Sandrine Gestin

une artiste protéiforme

Les amateurs de peinture et d’illustration de fantasy ont été gâtés en 2008, notamment grâce à l’abondance de produits signés Sandrine Gestin et ce, chez plusieurs éditeurs différents.

Une année faste qui se termine en beauté pour l'artiste avec la publication d’un wriche et original Art Book qui tient autant de l’autobiographie que du livre d’art.

Débarrassée des flonflons du Nouvel An, l’illustratrice a bien voulu répondre à nos questions et faire le point sur cette excellente année qui vient de se terminer.

LeFantastique.Net: Avant toute chose, quel regard portes-tu sur cette année 2008 qui t'a vue littéralement "exploser" sur les rayons des librairies avec des ouvrages chez des éditeurs aussi différents qu'Au Bord des Continents, Le Pré aux Clercs ou Nestiveqnen ?
Sandrine Gestin: Cette année 2008 fut une folie pour moi… Je n’ai jamais autant travaillé ! Je n’aurais pas cru en être capable. Mais ce fut aussi une incroyable année au cours de laquelle je me suis surpassée, je crois. J’ai aimé faire toutes ces choses nouvelles, même si c’est souvent stressant…

De quoi es-tu la plus fière ? D'avoir tes œuvres accrochées aux murs chaque mois, de voir des numéros de téléphone inscrits dans ton agenda ou de savoir que des enfants peuvent écrire leurs devoirs de classe dans un agenda scolaire à tes couleurs? C'est assez inhabituel pour une artiste de trouver ses œuvres sur autant de supports différents. Qu'en penses-tu ?
Tout cela n’était pas prévu… Les choses se sont faites naturellement. Ce dont je suis la plus fière, c’est faire partie du quotidien d’enfants, d’adolescents grâce à mes agendas sur lesquelles ils inscrivent leur devoirs mais aussi leurs petits secrets... J’ai toujours rêvé de diversifier mon travail et de ne surtout pas m’enfermer dans un seul domaine.

Tu viens de sortir, chez Au Bord des Continents, Le Temps des Fées, un art book qui ressemble beaucoup à une autobiographie peinte et dessinée. Comment s'est monté ce projet et dans quelle optique l'as-tu composé ?
J’ai ce projet d'artbook depuis longtemps déjà... Au moins 5 ans. Bien sûr, à l’époque, c’était prématuré, mais j’avais déjà commencé à travailler sur le plan et la maquette. Mon projet était de partager avec tous les gens qui aiment l’illustration, la Fantasy et mon travail, ce que c’est que de vivre de ses images, et de leur offrir de vivre tout cela de l’intérieur. Je souhaitais donner un petit bout de moi à travers ce livre...

Dans cet art book, tu dévoiles à tes lecteurs certaines de tes techniques de travail, comme tu le fais aussi sur ton site. Que penses-tu leur apporter en dévoilant les différentes étapes de certains de tes tableaux ?
Certaines personnes ont du mal à imaginer comment on s’y prend... D’autres pensent que le tableau apparaît d’un coup... Ce que je souhaite expliquer dans ces "étapes par étapes", c’est qu’il faut de la technique et du savoir-faire et que, de mon point de vue, l’inspiration et l’imagination ne suffisent pas... Une fois qu’on a acquis ce savoir-faire, on peut le dépasser, ne plus y penser et vraiment créer des images qui se "tiennent" à tous points de vue...

Ton tableau "Les Géographes" renvoie à la peinture flamande, ce qui est accentué dans Le Temps de Fées par le parallèle avec une porte éclairée. Est-ce l’une de tes influences picturales ?
Les clairs-obscurs de Rembrandt m’émerveillent et me fascinent. L’école Flamande ne cessera jamais de m’inspirer, je pense.

Tu évoques d’ailleurs de nombreuses influences dans ton Art Book. Qu’est-ce qui t’a conduite vers cette évocation de la féerie plutôt que vers une peinture plus classique ?
Ma nature profonde, je crois. Le monde de l’invisible m’enchante, m’émerveille et je crois que je n’aurais pas pu peindre autre chose…

C’est John Howe qui signe la préface du Temps des Fées. Comment l’as-tu rencontré ? Et comment s’est déroulée cette collaboration ?
J’ai rencontré John Howe pour la première fois en 2002, lors d’un festival à Lyon. J’ai eu le privilège de discuter avec lui un bon moment autour d’un thé et d’un café. Puis, nous nous sommes revus lors du festival de Trolls et Légendes à Mons, en Belgique et en Suisses lors du Festival du Film Fantastique de Neuchâtel, en Suisses. Lorsque j’ai commencé la mise en pages de mon Artbook, j’ai osé lui demander de faire ma préface et c’est tout naturellement qu’il a accepté... J’étais aux anges ! Je l’en remercie encore...

Penses-tu, comme beaucoup, qu’avec Alan Lee et Brian Froud, il représente l’une des références étrangères actuelles de la peinture féerique ? Qui y ajouterais-tu ?
Sans aucun doute ! John Howe, Alan Lee et Brian Froud sont les références incontestées de la Féerie ! Je n’y vois rien à redire...

Tes personnages féminins sont souvent éthérés, presque diaphanes et blonds. Peut-on y déceler une tendance à l’autoportrait rêvé ou fantasmé ?
Je pense que oui... Même si ce n’est pas une démarche consciente... Il faut dire aussi que je suis mon propre modèle, alors la ressemblance est inévitable...

Ton travail commence à inspirer beaucoup de monde, et notamment dans le monde de la bijouterie et de la sculpture. Qu’apportent à ton univers ces passages à trois dimensions de tes illustrations ?
J’aime les Préraphaélites. Ces artistes de la fin du XIXe siècle savaient tout faire. Inspirés par les légendes Arthuriennes et la nature, ils peignaient, évidemment, mais concevaient aussi des vitraux, de la vaisselle, des meubles et des bijoux, bien sûr... J’aimerais beaucoup perpétuer cet "art total" ! Ainsi, concevoir des bijoux, que je peins souvent dans mes tableaux, est presque une évidence pour moi. Ainsi, voir des bijoux inspirés de mon travail me fait très plaisir. Le mouvement des Préraphaélites s’inscrivait dans une dénonciation de la montée de l’industrialisation qui déshumanisait leur monde. Je trouve que la féerie remplit un peu ce rôle aujourd’hui...

Certains lecteurs vont découvrir que tu as abordé la BD. Pourquoi ne pas avoir poursuivi dans ce domaine ?
Je crois que je n’étais pas prête. L’art de la narration est quelque chose qu’il faut travailler, comprendre. Faire des images qui se succèdent avec des bulles ne suffit pas. Je suis très heureuse de ne pas en avoir fait à l’époque car les auteurs de BD sont souvent tenus par des délais impossibles. Je tiens trop à ma liberté. Aujourd’hui, il est possible de faire une Bd sans complètement entrer dans cet engrenage des suites annuelles. J’ai un scénario en gestation... Qui verra peut-être le jour... Qui sait ?

Tu as réalisé de nombreuses couvertures de romans. Comment y travailles-tu lorsqu’on ne t’achète pas un tableau déjà réalisé ?
Je commence par lire le roman. Souvent, avant d’arriver à la fin, je sais ce que je vais peindre. Je m’attelle alors au croquis que j’envoie à l’éditeur, avec, de plus en plus souvent, un rough couleur fait sur photoshop, pour mieux indiquer l’ambiance. Le croquis accepté, je reporte le dessin sur ma toile et je peins...

Avec La Petite Faiseuse (2006), tu as pris la plume, non pas uniquement pour dessiner, mais pour écrire. Est-ce que cette dimension littéraire manquait à ton univers ?
Oui ! J’écris depuis 25 ans et j’ai été contente de pouvoir enfin m’exprimer par l’écriture... J’ai adoré. C’est si différent de la peinture. Et puis, j’avais envie de faire parler mes personnages, jusqu’alors resté muets...

Tu as aussi travaillé sur les encyclopédies d’Edouard Brasey, ce qui demande un travail important et varié. Comment as-tu procédé et quelles sont les différences notables avec ton travail habituel ?
Le travail sur les Encyclopédie est un vrai travail d’illustratrice. C’est-à-dire que je suis au service du texte. C’est souvent très précis et parfois je me suis demandé comment j’allais illustrer telle ou telle chose ! Mais, comme d’habitude, tout ce travail m’apporte beaucoup car il m’oblige à sortir des sentiers battus...

Avec le recul, quel regard portes-tu sur tes débuts ?
J’aime mon parcours... Je n’ai jamais fait de choses dont je sois mécontente, même si, bien sûr, tout n’est pas parfait, loin de là ! Les choses se sont faites doucement, tranquillement. Par moments, je doute toujours autant... et à d’autres moments, ce parcours, tout ce que j’ai fait, me rassure...

On peut te voir très souvent lors de conventions et de festivals (Utopiales, Imaginales ou Trolls & Légendes par exemple). Qu’est-ce que cela t’apporte de rencontrer ceux qui aiment tes peintures ?
Et bien, de me rassurer, justement. Quand on est devant sa toile et que c’est difficile parfois, on doute... Comme je l’ai dit plus haut. Ainsi, discuter avec des gens qui aiment mon travail me redonne de l’énergie et cela fait du bien. Et puis, les rencontres d’autres auteurs (images, textes), stimulent beaucoup également ! Je reviens d’un festival fatiguée et remontée à bloc en même temps !

Quels sont tes projets pour 2009 ?
Cette année sera plus calme, j’espère... Je travaille actuellement sur un projet pour les petites filles... Je n’en dirai pas plus pour le moment. Je poursuis l’Encyclopédie du Légendaire avec le Pré aux Clercs, avec qui quelques "produits dérivés" sont en discussion… Et le Calendrier des Fées 2010 est en préparation.
Chez au bord des continents, un nouveau projet sur les Fées commencera au printemps. Les Agendas, et autres petites choses sont prévus…

Je souhaite à tout le monde une excellente année 200Bonj et que les Fées veillent sur vous...

Propos recueillis par Denis Labbé
Janvier 2009

Liens: Sandrine Gestin - Faiseurs Editions

 
 

 

 
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