paris, 1992, pp.
91-92].
Faust de Murnau ou
Le cabinet du docteur Caligari de Weine illustrent
bien le film fantastique, car le spectateur découvre un
univers contrasté, proche de l'hallucination. La lumière
est souvent utilisée dans le but de mettre en valeur le
caractère irréel de l'objet, car le cinéaste peut s'en
servir comme moyen d'isoler un élément et de le distinguer
des autres. Ainsi, l'apparition de l'extraterrestre dans
Rencontres du troisième type prend une allure d'ectoplasme
lorsqu'il sort de la soucoupe. En effet, en arrière-plan
une vive lumière provenant du vaisseau, aussi intense qu'un
contre jour, rend la "chose" translucide et de surcroît
inquiétante. A l'inverse, les envahisseurs dans Signes agissent
dans l'ombre et le hors champ.
CONCLUSION
Le récit fantastique, qu'il soit littéraire
ou filmique, nourrit les illusions nécessaires à l'envoûtement
du lecteur ou du spectateur. Il s'agit d'un jeu subtil de faux
indices car les procédés de réalisme sont détournés au profit
du discours de l'irréel et de l'invraisemblable. Le piège suprême
consiste à nous faire croire que l'événement surnaturel s'est
réellement passé, alors que le fantastique est produit par le
pouvoir des mots ou par une caméra trop rarement subversive,
démystifiant l'irrationnel.
La
technique du fantastique, sur papier ou sur pellicule, construit
une plastique angoissante de l'image qui transgresse les frontières
entre le possible et l'impossible : véritable pragmatique de
l'incertitude. Dans sa globalité, le fantastique est un courant
littéraire, un genre cinématographique qui se structure autour
d'un certain type de personnage, de lieux, et de forme. Ces thèmes
sont révélateurs des traumatismes des sociétés. La littérature
victorienne [Cf. Shelley (M.), Frankenstein
or the modern Prometheus, Berkeley, 1994] et un certain
cinéma américain traduisent le puritanisme anglo-saxon. Cherchant à imiter
le cinéma européen, les institutions hollywoodiennes des années
soixante reflètent le malaise d'un pays effrayé par la guerre
froide. La guerre des mondes de Bob
Haskin, adaptée du roman anglo-saxon de H.G. Wells,
en est une manifestation concrète, qui se
prolonge dans les années quatre vingt dix avec Independance
Day [Voir filmographie]. Aujourd'hui, le cinéma
fantastique dévie sur le film d'anticipation avec les thématiques
suivantes : les manipulations génétiques, A
l'aube du 6è jour, la guerre bactériologique avec Rock.
Le gore laisse la place à l'épouvante psychologique. Citons la
trilogie de Scream.
La science fiction change de visage par rapport aux grands films
du genre dans les années quatre vingt. Evoquons de nouveau Blade
Runner. Elle s'oriente de plus en plus vers des "espaces-temps" qui
se croisent, se rétrécissent ou se dilatent : L'armée
des douze singes, Matrix ou
bien encore Minority report.
Le vrai film fantastique
au sens littéraire
poursuit sa route dans le cinéma d'auteur un peu confidentiel
: Les autres d'Amenàbar ou
bien encore L'échine du diable de Del
Torro en sont la preuve bien vivante mais trop rare.
Gilles VISY,
Université de Limoges
BIBLIOGRAPHIE
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fantastique, Paris : De la Martinière, 1994.
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La séduction de l'étrange, Paris : P.U.F., 1965.
FILMOGRAPHIE
A
l'aube du 6è jour de
Roger Spottiswoode, prod. Phoenix Pictures, U.S.A., 2000, 118
min.
Blade runner de R. Scott, prod. Warner Bross,
U.S.A., 1982, 116 min.
Duel de Steven Spielberg, prod. Georges Eckstein,
U.S.A., 1972, 90 min.
Edward aux mains d'argent de Tim Burton, prod.
Richard Hashimoto, U.S.A., 1991, 107 min.
Excalibur de John Boorman, prod. Orion Pictures
Compagny, G.B., 1981, 130 min.
Faust de F.W. Murnau, prod. U.F.A., All., 1926,
100 min.
Independance day de Roland Emmerich, prod.
Twenties Century Fox, U.S.A., 1995, 140 min.
L'armée des douze singes de Terry Gilliam,
prod. U.G.C., U.S.A., 1997, 125 min.
L'échine du diable de Guillermo Del Torro,
prod. Pedro Almodovar, Esp. 2001, 103 min.
L'île mystérieuse de Lucien Hubbard, prod.
M.G.M., U.S.A., 1929, 8579 pieds.
La bête au cinq doigts de R. Florey, prod.
Warner Bross, U.S.A., 1946, 110 min.
La guerre des mondes de B. Haskin, prod. Paramount,
U.S.A., 1952, 85 min.
La nuit des masques de J. Carpenter, prod.
Falcon International, U.S.A., 1978, 93 min.
Le cabinet du Docteur Caligari de R. Weine,
prod. Decla, All., 1919, 78 min.
Le portait de Dorian Gray d'Albert Lewin, prod.
M.G.M., U.S.A., 1944, 110 min.
Le testament du docteur Cordelier de Jean Renoir
, prod. R.T.F., Fr., 1959, 100 min.
Les autres d'Alejandro Amenàbar, prod. Cruise
Wagner, U.S.A., 2001, 100 min.
Les oiseaux d'A. Hitchcock, prod. Universal,
U.S.A., 1963, 120 min.
M. le maudit de Fritz Lang, prod. Nero Films,
All., 1931, 110 min.
Matrix des frères Wachowxky, prod. Warner Bross,
U.S.A., 1999, 131 min.
Minority Report de Steven Spielberg, prod.
Twenties Century Fox, U.S.A., 2002, 141 min.
Psychose d'A. Hitchcock, prod. Paramount, U.S.A.,
1960, 109 min.
Re-Animator de Stuart Gordon, prod. Brian Yuzna,
U.S.A., 1985, 105 min.
Rencontres du troisième type de Steven Spielberg,
prod. Philipps, U.S.A., 1977, 132 min.
Rock de Michael Bay, prod. Hollywood Pictures,
U.S.A. , 1996, 136 min.
Scream I de Wes Craven, prod. Miramax Films,
U.S.A., 1996, 111 min.
Scream II de Wes Craven, prod. Miramax Films,
U.S.A., 1997, 120 min.
Scream III de Wes Craven, prod. Miramax Films,
U.S.A., 2000, 118 min.
Signes de Night Shyamalan, prod. Touchston
Picture, U.S.A., 2002, 132 min.
Summer of Sam de Spike Lee, prod., Touchstone
Pictures, U.S.A., 135 min.
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