Oomph
! est un des groupes allemands les plus marquants
de la mouvance électro-métal actuelle. La
tournée 2004 à l’occasion de la sortie
de leur dernier album Wahrheit oder Pflicht
est probablement le meilleur moment pour leur poser quelques
questions. Grâce à Julien Poncelet (Goetherock),
nous avons pu rencontrer Dero et Flux, respectivement
chanteur et guitariste du groupe lors de leur passage
au Graspop Metal Meeting à Dessel (Belgique), pour
une demi-heure très sympathique…
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LeFantastique.Net:
Comment vous présenteriez-vous à ceux qui ne vous
connaissent pas encore ?
D:
Nous sommes un groupe en constante mutation, c’est-à-dire
que nous voulons éviter de nous répéter ou
de refaire toujours la même chose à travers notre
production. Pour cela, nous essayons de rester à l’écoute
et les yeux grands ouverts face au monde qui nous entoure. Nous
jouons de manière très émotionnelle: nous
ne sommes pas simplement un groupe agressif, bien au contraire,
nous sommes aussi très calmes, tristes et mélancoliques,
et nous cherchons à renvoyer à travers notre musique
toutes ces émotions. Pour ces mêmes raisons, notre
processus créatif est un peu comme les montagnes russes.
Si vous écoutez une seule chanson de Oomph!, vous ne pouvez
pas dire que vous connaissez tout le groupe, ce serait trop facile.
Notre production est très différente d’un
album à l’autre car nous explorons à chaque
fois de nouvelles directions émotionnelles et musicales.
Oomph! est un peu la synthèse de nos goûts respectifs
: les aspects électroniques des années 80 comme
Kraftwerk et Einsturzende Neubauten combinés avec ce que
nous aimons du métal comme Motorhead ou AC/DC. C’est
tout cela qui fait Oomph!
LF.N: Depuis
l’album EGO votre style est moins violent et de plus en
plus mélodique, pourquoi ?
D: Je pense tout simplement qu’il est lassant de toujours
s’exprimer dans une seule direction. Nous avons besoin de
changer notre mode d’expression, de l’améliorer
sans cesse, en particulier pour moi en tant que chanteur. J’ai
d’ailleurs, il y quelques années, repris des cours
de chant classique afin d’affiner l’expression de
ma sensibilité de manière plus prenante et plus
mélodique. Cela rend la musique beaucoup plus intéressante
quand tu peux hurler ton agressivité de manière
primaire et passer l’instant d’après à
l’expression émotionnelle d’un chanteur d’opéra.
C’est une bonne chose que de ne pas rester coincé
dans un registre étroit, surtout pour moi en tant que chanteur.
FLUX: Je ne suis pas tout à fait d’accord par rapport
à ta question. Justement, après les albums Plastik
et Ego, nous sommes revenus quand même à une expression
plus brutale et plus violente, mais bien entendu ce n’est
que mon point de vue personnel et je comprends que certains puissent
ressentir nos albums autrement.
LF.N: Vous
tournez beaucoup en Allemagne où votre succès est
important, mais y a-t-il d’autres pays dans lesquels vous
êtes connus et appréciés ? Un pays que vous
préférez ?
D: Nous n’avons pas de pays préféré.
Justement, il est toujours aussi passionnant et excitant de jouer
n’importe où et de voir comment le public réagit.
Nous nous sommes rendu compte que finalement, les gens du monde
entier sont pareils: nous sommes tous des êtres humains
avec nos envies, nos rêves, nos doutes et nos inquiétudes
et nous cherchons tous des moyens de canaliser et d’exprimer
ces réalités. En tant que musicien, nous avons justement
le moyen d’aider le public à atteindre ce but. Nous
apportons une manière positive de canaliser et de décharger
l’agressivité que les gens ont en eux lors des concerts.
Nous sommes issus de cultures différentes, nous parlons
des langues différentes et finalement la musique est le
seul langage universel qui nous permet de nous comprendre. Il
ne faut pas perdre de vue que nous sommes tous égaux à
la naissance. C’est d’ailleurs parfois un problème
en Allemagne, où certains ont du mal à nous cerner
et nous accusent même de ne pas être honnêtes
avec nous-mêmes. Oomph! est dans son expression un groupe
multiculturel, il faut bien que les gens l’acceptent. Ceux
qui s’intéressent à la langue allemande peuvent
prendre un dictionnaire et le verront tout de suite. C’est
pour cela que je suis un peu mal à l’aise avec des
groupes comme Rammstein qui diffusent largement dans le monde
une image caricaturale de l’Allemagne vieille de 60 ans
et encore présente dans tous les esprits. Dans Oomph!,
ce que nous voulons, c’est surtout ne pas utiliser ces clichés
et montrer ce que sont les Allemands aujourd’hui. Je suis
affligé de voir que Rammstein et d’autres continuent
de véhiculer cette image négative de notre pays.
LF.N: Pour
ma part, j’aurais tendance à vous situer à
mi-chemin entre Die Krupps et Rammstein, qu’en pensez-vous
?
D: Rammstein a toujours dit qu’il était influencé
par Oomph! mais je ne sais pas vraiment si c’est le cas.
Je pense que Oomph! offre plus de facettes différentes
au public, plus d’émotion, de sens et de réflexion.
Rammstein met plutôt le paquet sur le show scénique
et une certaine utilisation caricaturale de la langue allemande
(Eclat de rire général en parlant allemand et en
roulant les “R”), finalement une certaine provocation
qui peut être mal perçue de l’extérieur.
Peut-être en effet sommes-nous plus proches de Die Krupps
au niveau du sens que nous donnons à notre expression,
je ne sais pas... En Allemagne, chaque groupe véhicule
sa propre image et finalement la seule chose dont je sois sûr
c’est que nous voulons en finir avec tous ces foutus clichés
négatifs que véhiculent certains groupes et qui
donnent au monde une idée fausse de l’Allemagne.
Il est temps que nous montrions une image positive d’une
Allemagne moderne qui a exorcisé ses vieux démons.
F: Une fois de plus, je ne suis pas de cet avis. Je ne pense pas
du tout que nous ayons de points communs avec Die Krupps ou Rammstein,
mais comme je l’ai déjà dit, chaque individu
a sa propre perception des choses, sa propre sensibilité
donc je ne peux pas juger.
LF.N: Est-ce
que vous arrivez à vivre de votre musique ou est-ce que
vous avez un autre métier en parallèle ?
F: Oomph! nous prend tout notre temps et nous arrivons à
en vivre correctement tous les trois depuis 7 ou 8 ans environ.
D: Nous avons notre propre studio, nous produisons et mixons tout
nous-mêmes, nous travaillons toute l’année
sur nos compositions. Ce n’est pas comme la plupart des
groupes qui entrent en studio deux voire trois mois et remettent
les enregistrements à leur producteur ou leur mixeur. Pour
nous, Oomph! est un boulot prenant, et un album terminé
est en quelque sorte notre bébé avec son lot de
joies et parfois de déceptions. Quand tu regardes des gens
comme Nine Inch Nails, tu te rends compte de tous les avantages
qu’il y a à travailler de cette manière.
F : Tout à fait, nous avons plus de travail et moins de
temps pour le faire mais, cela nous permet une plus grande indépendance
et un contrôle quasi absolu sur notre musique.
LF.N: Que pensez-vous de l’Europe
et de son intégration ?
D: Nous grandissons tous ensemble au sein de cette Europe et cela
fait plaisir à voir. Evidemment, les gens ont souvent peur
du mélange que cela entraîne et pensent qu’ils
risquent de perdre leur culture. Moi, je pense qu’au contraire,
on ne craint rien de ce côté: le mélange des
cultures ne peut être que bénéfique pour tout
le monde. Il est nécessaire pour que l’Europe se
développe harmonieusement. Nous devons faire preuve d’ouverture
d’esprit et de tolérance car l’avenir de l’Europe
et aussi du monde en dépend. Il est dommage que certaines
minorités ethniques ou idéologiques essayent d’empêcher
cette avancée des choses. Nous devons tous travailler côte
à côte pour développer un monde meilleur où
les plus pauvres pourront vivre décemment et s’il
le faut, les aider à y arriver que cela soit en donnant
de l’argent ou autrement. Il est particulièrement
malsain et très injuste que certains pays aient un niveau
de vie si élevé pendant que des populations entières
crèvent de faim ! Cela nous rend malades ! Et puis, pour
ne parler que de l’Europe, je dois avouer qu’il est
quand même plus pratique, quand nous sommes en tournée,
de payer en Euros plutôt qu’avec des Francs, des Marks
ou des Couronnes ! Non ? (Eclat de rire général).
LF.N: Une
question spéciale pour toi, Flux : n’est-il pas trop
difficile de travailler avec un fou comme Dero ?
F: (Rires) Tu penses réellement qu’il est fou ? En
fait, c’est quelqu’un de très posé et
très réfléchi... Sauf sur scène !
Là en effet, on peut dire qu’il laisse exploser sa
folie et c’est très bien pour tout le groupe ! Il
agit comme un catalyseur sur nous tous dans notre manière
de jouer et de faire passer les émotions. La scène
est un endroit où nous avons la chance de pouvoir nous
laisser aller complètement et d’être différents
de ce que nous sommes dans la vie de tous les jours. C’est
le cas pour tous les artistes, non ?
D: Je pense que cette "folie" est une des composantes
vitales de Oomph!, elle fait partie de nous, et nous n’avons
pas besoin de jouer la comédie sur scène. La scène
nous permet d’évacuer toute l’énergie
négative qui est en nous. Nous n’avons pas besoin
d’être de grands sportifs ou des marathoniens : nous
avons Oomph!
LF.N: Finalement,
2004 semble être l’année Oomph ! Est-ce que
vous avez le sentiment d’avoir atteint votre but et avez-vous
d’autres projets ?
D: Non, en fait je ne pense pas que nous ayons un but à
atteindre en particulier. Chaque fois que nous avons terminé
un album, nous pensons déjà au futur et cherchons
déjà à explorer d’autres directions
musicales ou artistiques. Un artiste n’atteint jamais un
but, il ne franchit qu’une étape et se remet en question
à chaque fois avant de continuer.
F: C’est la même chose pour moi. Chaque album est
un nouveau défi pour le groupe. Sinon, maintenant que nous
commençons à avoir un certain succès en Allemagne,
en Suisse, en France et dans d’autres pays d’Europe,
j’aimerais pousser plus loin, aller vers d’autres
pays, au contact d’autres peuples et voir comment notre
musique sera accueillie et perçue.
LF.N: Quels
sont vos rapports avec les univers fantastiques, la science-fiction
et l’imaginaire en général ?
F:
Personnellement, j’aime surtout la science-fiction : Des
films comme 2001 de Kubrick, Gattacca, Soleil Vert ou encore Minority
Report. J’apprécie ce côté de l’imaginaire
qui fait réfléchir sur ce que peuvent être
les différents aspects de notre futur. En fait, je ne suis
pas amateur de fantasy ou de fantastique, bien entendu j’ai
vu Le Seigneur des Anneaux avec des amis et c’est un film
très bien fait et agréable à regarder, mais
je n’arrive pas à "rentrer dedans", il
n’y a rien à faire !
D: Moi au contraire, je trouve que Le Seigneur des Anneaux porte
un message assez humaniste en ce sens qu’il montre par l’intermédiaire
de l’anneau unique qu’il n’est pas bon que le
pouvoir soit entre les mains d’une seule personne. Au contraire
le poids de ce pouvoir doit être supporté par plusieurs
personnes justement pour éviter les catastrophes... Tu
vois que finalement, même un film de fantasy peut porter
un message ! On peut vraiment faire un parallèle avec la
politique actuelle quand tu vois des gens comme Bush, Ben Laden
ou Saddam et la manière dont ils manipulent les peuples
du monde ! Ce sont des mecs comme ça qui risquent de mener
le monde à sa perte !
Et bien Dero, Flux, merci de m’avoir
accordé ces quelques instants, ce fut un plaisir. Je vous
souhaite tout le succès que vous méritez et bonne
continuation pour votre tournée !
Propos recueillis par Rafaël
"The Great Frog" Verbiese - Octobre 2004
Site
Web Officiel de Oomph !
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