Quoi qu’on puisse penser des théories politico-sociales d’un groupe qui a su faire sienne une attitude de défi parfois poussée jusqu’à son paroxysme le plus anti-commercial, ou, plus fondamentalement encore, de la musique que celui-ci nous a proposée depuis la sortie de cette cassette trois titres sur Infortunium Records il y a une bonne dizaine d’années, une chose est certaine: on ne peut qu’applaudir un groupe proposant une approche autant originale que rafraîchissante dans un monde où le règne du mouton-consommateur et du téléphage lobotomisé sont portés en exemple. Une bonne claque s’imposait donc en compagnie des deux têtes pensantes du groupe, Fredrik Söderlund et Henry Möller.

Car le grand jour de sa colère est venu,
Et qui peut subsister ?
(Apocalypse selon Saint-Jean, chapitre VI)

In God We Trust…

L’actualité de Puissance, ces jours-ci, c’est la sortie récente sur le label portugais Equilibrium Music d’un nouvel opus ambitieusement intitulé Grace of God, un titre pour le moins intriguant de la part d’un groupe pas toujours très catholique dans son approche.

"Et pourtant nous croyons en Dieu ! Ne pas y croire serait d’ailleurs non seulement absurde mais sans doute également illégal eu égard à la charte des Nations Unies. Malgré le fait que la religion mondiale des Nations-Unies n’ait pas encore été définie et implémentée, il ne fait aucun doute que celle-ci est une doctrine juste et vraie. Après tout, elle nous vient de ceux-là même qui nous ont donné la guerre perpétuelle, le papier-monnaie et les banques nationales privatisées. Maintenant que l’Initiative des Religions-Unies va se réaliser, il est à prévoir que l’athéisme sera bientôt déclaré hors-la-loi. Tout cela nous rapproche finalement les uns des autres. Que nous le voulions ou nous…"

Propos moins ironiques qu’il n’y paraît à première vue, tout du moins si l’on considère l’approche de plus en plus mélodique et moins conflictuelle pratiquée par le groupe ces dernières années. L’âge aidant, les démons de Puissance auraient-ils tendance à s’assagir ?

"Je n’irai pas jusqu’à dire que nos albums précédents sont d’obédience bruitiste, c’est sans doute plus une question de production. Nous avons toujours eu une approche plus néo-classique et orchestrale et je crois que c’est encore le cas à l’heure actuelle. Mais tu as sans doute raison de dire que nous sommes aujourd’hui moins militants que par le passé, même si ça ne rend pas forcément notre musique plus douce, seulement un peu plus facile à écouter."

A l’exception des incultes en informatique, s’entend, puisque le dernier morceau de l’album ne peut être joué que grâce à un décodeur en téléchargement libre sur le site du groupe.

"La raison en est simple: cela n’avait jamais été fait auparavant et l’idée d’encore une fois repousser les limites nous attirait, même sur le plan technique, comme c’est le cas ici. Et puis, ça nous permet également de générer plus de trafic sur notre site internet. J’imagine que l’on verra de plus en plus d’albums avec des technologies similaires, ce qui les rend plus intéressants mais également plus difficiles à copier. Attention, cela ne veut pas dire que je suis contre le fait de copier de la musique, loin de là, mais c’est là un effet secondaire fort amusant. D’ailleurs, si quelqu’un programme un décrypteur pour ce morceau, je ne vois aucun inconvénient à en placer le code-source sur notre site."

Appel aux amateurs, donc…

Un nouvel album qui traite en grande partie de la politique extérieure de l’Occident, et plus particulièrement de cette frange néo-capitaliste de l’administration américaine qui a fait tant de mal pour l’image de nos cousins américains, ce qui n’est cependant rien en regard des malheurs qu’elle a pu infliger en dehors de ses frontières. On a bien vu une opposition se former en Europe au moment de l’invasion irakienne, par exemple, mais pour au final arriver à quel résultat ? Pensée ô combien révoltante quand on voit un scénario similaire se répéter sous nos yeux pour l’Iran. "Cela fait plus de cinq ans que nous tirons la sonnette d’alarme. Les Etats-Unis sont de facto déjà en guerre avec l’Iran depuis deux ans mais les gens sont trop ignorants que pour s’en rendre compte. Des forces spéciales américaines ont déjà effectué des opérations dans le pays et collaboré avec des réseaux terroristes locaux, un peu à l’image de ce qu’a fait un Zbigniew Brzezinski lorsqu’il a mis sur pied les moudjahiddin afghans pour contrecarrer l’armée soviétique. De la même façon, l’Iran est aujourd’hui victime d’une vague de terreur et d’actes de guerre, que cela se fasse par le biais d’avions-espions ou d’opérations au sol. On en prendra sans doute conscience dans quelques années mais maintenant que la guerre va être bientôt déclarée officiellement, les médias commencent à s’y intéresser. On aurait pu prévenir tout cela si le Sénat américain l’avait voulu mais les démocrates sont finalement aussi assoiffés de sang que les libéraux."

… In Men We Don’t

De tous les messages dont Puissance nous fait part, l’un des plus importants n’est-il pas finalement que l’homme se révèle plus souvent n’être qu’un loup pour l’homme ?

"Il est important de se rappeler que ces guerres ne sont pas motivées par le pétrole ou l’acquisition de contrats de guerre, ni même par l’envie de promouvoir la démocratie en Irak ou en Iran, mais bien par l’établissement d’états policiers aux Etats-Unis et en Europe. Ces six dernières années, Big Brother s’est renforcé de manière considérable et il n’est donc pas interdit de lâcher les reines un peu en donnant aux gens une certaine illusion de liberté mais nous verrons… d’autres faits tendraient à me donner tort, tels que la mise en place de la peur des astéroïdes, qui sera sans doute suivie par la peur des extraterrestres, permettant ainsi de mettre au point une grille-satellite autour de la planète afin de surveiller tout le monde. Divers prétextes ont été ou seront avancés, comme la nécessité de se protéger contre l’Union Soviétique tout d’abord, contre les terroristes maintenant, contre les astéroïdes ensuite et finalement contre les petits hommes verts. Et on assistera alors à la mise en place d’un gouvernement mondial qui aura capacité à réduire au silence ceux qui auront le courage de s’y opposer."

Les gens seraient-ils donc condamnés à rester cantonnés dans leur rôle de consommateur bêlant ? Les mécanismes qui nous gouvernent sont-ils trop puissants à l’heure actuelle que pour espérer un renversement de cette tendance nihiliste et autodestructrice ?

"La télévision sert en grande partie à lobotomiser la population, tandis que la peur est utilisée pour la contrôler. Et dans la mesure où ce n’est pas là tâche facile, il convient de créer encore plus de criminalité dans notre société afin de maintenir ce niveau de peur. Je crois cependant que cette stratégie ne marche pas très bien et qu’au contraire, elle commence à révulser les gens. Se pourrait-il donc que la société de consommation serve à ouvrir les yeux de la masse ? On voit de plus en plus de gens tenter de sortir de leur petit confort et parler entre eux, se poser des questions. On est souvent surpris à quel point nous pouvons avoir des choses en commun avec nos voisins. Pas mal de gens sont déjà à moitié réveillés mais ont peur d’être seuls. Ce n’est pas le cas, cependant, et il se pourrait qu’on assiste à un nouveau type de révolution et les choses pourraient changer d’ici peu. Il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment…"

Décidément, il est bien difficile de ne pas parler société et politique en compagnie de Puissance. Mais est-ce bien un mal quand on voit la platitude navrante de la plupart des groupes dont nous assaille les médias de masse ? Entre musique et politique, le cœur de Puissance balance.

"Puissance est comme un animal domestique doté de sa propre personnalité. Parfois, il a envie de jouer de la musique, parfois de faire de la politique. Difficile de dire dans quelle direction tout cela va nous mener…"

Propos recueillis par Grégory Dejaeger

Discographie sélective
Let Us Lead (CD/LP, Cold Meat Industry, 1996)
Back In Control (CD, Cold Meat Industry, 1998)
Mother Of Disease (CD, Fluttering Dragon, 1999)
War On (CD, Fluttering Dragon, 1999)
Total Cleansing (CD, Blooddawn Productions, 2000)
State Collapse (CD, Regain Records, 2004)
Grace Of God (CD, Equilibrium Music, 2007)

Internet
www.puissance.info
www.equilibriummusic.com

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