Denis Protat

Avec la sortie de son Encyclopédie du Hard Rock des 70’s, Denis Protat poursuit son travail effectué en 2004 en faisant de cette nouvelle version un complément passionnant et érudit, qui nous convie à un voyage dans le temps vraiment rafraîchissant. Car le propos de cet ouvrage n’est pas de présenter tous les groupes des années 70, même s’il est difficile de faire plus complet, mais de conduire le lecteur à aller chercher ailleurs que dans les têtes d’affiche (Led Zeppelin, Deep Purple et Black Sabbath en tête) des pépites passées inaperçues à l’époque ou oubliées depuis.

Denis Protat nous explique dans cette interview ce qui l’a poussé à faire paraître cet ouvrage, tout en nous expliquant ce qu’est le hard rock.

Avant de commencer, pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs et nous expliquer comment vous êtes arrivé au hard rock ?
Je suis enseignant et habite en Nouvelle-Calédonie. J’ai découvert le hard rock avec Trust lorsque l’album Repression est sorti en 1981, j’avais 13 ans. Puis Accept, Anthrax, le heavy du début des années 80 en fait. Ce n’est que plus tard que j’ai effectué le grand virage seventies: Led Zeppelin, AC DC, Deep Purple, Hendrix

Pouvez-vous nous expliquez la naissance du hard rock ? Quels groupes sont aux sources de ce genre musical et quelles étaient leurs influences ?
Le hard rock est vraiment né avec Cream et Vanilla Fudge. Le groupe emmené par Clapton était influencé par le blues et le rock psychédélique de l’époque, de même pour Vanilla Fudge. Le premier titre de hard rock, avec un riff lourd, est sans doute le morceau "You Really Got Me" des Kinks en 1964, attribué à Ray Davis et non Jimmy Page comme certains le crurent.

A un moment où les mots "hard rock" ne semblent plus trop signifier grand chose pour les plus jeunes qui emploient plus volontiers le terme "metal", qu’est-ce qui vous a poussé à écrire une encyclopédie sur ce genre musical ?
Ma passion pour les seventies et ces années de rêve où la musique pouvait s’exprimer sans contraintes commerciales, sans aucune compromission. Cette époque c’est aussi Woodstock, l’Isle Of Wight… ces gigantesques festivals… une époque de liberté et de créativité unique.

Votre "Encyclopédie" du hard rock ne s’intéresse qu’à ce qui s’est fait de la fin des années 60 au début des années 80. Pourquoi vous êtes-vous limité à cette période ? Qu’est-ce qui a changé à partir des années 80 ?
Au début des années 80, le hard rock devient le heavy metal. J’aime aussi ce style mais j’affectionne davantage le son seventies avec souvent un bon vieux orgue Hammond, des solos de guitare truffés de feeling, l’influence blues…il fallait faire des choix !

Dans votre ouvrage, on trouve aussi bien les "dinosaures" du genre (Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, Grand Funk Railroad, Uriah Heep, UFO…) que d’obscurs groupes. Comment s’est opéré votre choix ?
Mon optique était de traiter aussi bien les légendes que les groupes moins connus ou obscurs et ce sur l’ensemble de la planète. Les groupes que l’on trouve dans n’importe quel bouquin généraliste sur le hard rock sont bien présents mais le livre va plus loin et touche aussi le collectionneur, déniche la rareté. C’est le point fort du bouquin.

Il semble que les disques et les groupes détaillés dans votre livre proviennent de différentes sources: collection personnelle, références livresques, magazines, amis… Quelle est la part des uns et des autres ?
De ma collection personnelle, de références livresques également. Je conseille le sublime ouvrage de Philippe Thieyre sur le rock psychédélique américain 1966-1973. C’est du sérieux, rédigé par un vrai collectionneur. Il y a très peu d’ouvrage dans ce style et de cette qualité sur le marché. D’échanges avec amis et passionnés également.

Seules certaines pochettes apparaissent dans votre livre. Les avez-vous choisies en fonction de l’importance du groupe, de la beauté de l’illustration ou des disponibilités ?
Essentiellement, comme pour la première édition en 2004, pour la beauté, la particularité de la pochette. Pour la quatrième de couverture et les rabats j’ai plutôt sélectionné les groupes dont l’importance est reconnue afin que les gens se repèrent plus facilement.

Pourquoi tous les groupes ne bénéficient-ils pas toujours d’une notule explicative, ni de la liste des musiciens ?
Parce que les musiciens sont inconnus, qu’aucune information – à ma connaissance bien sûr – n’a pu être trouvée. Il s’agit de formations, pour la plupart, ultra confidentielles, des pressages ultra limités (souvent à quelques centaines de copies seulement).

Le hard rock français n’est pas très représenté finalement dans votre ouvrage. Pour quelle raison des groupes comme Trans Europe Express, Karoline, Scénario ou Banlieu Est ne figurent pas dans votre livre alors qu’ils sont tous très typés hard rock 70 ?
Trans Europe Express est dans la première édition, tout comme Trust. Les deux volumes forment un "tout". En revanche je ne connais pas les autres groupes cités. S’il s’agit de formations des années 80 typées seventies, je n’ai pas traité ces groupes. Sont seulement abordés les combos qui ont réellement joué dans la période 1968-1980.

Au sujet des groupes français, il semble manquer un album d’Océan, celui de 1980 Barclay n° 96 102, tandis que le Live A+B est daté de 1979 n°91 064 et non pas 96 102 comme indiqué sur certaines publicités parues à l’époque.
Tout à fait: il s’agit d’erreurs que l’on m’a déjà signalées. J’ai omis cet album qui s’intitule simplement Océan comme le premier opus. Merci de faire publier tel quel ce passage de l’interview. Cela me permet d’apporter ce correctif utile.

Si vous deviez conseiller quelques albums de groupes peu connus, quels seraient vos coups de cœur ?
Incontestablement les sublissimes albums de Alamo, Granicus, Left End, Leafhound, Totty, Cwt pour n’en citer que quelques-uns… il y a tant de merveilles oubliées !

Le "hard rock" ne bénéficie pas toujours d’une bonne presse et pourtant de grands groupes ont marqué et marquent encore le genre. Comment expliquez-vous cela ?
L’imagerie du heavy metal avec toute la panoplie cloutée, maquillée… a considérablement nuit au style et a rejailli sur le hard rock pépère des seventies. Le grand public a vite assimilé le terme hard rock à des jeunes braillards hystériques, déguisés comme des guignols. Mais la qualité musicale des grands groupes de l’époque est telle que rien de pourra jamais les faire oublier.

A l’opposé, on se rend compte que depuis le début, le genre a gagné tous les continents et quasiment tous les pays. Qu’est-ce qui fait qu’en Australie, au Japon, en Argentine, au Pérou… des musiciens se sont lancés dans le hard rock ?
Je pense que l’influence anglo-saxonne était plus répandue dans ces pays. Surtout au Japon, les plus grands fans de la planète. Pour l’Australie le phénomène se comprend facilement. Pour l’Argentine et le Pérou, cela reste tout de même nettement plus limité.

On constate depuis quelques années déjà la réédition de nombreux albums de cette période, que ce soit pas la maison d’origine ou par des indépendants, dans des versions souvent remasterisées ou accompagnées d’inédits. Qu’en pensez-vous ? Faut-il acquérir ces albums ou vaut-il mieux fouiller les bacs à la recherche de vinyles parfois rares et chers ?
L’idéal serait d’avoir l’original et sa réédition. Je ne peux conseiller qui que ce soit car il s’agit là d’une appréciation totalement personnelle. Certains affectionnent le son et le visuel vinyl, l’aspect valeur aussi. Pour d’autres seule la musique compte, peu importe le support… personnellement j’affectionne les paper sleeve (réédition japonaise en CD avec la pochette du LP au format CD). On a le son et l’image au top !

Vous indiquez d’ailleurs des cotes approximatives pour les LP présents dans votre livre. Existe-t-il tant de collectionneurs que cela à travers le monde ?
Les cotations sont aléatoires. Les collectionneurs de LP restent largement minoritaires et sont bien cachés.

Est-ce que vous êtes toujours à la recherche de nouveaux groupes et de nouveaux disques ?
Toujours. Je suis sans cesse à l’affût de rééditions, de nouveaux groupes qui n’auraient jamais été répertoriés, de bandes exhumées et jamais gravées sur disque.

Interview réalisée par Denis Labbé

 

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