Kragens

Alors que les Français de Kragens sortent leur troisième album appelé Infight, il nous est paru essentiel de donner la parole à ce groupe qui mélange metal et thrash pour offrir aux amateurs du genre, un album racé, inventif et puissant.

C'est leur chanteur Renaud Espeche qui a pris le clavier pour nous répondre et vous montrer que Kragens a vraiment des choses à dire et des positions à défendre.

LeFantastique.Net: Pour commencer, comment avez-vous créé Kragens ? Et quelle est la signification de ce nom ?
Renaud Espeche: On va essayer de faire vite ! Ca faisait longtemps que je voulais me remettre au métal. En 1999, je lis une annonce locale, c’étais Cédric qui cherchait un chanteur. En fait, on se connaissait déjà, mais le hasard nous a réunis de nouveau. Son groupe Thorium était déjà composé de Laurent Pottentier à la basse, Ludwig Laperche en guitariste 2, lui et Mimosa à la batterie. J’ai dit oui, puis Mimosa est parti et un pote à moi, Jean Michel Scali nous a rejoints aux drums. On faisait des covers, et on s’est vite fait un nom dans les pubs. Puis Cédric a trouvé le nom de Kragens, je ne sais plus quand. Je crois que c’est à cette période qu’on a composé "Satan The Killer", un de nos meilleurs titres. Jean Mi est parti, et Olivier Gavelle l’a remplacé à la batterie. Puis Laurent aussi est parti, et Denis Malek l’a remplacé tout de suite. Le line up était définitif en 2000. Pour le nom du groupe, Cédric était persuadé que ca voulait dire "empoigner quelqu’un violemment" en Allemand… il avait dû trop boire, et nous on lui a fait confiance ! Plus tard c’est Kai Hansen himself qui m’a appris avec Pete Sielck que ca voulait dire "Cols de chemise" ! C’est super métal ! Bon, heureusement ca n’a pas pénalisé le groupe outre Rhin, en plus celui qui nous a signés chez Locomotive Records c’est ce bon teuton de Chris Boltendahl de Grave Digger ! Ce n’est qu’après que j’ai su que Jack Vance dans le livre Un Monde d’Azur décrivait les Kragens comme des monstres sous marins en forme de pieuvre, dominant des humains exilés sur une planète couverte d’eau. Ca le faisait plus, surtout en Allemagne !

En trois albums, vous avez montré toutes vos connaissances du métal. Quelles sont vos principales influences ? Si l'on cite Nevermore, Dio et Accept, est-ce que cela vous va ?
Oui, entre autre, moi je dirai que nos goûts musicaux pourraient nous influencer, et là, il y a pléthore de groupes qu’on adore. Slayer, Testament, Judas Priest, Annihilator, Satyricon, Chimaira

Quels albums indispensables pouvez-vous conseiller à nos lecteurs ?
C’est trop dur comme question ! Screaming For Vengeance de Judas ? Powerage d’AC/DC ? Restless And Wild d’Accept ?

Avec qui aimeriez-vous tourner ? Et où ?
Avec Mötley Crüe, en Hongrie… no comment !

Vous semblez apprécier les ambiances sombres. Comment écrivez-vous les paroles de vos chansons ? Qu'est-ce qui vous motive, vous révolte pour écrire un texte ?
Je suis militant syndical, et rebelle de nature. Je déteste l’injustice. Je m’intéresse beaucoup à l’histoire, la sociologie, la politique. Donc les sources sont inépuisables, et l’inspiration vient facilement. Comme tu le dis, l’atmosphère des morceaux est tellement propice aux textes violents, vindicatifs, voire revendicatifs ! "Deaf And Blind" dénonce les apparatchiks soviétiques qui ont détruit la révolution bolchevique. Alors que le communisme serait peut être une alternative politique viable, si les hommes n’existaient pas ! "Lake Of Fire" est plus mystique, parle des forces du mal, guerriers de l’Enfer… L’actualité m’inspire aussi, "Mask Of The Damned" parle du syndrome de Stockholm, à travers l’histoire de Natascha Kampush. "Metalize" est un hymne au Metal, comme j’aime les écrire, à l’instar de "Metal Hunter". "Falling Man" décrit la dernière journée d’un homme qui se jette des Twins le 11 septembre.

A qui vous attaquez-vous dans un titre tel que "Angels Among Monsters" ?
A l’infanticide, car depuis que je suis père, je me pose beaucoup de questions. Plus précisément "Angels Among Monsters" parle du crime des Goebbels, juste avant la prise du bunker d’Hitler par l’Armée Rouge. Assassiner ses 4 enfants, il faut être dément pour commettre ca. Je ne tolère plus la souffrance que l’on fait subir à des innocents, surtout des enfants. J’adore ce titre, et ce qu’on y exprime à l’intérieur.

Le troisième album est souvent celui qui demande le plus d'investissement personnel et souvent financier. Comment s'est déroulé l'enregistrement d’Infight ?
Financièrement non, ça a été le plus facile ! S’agissant du temps, comme d’habitude on a couru un peu après, mais le stress nous fait mieux travailler. Sinon on a enregistré les batteries à Nice, à l’Access Studio. Puis Gil Giachino notre guitariste a pris en charge le recording des grattes, basses, claviers et cordes dans son home studio. Ca a pris au moins deux mois. Puis j’ai fait les voix en 4 jours aux NSR Studios, avec Laurent Nafissi comme ingé son. Enfin Tue Madsen a mixé et masterisé en Juin dernier au Danemark, à l’Antfarm Studio. Nous n’avons fait, avec du recul, que des bons choix… même si on a galéré ponctuellement sur une ou deux choses. Donc en définitive, ca s’est très bien passé, on en redemande !

Que représente la pochette de ce nouvel album qui renvoie presque à un test de Rorschach utilisé par certains psychiatres ?
Tu peux voir des mains qui s’emparent d’une arme, ou des mains qui s’unissent à cette arme… C’est la le thème de "l’Infighting". L’affrontement ou l’unité, le dilemme intérieur entre le bien et le mal. Beaucoup de nos textes sont liés par ces principes. Côté graphisme, on observe que ça ne laisse pas indifférent, puisque certains la trouvent dégueu, d’autres géniale ! Chris Boltendahl a changé la couleur pour le pressage allemand, qui est plus Trash. C’est vrai que la symétrie pourrait faire croire qu’on aurait voulu tendre vers les tests psys !

Quel matériel avez-vous utilisé pour cet enregistrement ? Utilisez-vous les mêmes instruments que sur scène ?
Batterie Yamaha, Ampli guitare Marshall, Ampli Basse Trace Elliot, guitares Jackson et Music Man. C’est le même matos que sur scène. Sauf le solo de "Falling Man", je crois que Cédric a joué sur une Flying V Gibson qui appartient à notre pote Marc Piola.

La scène française semble de plus en plus importante, même si les ventes ne suivent pas toujours. De quels groupes français vous sentez-vous les plus proches ?
Ceux que l’on connaît de près, comme Benighted, Loudblast, Nightmare, Ellipsis, Killers, Insane, Inner Visions, Sigis, Artefact… La tournée avec Nightmare le mois prochain devrait être une expérience forte. Je pense que nos deux groupes sont majeurs en France, et que l’opportunité pour le public de voir deux groupes de cette trempe défendre deux albums de cette qualité, sur une même scène ne se reproduit pas souvent. Je le dis sans fausse modestie, que ca plaise ou non !

La plupart des fans pensent que les groupes qui sortent des disques sont millionnaires. Comment un groupe français comme Kragens fait pour survivre financièrement ?
Il faut s’acheter une liberté artistique en travaillant beaucoup à l’extérieur, et faire des sacrifices sur beaucoup de choses ! Même si nos deals en Allemagne et au Japon nous ont fait respirer, si les cachets des concerts se sont nettement améliorés, nous n’autofinançons qu’une partie du prod. Il faut vendre, et pour Infight, tel est notre but. C’est pour cela que Thundering Records propose l’album avec un DVD bonus de notre concert au Killerfest (filmé par TDK prods) au même prix qu’un album classique, et qu’actuellement nous le proposons sur notre site à 10 euros dédicacé… pour éviter le téléchargement illégal ! Ca nous tue !

Comment concevez-vous la scène ? Avez-vous des anecdotes croustillantes ou affligeantes sur certaines dates que vous avez faites ?
La scène est notre but ultime, et c’est une arène ou nous combattons physiquement pour défendre notre musique, la partager avec le public, et nous défouler de toute notre agressivité. Les anecdotes, entre les ingés son minables qui se prennent pour des cadors, ou les groupes qui balancent des heures pour finalement sortir de la merde, il faudrait un livre ! Le top c’était une concentration moto, où on jouait après un Strip Tease, Denis nous dit "je vais me reposer dans la voiture, des Strips j’en ai trop vu !". En fait la nana super mignonne s’est lâchée devant 500 personnes, à poil, chantilly dans le cul avec un mec sur scène pour nettoyer, branlette espagnole en direct…Trash quoi ! 30 minutes de show hard… Il s’est pointé juste après, on l’a dégoûté !

A quoi vous intéressez-vous en dehors de la musique ? Est-ce que cela vous nourrit pour composer et écrire ?
Personnellement j’aime la littérature, la plongée, la bouffe et les voyages. Ce serait difficile de parler pour les autres ! Oui, quelquefois ce que je peux vivre m’inspire. Surtout les livres. Dernièrement j’ai lu un roman sur la résistance Apache contre l’armée américaine. Je pense bien m’en inspirer pour le quatrième album !

Interview réalisée par Denis Labbé

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