| On dit souvent, et avec raison, que John Williams n'est jamais aussi bon que lorsqu'il travaille avec Steven Spielberg (les deux artistes en sont déjà à leur dix-septième collaboration). Cependant, après la semi-déception que constituait la composition de SAVING PRIVATE RYAN, film qui aurait pu entièrement se passer de musique, et où John Williams avait confondu solennel avec pompeux, discret avec insignifiant, et intimiste avec ennuyeux, il faut remonter à 1997, année de THE LOST WORLD et de AMISTAD, pour bénéficier de deux excellents travaux du compositeur. Quatre ans, ça fait long, et il est certain que A.I. était attendu avec une grande impatience par les admirateurs de John Williams ! Le résultat est au-delà de toute espérance, et prouve que l'auguste compositeur, maintenant septuagénaire, n'a rien perdu de sa géniale inspiration.
L'aspect un peu glacé et étrange de la partition peut tout d'abord dérouter de la part d'un compositeur habitué aux sonorités chaudes et caressantes des violons, mais s'avère parfaitement adapté à l'univers froid et déshumanisé que décrit Spielberg dans son film : ainsi peut-on entendre -fait très rare chez John Williams- des sonorités synthétiques relayer l'orchestre traditionnel, mais avec parcimonie et toujours à bon escient (voir "The Mecha World" et "The Moon Rising"). Cette musique de "l'artificiel" peut parfois devenir totalement effrayante et sombrer dans de terribles dissonances ("Replicas"), à l'aide de choeurs masculins renvoyant à THE LOST WORLD et à INDIANA JONES AND THE TEMPLE OF DOOM. Plus subtilement encore, les mélodies entêtantes de "Hide and Seek", tantôt fraîches et innocentes, tantôt mystérieuses, évoquent à merveille le comportement du petit robot, dont on ne sait au départ s'il est animé de bonnes ou de mauvaises intentions.
Mais après de dramatiques et étourdissantes flambées de violence confiées aux cordes, aux cuivres et parfois au piano, lors de l'abandon de l'enfant-robot dans la forêt, ou lors de la sauvage foire à la chair, la musique peut redevenir tendre et apaisée, baignant les retrouvailles de David et de sa mère dans de somptueuses mélodies au romantisme exacerbé, typiques du compositeur, et servies à merveille par la voix enchanteresse de Barbara Bonney. Le CD, long de 70 min mais jamais répétitif ni ennuyeux, s'achève dans une profonde émotion ("The Reunion"), que les vocalises de Lara Fabian ne viennent en aucun cas gâcher; après FINAL FANTASY, c'est une nouvelle réussite pour la chanteuse, qui semble avoir fait sa place à Hollywood. Et quant aux fans de John Williams, ils n'ont pas fini de se réjouir, car cet infatigable créateur, avec HARRY POTTER et les deux prochains épisodes de STAR WARS, a encore de beaux jours devant lui !
Grégory Bouak - Novembre 2002 |

Warner Bros. Records / Warner Sunset
CD - 2001
1. The Mecha World
2. Abandoned In The Woods
3. Replicas
4. Hide And Seek
5. For Always (performed by Lara Fabian)
6. Cybertronics
7. The Moon Rising
8. Stored Memories And Monica's Theme
9. Where Dreams Are Born
10. Rouge City
11. The Search For The Blue Fairy
12. The Reunion
13. For Always (Duet) (performed by Lara Fabian & Josh Groban)
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