Féerie
et Fantasy
Petite introduction à la Fantasy
Après les hommes et les
caractéristiques plus ou moins étendues de leur
civilisation, ce sont la nature et ses lois qui établissent
la connexion la plus étroite entre les mondes imaginaires
et le nôtre. Si la plupart du temps, les lois naturelles
des univers de Fantasy sont identiques à celles de la Terre
- pour que le lecteur ne doive pas sans arrêt corriger sa
perception de la "réalité" alors quil
a déjà des dizaines de noms barbares imprononçables
à se remémorer - les auteurs peuvent aussi décider
de les modifier, ou den créer de nouvelles, selon
ce qui les arrange ou selon les particularités de leur
monde quils veulent rendre intéressantes. Ainsi,
dans le cycle dAmbre, Zelazny
a-t-il décidé que la poudre à canon ne pouvait
exploser sur Ambre : une façon toute simple de retourner
à des formes sociales plus élémentaires (le
courage reprenant le dessus sur la lâcheté nourrie
par la puissance des armes à feux), ou de rendre les relations
conflictuelles entre les personnages plus complexes. On peut toujours
rêver dune telle particularité pour notre monde,
autant jouer à la marelle sans caillou. Et quil est
triste de constater quun monde qui ne connaît ni la
poudre ni latome est considéré, sinon comme
sous-développé, du moins comme plus rudimentaire
du point de vue très général de la "civilisation".
La
force des armes, quelles quelles soient, est aussi importante
dans les mondes de la Fantasy que dans le nôtre - et pas
plus décisive dans Conan le Destructeur
que dans le conflit tchétchène. Notre monde, qui
fait culturellement correspondre lapogée des civilisations
avec leur plus grande expansion militaire, nous retiendrait-il
prisonnier de lâge héroïque au point que
nulle intrigue ne puisse se passer de conflit, sans aller jusquau
Choc des Titans ? Sans doute, lorsquon
sintéresse à la condition humaine, réelle
ou imaginaire, faut-il garder à lesprit les paroles
du diable de South Park, Bigger, Longer
and Uncut : "without evil, there will be no good...".
Dans un scénario bien ficelé, en tout cas, cela
semble exact, et un nouveau monde, quil soit découvert
à la voile ou à la plume, nest jamais exempt,
sinon dun manichéisme absolu, du moins dune
petite étincelle diabolique crépitant dans lombre.
Au lieu dun univers nouveau,
ou plus simplement dune terre nouvelle, certains auteurs
de Fantasy et de SF vont parfois jusquà concevoir
un multivers : un ensemble dunivers ou de plans connectés
(à la façon des Règles Avancées de
Donjons et Dragons) qui permettent
de faire jaillir à peu près nimporte quoi
de nimporte où et de bouleverser à volonté
nimporte quelle loi logique ou naturelle. À la manière
de Zelazny, ou du dessin animé Donjons
et Dragons qui berça notre enfance, on peut aller
jusquà intégrer la Terre dans le multivers
en question, parfois même de façon "imagée"
ou implicite, comme dans les scènes finales de Return
of the Jedi Special Edition qui présentent un plan
de Coruscant, capitale de lEmpire, où "on se
croirait à New York". En quelque sorte, cette particularité
permet de faire du Fantastique dans la Fantasy, et inversement.
Un démon qui surgit dans Central Park est évidemment
un élément fantastique, mais il vient obligatoirement,
si lon garde en tête notre définition, dun
monde de Fantasy, tels que par exemple lEnfer
et le Paradis ("lAutre Monde" !) lont
toujours été : Dante lui-même ne les visite
quen songe, puisque leurs portes ne peuvent être franchies
sans un péril mortel, au minimum.
Si le Fantastique et la Fantasy
partagent ce qui est sans doute lélément déterminant
de leur genre - les "monstres" : étymologiquement,
toute créature qui nest ni humaine ni même
naturelle - elles ne les répartissent pas équitablement.
Les monstres traditionnels du Fantastique (le diable de Devils
Advocate, les dieux de Malpertuis,
les vampires de Blade, les fantômes
vaporeux, les momies fripées, les mains tueuses et les
gargouilles verruqueuses, sans parler de Superman et consorts)
se retrouvent parfois à la taverne de la Fantasy, mais
les créatures typiques de la Fantaisy restent le plus souvent
dans les mondes reculés qui sont "faits pour elles".
Elles sont innombrables, mais on pourrait citer - en tout cas
pour lHeroïc-Fantasy - les dragons de toutes les couleurs,
les trolls, les gobelins, les orques, les dryades, mais aussi
les races "non-humaines" comme les Nains, en tant que
race distincte des humains, ou les Elfes. Quand elles apparaissent
à la fois dans le Fantastique et dans la Fantasy, comme
cest le cas par exemple des géants, des ogres et
des "Petites-Personnes" (qui peuvent prendre des apparences
multiples : Lutins, Hobbits, Nains, Gnomes, Shninkels, Farfadets,
etc.), elles font rarement partie, du point de vue littéraire
sinon génétique, de la même espèce
: la préoccupation majeure des ogres au service de Sauron
le Seigneur Ténébreux nest sans doute pas
de courir derrière les petits enfants pour les attraper
et les manger.
Dans
la mythologie, ce que la Fantasy a, tout comme le Fantastique,
puisé le plus abondamment, ce sont sans doute les monstres
: panthéons humanisés, héros divinisés,
squelettes de Jason, Méduse de Persée, Titans, créatures
polymorphes, etc. Si les monstres traversent ainsi le temps, les
raisons en sont simples : dabord, ils sont immortels. Mais
surtout, de la face de chien du gnoll à la putréfaction
humaine de la liche, du Bisounours au Balrog de Morgoth et du
Lapin Blanc à lOiseau Bleu, le monstre est lélément
le plus "fantasy" de la Fantasy, le plus fantastique
du Fantastique, et dans la plupart des cas, il est le pilier du
genre. Ainsi en va-t-il, par exemple, du Médiéval-Fantastique,
qui nest pas de la Fantasy selon notre définition
(à condition quil situe son action dans notre monde),
et qui pourrait se résumer sans être excessivement
réduit au "Moyen Âge avec les monstres et la
magie".
La magie est aussi un élément
caractéristique de la Fantasy, comme elle lest parfois
pour le Fantastique. "Sword and Sorcery" était
un des premiers noms que lon donna au genre le plus fourni
de la Fantasy mieux connu aujourdhui sous celui dHeroïc-Fantasy.
Mais si la sorcellerie est la forme de magie la plus connue et
la plus "courue", non seulement elle existe sous de
nombreuses formes (qui vont de la plus matérielle - les
filtres, les potions, les enchantements dobjets - à
la plus éthérée - le Vouloir et le Verbe
de Belgarath), mais elle est loin, très loin dêtre
la seule. Le type de magie est laissé aux bons soins et
surtout à la Fantasy de lauteur. Bien que certaines
formes tombent en désuétude à la fois dans
notre monde et les autres (rappelons que Merlin, avant dêtre
un enchanteur, est un druide, qui utilise les pouvoirs de la nature,
exactement comme Panoramix, comme la plupart des sorciers et rebouteux
du Moyen Âge et comme tous les pharmaciens de nos jours),
les possibilités dans ce domaine sont aussi nombreuses
que celles qui concernent les monstres et les décors :
virtuellement illimitées, puisque si la baguette de Willow,
toute tordue, ne ressemble en rien à celle dun prestidigitateur,
le lien entre les deux ne saurait passer inaperçu et lobjet
en reste - paradoxe majeur de la création littéraire
fantastique - "crédible" ! On pourrait ainsi,
en moins dun quart dheure, créer quelques monstres
et deux ou trois sorts qui suffiraient à monter un nouvel
épisode de Fantasy "où tout est permis".
Mais ceci est une autre histoire
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