Hans Baldung Grien (1484-1545), un précurseur du fantastique
Hans
Baldung Grien, peintre et graveur allemand, vécut
à une époque occidentale transitoire entre
Moyen Age et Renaissance. Pour lui, la Sorcière représenta
un phénomène intriguant, l’incitant
à la figurer dans ses productions, dans le sens où
elle fut sa contemporaine. Il put la percevoir autant comme
un phénomène ancré dans une réalité
historique, qu’une icône du paganisme sur laquelle
projeter sa dimension fantastique picturale. Son iconographie
est miroir à la fois historique et psychique.
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Biographie
Hans Baldung Grien fut le contemporain
de la première chasse aux Sorcières à la
fin du Moyen Age. Plusieurs de ses œuvres illustrent l’émergence
du mythe démoniaque en Allemagne du Sud. Hans Baldung était
un artiste de la Renaissance allemande, considéré
comme l’un des plus originaux de cette période. Il
est né en 1484 à Weyersheim en Alsace. Il se forma
dans l’atelier de Dürer, maître
incontesté des arts graphiques du XVIe siècle allemand,
à Nuremberg où il fut prénommé "Grien,"
probablement à cause de sa couleur favorite, le vert.
Baldung Grien fut membre du Conseil
de la ville de Strasbourg et peintre officiel de son épiscopat.
Il a souvent représenté des Sorcières qui
suscitaient également un intérêt local: les
humanistes de Strasbourg étudiaient la sorcellerie et ses
évêques étaient chargés de chasser
les Sorcières. Dans ses représentations de sorcellerie
et de magie, il exprima le mysticisme médiéval qui
régnait à la Renaissance allemande.
Dans son style, Baldung fut inspiré
et influencé, tout d’abord par son maître Dürer,
mais aussi par Cranach, Grünewald
et Altdorfer. Ses gravures en particulier montrent
l’influence de Dürer et ses peintures, avec leurs contrastes
brillants de couleur, souvent traités avec un style cru
et brutal, une énergie démoniaque et des tendances
aux distorsions expressives sont plus proches de Matthias Grünewald.
Le style de Baldung était
réaliste mais cependant hautement imaginatif. Ses œuvres
sont curieuses, souvent mythologiques et allégoriques baignées
d’érotisme. Un intérêt pour la mythologie
antique, typique de cette époque, est combiné dans
son art avec du mysticisme et du pessimisme.
Vers la fin de sa vie, Baldung a de plus en plus représenté
des sujets profanes et séculiers, reflétant les
contraintes de la Réforme sur l’art religieux. Son
œuvre était expressive, imaginative et d’une
éclatante couleur. Il mourut en 1545 dans la ville impériale
de Strasbourg. Il fut l’une des figures les plus marquantes
de l’art renaissant nordique.
Réflexion
sur une iconographie
Puisque l’Art est magique,
affirme André Breton, puisque Freud en fait un signifiant
de la généalogie du désir, il nous semble
que Baldung Grien, pourrait ouvrir et enrichir la compréhension
de la dimension fantastique de la Sorcière.
L’oeuvre picturale de Hans
Baldung Grien, en plus de représenter et d’exprimer
les conceptions et mentalités de cette époque particulière,
reflète la période charnière qu’est
le passage du Moyen Age à la Modernité par la Renaissance.
Les caractéristiques artistiques de l’œuvre
semblent faire référence à deux codes esthétiques
différents et ses œuvres ne relèvent totalement
ni de l’un ni de l’autre.
D’abord, la technique utilisée, les supports et les
instruments sont propres au Moyen Age. L’imaginaire médiéval
est pleinement exprimé à travers les attributs des
personnages, la manière de concevoir les ventres, les poils,
les seins, ainsi que les symboles que l’on y trouve.
Cependant la Renaissance marque également cette œuvre
par la manière dont les corps sont représentés:
tout en volume et voluptueux. L’aspect psychologique des
personnages est représenté à travers les
visages expressifs. On constate également la présence
des références mythologiques, antiques et magiques
tant prisées à cette époque: les textes occultes
écrit dans une langue ancienne qui figurent sur la seconde
planche ou la jarre gravée à la dernière
font référence à un hermétisme tant
prisé, ou encore le dragon démon de la troisième
planche typique de la découverte du "monstre"
à la Renaissance.
Au–delà
de ces aspects esthétiques, Baldung Grien pose une interrogation
anxieuse sur ce qu’il exprime, il est un médium à
travers lequel passent la terreur et la fascination de ses contemporains
et de la pensée par rapport à la Sorcière.
L’artiste opère dans le domaine du mythe et du rite.
Puisque le mythe, c’est le retour aux origines, il s’interroge
sur la nature de cette origine. "L’artiste est toujours,
plus ou moins, un magicien, au sens positif du terme. Si la magie
est le langage du désir, elle est sans doute, avec la guerre,
un des seuls moyens assez puissants de suggestion pour permettre
aux hommes de transformer entièrement le lien social qui
les unit. L’art possède toujours plus ou moins le
caractère d’un rite, transmissible et sanctionné
plus ou moins officieusement par l’opinion. Il est un peu
au langage ce que la magie est à la religion."
L’œuvre est surtout
représentative de l’impact conscient et inconscient,
et de la portée terrifiante qu’a pu avoir ce phénomène
au niveau de l’imaginaire individuel et collectif. Baldung
Grien peint la Sorcière comme si elle était possible,
puisqu’elle l’était effectivement, puisqu’elle
était perçue comme réelle à l’époque.
Elle est littéralement matérialisée. Sa façon
de la représenter donne accès à toute la
symbolique et à l’imaginaire érotique que
les hommes lui ont attribués et le font même encore.
Lorsque nous, six siècles
plus tard, regardons ces représentations, cette terreur,
cette fascination nous envahit également. Elles nous ramènent
à nos propres angoisses, à notre propre inconscient.
Sa force psychique qui nous dépasse crève le tableau
pour raviver celle qui demeure en nous, que nous avons peut-être
oubliée. C’est en cela que Baldung Grien est un précurseur
du fantastique !
Alidz Savayan
Image 1: Hans Baldung Grien, Les Sorcières,
1514. Musée du Louvre,Cabinet des dessins.
Image 2: Hans Baldung Grien, Jeune sorcière et démon
sous l’aspect d’un dragon, 1515. Staatliche Kunsthalle,
Karlsruhe.
Image 3: Hans Baldung Grien, Sabbat des sorcières, 1510.
Musée du Louvre,Cabinet des dessins.
Image 4: Hans Baldung Grien, Gruppe dreier
wildebewegter Hexen, 1514. Albertina, Vienne.
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