Krystal Camprubi
LF.N:
Avez-vous déjà des projets en route ?
K.C.: Oui, en effet ! Des discussions plus ou moins avancées
avec plusieurs auteurs permettent de dégager un planning
d’édition, qui sera bien sûr à affiner.
Dans les trois mois qui vont venir, nous serons déjà
fixés définitivement sur les trois premières
sorties de PorteLune. Le calendrier sera ensuite affaire de gestion…
LF.N: On
vous connaît comme peintre, dessinatrice, illustratrice.
Comment voyez-vous votre rôle en tant qu'éditrice
?
K.C.: Je conçois mon rôle au sein de PorteLune
sur un tout autre pied que l’illustration.
En tant que directrice artistique, il me faudra explorer l’avant-garde
de l’illustration dans les pays étrangers, et essayer
de comprendre quelles voies sont l’avenir du livre d’images.
Parallèlement, je devrai recevoir les propositions d’artistes,
qu’ils soient jeunes ou confirmés et étudier
leur intérêt et leur faisabilité. Mon travail
d’illustratrice me servira à développer un
regard critique et à faire des choix. Je superviserai également
le travail des illustrateurs et auteurs afin que l’esprit
des livres aient une unité et soit conformes à l’esthétique
de PorteLune.
LF.N: A
l'heure où l'édition fait face à quelques
difficultés, quel regard différent pensez-vous lui
apporter ?
K.C.: L’idée de la ligne éditoriale me vient
d’un dépit que j’ai ressenti dans les premières
années de ma carrière. Les auteurs et illustrateurs
qui collaborent à un projet, sont souvent des fantômes
l’un pour l’autre.
Il est arrivé plusieurs fois que des auteurs émettent
le souhait d’écrire une histoire en se basant sur
certaines de mes illustrations qui semblaient les inspirer; et
inversement, j’ai ressenti l’envie profonde d’illustrer
certains univers d’auteurs. En général, l’éditeur
fait obstacle à la rencontre des auteurs et illustrateurs.
Ce choix peut se comprendre sur le plan du marketing – l’éditeur
se réservant le choix du meilleur packaging – mais
aboutit parfois à la déception des auteurs et des
illustrateurs, pour lesquels l’alchimie ne fonctionne pas.
Par ailleurs, dans un roman, l’illustrateur qui fait la
couverture se contente de se couler dans l’univers de l’auteur.
Il en fait une représentation servile et commerciale. En
général, les plus chanceux finissent par décrocher
un contrat de livre illustré, dans les maisons d’éditions
spécialisées. Mais alors, la tendance se renverse:
bien souvent, le scénario est traité de façon
secondaire, presque anecdotique, comme un prétexte à
l’image.
Dans le monde de la BD, où le marché est plus important,
un intérêt inégal entre texte et image n’a
pas beaucoup d’avenir. Avec les propositions grandissantes
sur le marché de l’illustration, le public se montrera
de plus en plus exigeant avec les livres d’images. Il nous
faut donc penser d’ores et déjà à soigner
ces deux aspects.
Avec PorteLune, j’ai l’intention de camper
un quatre main systématique entre auteur et illustrateur.
Des couples dont les univers se répondent ou non, la démarche
étant que chacun fasse un pas vers l’univers de l’autre,
et que les livres se créent au fur et à mesure,
par dialogue entre texte et image.
LF.N: Le
monde de l'imaginaire ne cesse de grandir, quelles sont les voies
que vous avez l'intention d'explorer en tant qu'éditeur
?
K.C.: Je compte axer l’univers de PorteLune vers
le fantastique au sens large, mais avec des univers bien personnalisés.
La féerie classique a été visitée
et revisitée ces dernières années. A moins
d’un scénario particulièrement intelligent,
je pense éviter les sujets communs. En revanche, les ingrédients
du conte de fée classique, en ce qu’ils sont des
schémas archétypiques de nos civilisations et fonctionnent
toujours aussi bien sur l’inconscient, ne seront pas écartés
forcément. Les univers explorés seront un mélange
de fantastiques, de mystère, d’esthétique
noire et blanche confondues, de symbolisme… des univers
que je souhaite riches, chamarrés, aussi divers que les
auteurs et illustrateurs trouveront l’inspiration d’en
créer.
LF.N: Vous
êtes de plus en plus présente sur les salons, est-ce
de cette manière que vous pensez pouvoir imposer ou faire
connaître votre travail auprès du public ?
K.C.: Envisager le rôle de PorteLune sous cet angle
serait une grave méprise: on n’impose véritablement
rien en matière d’édition: au contraire, on
répond à une attente du public.
Je tiens à bien dissocier mon rôle d’illustratrice
et mon rôle de directrice artistique et par conséquent,
je ne peux envisager PorteLune comme mon étendard.
PorteLune est une entité qui devra se définir
à moyen terme par ses seuls objectifs artistiques et littéraires.
En revanche, étant à ce point sentimentalement impliquée
dans la création de PorteLune, j’ai bien
évidemment envisagé des projets personnels. C’est
aussi une façon de lancer la maison d’édition,
en "me mouillant la première", et en permettant
à PorteLune de concentrer ses efforts sur les autres aspects
de l'édition. Il est donc probable que je co-signe le premier
livre à sortir de ses presses.
En revanche, j’espère me faire mieux connaître
du public en assurant progressivement une bonne présence
dans les maisons d’édition en place. Je commence
à avoir des demandes de l’étranger (Espagne,
USA, …) et je compte pouvoir répondre positivement
à la demande. Bref, du pain sur la planche ! J
Propos recueillis par Denis Labbé
- Octobre 2006
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