Est-il réellement nécessaire de présenter Punish Yourself ?

Au fil des tournées à travers la France d'abord, de toute l'Europe ensuite, le combo mélangeant sans complexe guitares, électronique et rythmes endiablés s'est forgé une réputation à la hauteur de l'énergie qu'il développe sur scène: époustouflante.

Avec la sortie de Gore Baby Gore !, le quatrième album studio du groupe, Vincent, alias VX69, chanteur du groupe, nous parle de son projet et de ses amitiés, toujours avec autant de simplicité...

Tout d'abord comment s'est élaboré cet album, de quelles idées êtes-vous partis pour développer ces thèmes gore ?
VX69: On part rarement d’une idée... on n’est pas franchement un groupe à idées. Ou alors des idées débiles. C’est plus une conjonction entre les envies du moment, les dernières obsessions, ce qu’on écoute... On est très influençables. Ca faisait un moment que le côté Zombie/neo-zombie et le vaudou nous travaillaient, à cause des maquillages, du coup on s’est repassionnés pour le cinéma Z, la pulp littérature, la BD 70’s, des trucs qui nous ont marqué mais qu’on avait un peu laissés de côté sur le dernier album. Et comme musicalement on s’orientait vers quelque chose de plus garage, les thèmes horror-gore se sont imposés tout seul. Mais plutôt au second degré, Gore Baby Gore est plus dans la lignée Cramps que Cradle Of Filth... On est de toute façon plus dans le cinéma fauché avec monstres en plastique que dans le gore qui traumatise. Je n’échange pas Godzilla et le homard géant des profondeurs contre Hostel.

Candice d'Eths est présente sur un titre de l'album. Pourquoi l'avez-vous invitée et comment cela s'est-il déroulé ?
On connaît Candice depuis longtemps - une histoire assez étrange, on s’est retrouvés au fin fond du Portugal avec Eths, ça devait être en 2000 ou 2001, on logeait tous ensemble dans une maison bizarre derrière un club sobrement appelé "Satori 666", c’était surréaliste. C’était la première fois qu’on les voyait sur scène, et là ça a été un vrai choc. Depuis, on s’est régulièrement recroisé sur la route, et l’envie de lui proposer quelque chose était là, il manquait juste le bon morceau. Quand on s’est retrouvé avec "Dead-White Skin" à enregistrer, c’était évident, sa voix pouvait amener une dimension complètement différente au morceau. On lui en a parlé, et ça s’est fait très simplement, en une matinée. Ce qui est assez drôle, c’est que cette chanson plutôt "no wave" au départ - elle a été inspirée par un morceau de Rowland S.Howard de Birthday Party - prend une dimension quasi black-metal avec la voix de Candice, alors que personne dans Punish n’en écoute... Mais on assume pour le côté épique ha ha.

Que pensez-vous de l'explosion d'Eths ?
C’est magnifique pour eux, et complètement mérité. La première fois que je les ai vus, j’étais vraiment en transe. La qualité de la performance et des paroles n’a franchement rien à voir avec aucun autre groupe. Je me rappelle que j’avais essayé de me scarifier Eths sur le bras gauche pendant le concert, je devais avoir trop bu... Alors maintenant qu’ils ont du succès c’est devenu à la mode de les critiquer, des critiques qui viennent des même que ceux qui les encensaient au départ. Et souvent, des critiques d’une bêtise et d’une mauvaise foi hallucinantes. Mais c’est le public qui tranche, et là, il tranche dans le gras... Tant pis pour ceux qui n’aiment pas !

Vous venez de tourner avec un groupe très metal, comment s'est passée la cohabitation entre les groupes ? Entre les publics ?
Sidilarsen (je suppose qu’il s’agit d’eux) ne se revendiquent pas plus metal que nous... Et vu que ce sont de vieux amis (on fréquente les même bars !), il n’y a eu aucun problème de cohabitation. Plutôt des problèmes pour les voisins à l’hôtel. On voit une partie des Sidi dans la partie backstage du DVD, quand on fait des tas sur un lit qui n’en demandait pas tant... Et on partage toute une partie du public... On a la chance - les deux groupes - d’avoir un public très mélangé. Bon, c’est sûr que le puriste électro-goth ne va pas forcément apprécier Sidilarsen et leurs influences ragga, mais finalement on rassemble peu de puristes. Les chapelles musicales fermées, quel cauchemar...

Un DVD est inclus au digipak CD montrant que Punish Yourself est aussi un groupe visuel. Quels liens entretiennent la musique et ce qu'Antonin Artaud appelle le "signe" chez vous (il faut quelques questions intellectuelles quand même) ?
Sacré Artaud... Qu’est-ce qu’on ne ferait pas sans ses divagations... Allons-y. La musique contre le signe, ce sont des liens covalents d’attirance-répulsion, ou une synergie, ou une dialectique... Notre musique est influencée par la nécessité - vitale - de faire passer un maximum d’énergie sur scène, de même que l’énergie scénique est dépendante de la musique... Mais dans un même temps, l’obligation de garder une certaine concordance entre la scène et le studio amène à nombres d’accommodations et de recalibrages. Nous sommes avant tout un groupe de scène, et la scène se réalise pleinement à travers un certain nombre d’artifices visuels qui sont comme autant de catalyseurs.
(intervention de Miss Z): j’ai rien compris à ce que tu viens de dire, là. Poseur !
Bon, je reprends avec des expressions plus simples: musique et visuel sont deux mots qui vont très bien ensemble.

A ce sujet, pouvez-vous nous parler des deux illustrations CD et DVD ?
Tout est parti du dessin de Taga (tagaland.com !), demoiselle fort talentueuse à qui on avait proposé de réaliser une pochette - c’est l’illustration sous le CD. Au départ il devait y avoir deux éditions, donc on a demandé aussi à Isha, qui avait déjà travaillé sur la bande-dessinée dont on a été les sujets - les cobayes plutôt... Elle a repris le dessin de Taga dans le sien (la "petite fille" au couteau sur le T-Shirt), ce qui donne une cohérence générale... Globalement, on ne leur a donné aucune indication, et le côté à la fois naïf et pervers n’était pas une volonté du groupe - mais ça colle parfaitement au disque. Et puis ça donne un côté riot-girl qui nous plaît bien, féminin tout en évitant le côté vamp et les clichés horror-garage, ça, ça aurait été un peu too much. On adore nager dans les clichés, mais toujours entre deux eaux... En tout cas, il n’y a pas de "sens" - c’est à chacun de projeter ce qu’il veut sur ces images.

Quid de la collaboration avec JL Demeyer (chanteur de Front 242) ?
En ce qui concerne le morceau sur lequel Jean-Luc a enregistré sa voix ("Voodoo Virus"), il est fort possible (et même probable) qu’il nous rejoigne sur scène à l’occasion pour l’interpréter (c'est en effet arrivé à plusieurs reprise, ndlr). Ce sera un honneur absolu... Déjà, avoir sur notre disque quelqu’un qu’on écoute depuis toujours, c’était merveilleux... C’est quelqu’un d’une gentillesse et d’une humanité impressionnantes. Quand on a commencé à faire de la musique, on espérait à peine faire un jour des premières parties de groupes qu’on admirait, on n’aurait jamais osé rêver collaborer avec eux. C’est vraiment comme un rêve... On a aussi des projets avec Hanin Elias et Helios Creed, le guitariste des mythiques Chrome... On se fait plaisir !

VX, il semblerait que tu sois un fanatique du groupe La Muerte. Petite explication ?
La Muerte est un des groupes les plus scandaleusement oubliés de la scène européenne !!!! Ils faisaient du death’n’roll avant que Entombed ne lancent la mode, du garage industriel avant tout le monde, du noisecore avant Unsane ... La Muerte, c’est une religion pour moi ! Quand j’ai acheté Death Race 2000, c’était à cause du dinosaure de Jack Kirby sur la pochette. Je ne m’attendais pas à me prendre une telle baffe musicale... Il y a peu de groupes qui me fascinent autant. La façon dont ils mélangeaient énergie pure, arrangements soignés, guitare noise et noirceur surréaliste, c’est la grande classe... Et des larsens de fou... Comme si Birthday Party jouaient du Motorhead, ou les Swans se mettaient à faire du garage... L’influence de La Muerte est flagrante chez nous sur des morceaux comme "The Dexedrine Ritual" ou "Holy Trinh Thi", et encore plus dans notre side-project 1969 Was Fine. Du coup je suis en train d’essayer de monter un Tribute to La Muerte. Pour l’instant on manque un peu de participants, faut pas hésiter à nous contacter...

Peux-tu nous évoquer ton attirance pour le fantastique belge ?
Je suis un fanatique de Jean Ray. J’ai été nourri à Harry Dickson, aux Contes Noir du Golf... J’ai récemment relu Malpertuis, et c’est toujours aussi fort, aussi mystérieux, aussi poisseux. L’idée est incroyable, et son traitement, n’en parlons pas... Malgré et peut-être à cause de cette ambiance "Europe du nord" qui m’est relativement étrangère à la base. Mais je dois avouer qu’à part ça je connais mal le fantastique belge, à moins qu’on n’y inclue Henri Vernes, qui a écrit de très honorablement fantastiques Bob Morane, ou la bande dessinée (je lis Spirou chaque semaine depuis que je sais lire)... De toute façon, Ray à lui tout seul, c’est un gros morceau. La lecture de Malpertuis devrait être obligatoire.

Vous développez un univers très cyberpunk. Quelles sont vos influences dans ce domaine ?
Littérairement, Gibson, Walter Jon Williams, Sterling, Neal Stephenson, plutôt la première génération que Dantec et autres suiveurs. Mais je ne suis pas sûr que ça se ressente directement sur la musique - peut-être quelques références dans les paroles ou les titres, "The Dexedrine Ritual", j’y parle de "dex" et de "dermadisk", c’est du vocabulaire de la conurb... Ou notre morceau Mole IX, c’est le nom d’un programme brise-glace dans Neuromancien... Peut-être le sentiment d’urgence, le côté "adrénaline de synthèse", j’aimerais que nos concerts dégagent autant d’énergie et de speed que des bouquins comme Hard-wired ou Snowcrash. En termes d’ambiance visuelle, plus généralement, c’est le côté déglingué qui nous a toujours attiré dans le cyberpunk. Pas la hi-tech pour écrans géants à la Matrix, ni les trip "bioméchanistes"... Beaucoup de groupes qui se gargarisent de "cyberpunk" ont tendance à faire dans le mysticisme futuriste, alors que nous c’est plus le côté "le futur on est déjà dedans et c’est la merde". Mais faut dire que j’ai lu Brunner avant de lire Gibson. On ne se revendique pas cyberpunk "philosophiquement" - les délires d’Hakim Bey et les intégrismes libertaro-bioniques, c’est pas du tout notre monde. L’emploi du mot pour définir ce qu’on fait est juste un raccourci commode, on fait du punk avec des machines, c’est aussi simple que ça. Et ça évite de parler de metal-indus, parce que ça, ça ne veut rien dire du tout...

Propos recueillis par Denis Labbé - Juin 2006

Discographie
Gore Baby Gore ! (CD, Geisha Machine / Sriracha records, 2006)
Sexplosive Locomotive (CD, Geisha Machine / Sriracha records, 2004)
Behind The City Lights (live) (D-Trash records, 2003)
Disco Flesh : Warp 99 (CD, Geisha machine, 2001)
Feuer Tanz System (CD, ELP! Records, 1998)

Internet
http://punishyourself.free.fr
http://www.active-entertainment.fr

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