Sandrine Gestin - Interview
Loin des monstres inhumains
aux visages sanguinolents, les uvres de Sandrine Gestin
nous invitent à une atmosphère fantastique qui tire
plus du côté de la féerie et de la poésie.
De sublimes créatures, féminines ou androgynes,
aux atours celtiques, surgies des rêves les plus lointains,
se dévoilent à nos yeux émerveillés.
Née à Quimper en novembre 1969, Sandrine Gestin
réalise sa première couverture pour Denoël
en 1993.
La suite de sa carrière comptera une participation active
en tant qu'illustratrice pour les fanzines Casus Belli et Dragon
Magazine, de nombreuses illustrations pour enfants chez les éditions
Gründ, des couvertures pour J'ai Lu, Mnémos, Nestiveqnen,
Oxymore... Sandrine Gestin a également illustré
deux livres : L'île aux 100 squelettes et La colline aux
100 fées. De plus, elle a réalisé deux albums
qu'elle a écrit et illustré : La Cité aux
100 Mystères et La Vallée aux 100 Prodiges. Pour
notre plus grand plaisir, elle a accepter de livrer quelques uns
de ses secrets à Khimaira...
LeFantastique.Net:
La plupart si pas la totalité de vos oeuvres sont plongées
dans le monde des légendes. Expliquez-nous d'où
vous est venue cette passion pour l'imaginaire ?
Sandrine Gestin: Je suis bretonne et j'ai grandi avec des histoires
de gnomes, korrigans et de fées... Le monde celtique a
toujours fait partie de ma vie. De plus, la Bretagne est une région
qui se prête très bien à la rêverie...
Les vieilles pierres des villages, les forêts m'inspirent
énormément. Mais je ne crois pas que l'environnement
soit la seule explication à cette attirance vers les mondes
de légende. Je pense que j'ai ce monde en moi. Depuis que
je suis toute petite, j'aime les contes et l'imaginaire a toujours
fait partie de ma façon de penser. Pour moi, ce que j'imagine
et ce que je peints, est aussi tangible que ce que tout le monde
nomme la réalité. Les personnages que j'invente
existent vraiment
Ailleurs.
Quelles
différences faites-vous entre l'imaginaire pictural et
l'imaginaire littéraire? Plus précisément
qu'apporte l'image par rapport au texte ou le texte par rapport
à l'image dans la visualisation d'une créature féerique
ou d'un paysage fabuleux ? Votre avis d'illustratrice
Je crois que les deux se nourrissent l'un l'autre. Quand on illustre
un texte, on impose sa vision des choses. Cette vision peut bloquer
l'imaginaire des lecteurs ou la nourrir, ça dépend.
Mais ce serait dommage de se passer des merveilleuses images que
des milliers d'artistes ont imaginées. Une image qui nous
plaît, s'inscrit pour toujours dans notre mémoire.
Elle finit par faire partie de nous. Et je trouve ça génial.
L'imaginaire pictural et l'imaginaire littéraire sont deux
choses qui, à la fois sont différentes et qui se
complètent.
Dans vos
oeuvres, on remarque surtout des êtres féminins.
Pourquoi choisir de peindre des figures féminines plutôt
que masculines ?
On me pose souvent la question ! Déjà parce que
je suis une femme et qu'à mon sens, on ne dessine bien
que ce qu'on connaît. De plus, j'aime les choses gracieuses,
fines, délicates
J'aime pouvoir m'amuser avec les
broderies, les coiffures, les bijoux
Quoi de mieux que de
peindre une femme pour exprimer tout ça !
Vous
avez illustré nombre de romans et recueils de nouvelles
de fantasy, expliquez-nous votre manière de travailler,
de créer une image à partir d'un texte ?
La plus par du temps, j'ai le texte en entier, que je lis jusqu'à
la dernière ligne. Je cherche alors quelques scènes
qui m'évoquent des images. Je prends pas mal de notes.
Je fais ensuite quelques crayonnés et j'élimine
certaines idées qui ne se révèlent pas si
bonnes que ça. Ensuite, je soumets ce qui reste à
l'éditeur (Quand je connais bien les éditeurs et
qu'ils me font confiance, je leur explique juste ce que je vais
faire et leur soumets uniquement le dessin final). Une fois qu'une
idée est retenue, je commence toujours par dessiner les
personnages. Je fais toujours plusieurs crayonnés. Ensuite
je m'attaque au lieu. Puis, vient la phase " Photoshop "
: Je scanne les croquis (fait à n'importe quelle échelle)
et je fais tous un tas d'essais de composition (tel personnage
en premier plan, puis qui passe au second, etc
Lorsque je
suis à peu près satisfaite, je sors ça sur
imprimante, pour vérifier. Cette phase peut durer assez
longtemps
Je suis assez perfectionniste ! Je soumets mes
croquis finaux à l'éditeur et commence alors la
phase peinture. Mais avant, il fait reporter le dessin sur la
toile (je n'aime pas ce moment
C'est toujours long et fastidieux
!). Il y a deux méthodes : Le projecteur, idéal
lorsqu'il y a peu d'éléments. Sinon, on décalque
le dessin agrandit (photoshop), On repasse le dessin à
l'envers avec un crayon de couleur assez sombre et tendre puis
on le transfère sur la toile en frottant. Enfin, on repasse
le dessin sur la toile, pour qu'il soit bien lisible.
Vient enfin la peinture a proprement dit. Je peints à l'huile.
Je pose d'abord les grandes plages de couleurs. Puis, viennent
les détails et je finalise avec des glacis. Et pas mal
d'heures plus tard, la peinture est finie.
Quelle technique
vous semble la plus apte à créer une sensation de
légendaire? Je veux dire, existe-t-il une technique dont
le résultat vous semble plus féerique qu'un autre?
J'adore l'aquarelle mais la technique que j'aime le plus, c'est
l'huile. Mais je ne réponds pas à la question !
À mon sens, il n'y a pas de technique meilleure qu'une
autre pour rendre une image plus féerique. Il faut juste
se sentir à l'aise avec une technique pour pouvoir donner
le maximum de ce qu'on a à donner.
Vous avez
travaillé sur des albums BD? Le parcours dans la création
des images BD est-il le même que pour vos tableaux ?
J'ai essayé de faire de la BD en sortant de l'école.
Mais le côté répétitif ne m'a pas plu.
En BD, il me semble qu'on fait beaucoup de croquis. Si on travaille
en couleur directe, le processus est sensiblement le même
que pour un tableau. Si on fait la couleur à part, c'est,
bien sûr différent
Je n'ai pas assez de compétence
dans le domaine pour en parler.
Pour plus de étails sur
sandrine Gestin et ses uvres somptueuses, nous vous invitons
à visiter le site suivant:
http://www.sandrinegestin.com
Une interview réalisée
par Christophe Van De Ponseele
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