Klone
La nouvelle guerre...

Sous l’œil mystérieux qui nous fixe depuis la pochette d’All Seeing Eye de Klone se cache un album qu’il faut absolument découvrir ; l’un de ces albums rares qui transcendent les genres, qui renversent les barrières, qui effacent les frontières. Et cet album est dû à un groupe français, nouvelle preuve de la bonne santé créatrice du metal hexagonal. Nous sommes partis à la rencontre de ce groupe éclectique afin de découvrir ce qui se dissimule derrière ce groupe qui n’a vraiment rien d’un clone.

LeFantastique.Net: Comment s'est formé le groupe et pourquoi avoir choisi ce patronyme de Klone alors que votre musique n'a absolument rien à voir avec de la musique clonée ?
Le groupe s'est formé en 1999 à la sortie du lycée entre potes qui avaient les même goûts musicaux et une grosse passion pour la musique en général. Nous avons sorti deux albums (Duplicate et High Blood Pressure) chez Musicast et Klonosphere, nous avons beaucoup tourné et nous avons développé notre style, un metal de base enrichi d'influences progressive, pop et psychédélique. Nous avions choisi le nom de Klone un peu par hasard à l'époque, c'etait le titre d'un morceau de Vision Of Disorder sur l'album Imprint.

Votre musique mélange de multiples influences, sans doute parce que les membres du groupe écoutent des musiques différentes. Qu'écoutez-vous? Qu'avez-vous emprunté à chaque style présent dans votre musique ?
Aujourd'hui on écoute tous des choses très différentes et par forcément métal. Dans le bourrin, on aime bien Opeth, Meshuggah, Devin Townsend, Pantera et à côté de ça, on aime bien Pink Floyd, King Crimson, etc... On écoute vraiment de tout, aussi bien de la musique classique, du jazz, du dub, de l'électro, c'est vraiment très varié. On a emprunté le format de groupe métal, et grunge, comme Pantera, Alice In Chains et nous y avons apporté les subtilités de musique ambiante et progressive avec certains arrangements pop.

Pensez-vous que ce "crossover" soit l'avenir du metal à un moment où de nombreux styles semblent se mordre la queue ?
On ne se pose pas ce genre de question, on fait la musique comme on la sent avec notre feeling et notre énergie. Nous n'avons pas de limite musical, on ne veut pas se fermer à un style particulier comme du true death ou du true heavy, ça ne nous correspondrait pas. Nous jouons un peu ce que nous sommes.

Vous possédez l'originalité d'accueillir en votre sein un musicien capable de jouer du saxophone. En quoi cet instrument, peu utilisé dans le metal, apporte un plus à votre musique? Pouvez-vous évoquer également les autres instruments "exotiques" que vous avez utilisés ?
Matthieu joue du saxophone depuis très longtemps, il vient du milieu jazz classique, mais il écoute aussi beaucoup de métal et un tas de choses différentes. Nous avons utilisé de la harpe sur cet album, des gongs, des cloches, de la flûte chinoise et divers sons électroniques. Tout ça apporte une touche un peu spéciale à notre métal, ça permet d'ouvrir les possibilités dans les arrangements et de dégager autre chose qu'un métal pré-pubère classique.

All Seeing Eye n'est que votre deuxième album et pourtant il s'en dégage une telle maturité qu'on a l'impression d'entendre un groupe déjà installé. Comment avez-vous composé cet album ? Quelles démarches mettez-vous en place ?
Cet album est composé à la base de riffs de guitare comme souvent dans les groupes de métal. Il y a aussi cette approche rock assez simple "In Your Face". On joue ce qui vient sans trop de se poser de questions. A coté de ça il y a un gros travail sur les arrangements, les voix, les ambiances et on fonctionne un peu sur le principe de couches d'instruments peut être un peu comme dans la musique classique.

Quel est cet œil stylisé qui nous regarde? A quels symboles est-il attaché ? Faut-il y voir une référence au Meilleur des mondes ?
C'est l'œil qui voit tout, une sorte de Big Brother. Ca peut aussi faire allusion à la Franc Maçonnerie. Il faut chercher tout ça avec les textes de l'album qui donnent quelques indices. Tout ça peut être interprété différemment. Il y a ce coté 1984 de George Orwell présent dans le texte ; Jean Ziegler aussi avec l'Empire de la honte. On peut donc aussi faire référence au Meilleur des mondes... C'est un peu la même histoire et c'est aussi ce vers quoi le monde tend aujourd'hui. Il suffit d'écouter les discours de Jacques Attali pour se rendre compte que ce monde qui était autrefois de la science-fiction devient aujourd'hui notre monde réel, avec un gouvernement mondial, des guerres un peu partout. Tout ça parait un peu programmé et voulu selon les penseurs à la BHL / Attali. Il parait même que ça serait pour le bien de tout le monde...

Il semblerait que vous portiez un regard très critique sur notre société. Quels thèmes abordent vos chansons ?
Oui en effet c'est un peu notre point de vue, mais ce n'est pas ce qui est dit explicitement dans nos textes. Dans l'album la parole est un peu à tout le monde car tu retrouves aussi bien le point de vue du dominant que celui du dominé. Les thèmes abordés sont en vrac: la soumission, le pouvoir, l'ingratitude, le rêve, l'évasion, la souffrance ; des sujets bien metal en somme !

Est-ce que la littérature vous aide dans cette optique d'écriture. Lisez-vous de la science-fiction? Quels auteurs ?
A vrai dire, je ne lis pas beaucoup de science-fiction, à part 1984, je n'ai pas lu d'autre livre dans le même style. Je t'avoue aussi qu'on n’a pas besoin de science-fiction pour faire ce type de paroles, le monde "réel" est bien plus intéressant. Je regarde beaucoup de documentaires, je lis le Monde Diplomatique, et je m'intéresse beaucoup aux petits médias sur le net qui offrent enfin d'autres positions que celles matraquées à longueur de journée. Je pourrais te citer le Réseau Voltaire, la bande à Thierry Meyssan, Alain Soral, Marc Edouard Nabe, tout ceux qui vont à l'encontre du discours dominant. Ils se font de plus en plus rares !

Ce nouvel album bénéficie d'une excellente production, très professionnelle. Comment avez-vous choisi le producteur et le responsable du mastering? Comment s'est déroulé l'enregistrement ?
Nous avons encore une fois travaillé avec Sylvain Biguet. Nous bossons avec lui depuis High Blood Pressure et nous sommes très satisfaits de son travail. Il est très pro, il sait nous conseiller comme il faut et humainement ça se passe super bien avec lui ! Pour le mastering, nous avons bossé avec Jean-Pierre Bouquet, mais je ne pourrais pas le conseiller... Nous avons dû refaire le mastering trois fois, je pense que ce monsieur commence à avoir les oreilles un peu grillées ! L'enregistrement a été très long et espacé. Nous avons fait les prises de batterie dans la salle de la Gornière à Châtellerault, ce qui donne un peu ce coté live. Idem pour le reste des instruments à part les voix qui ont été faites en grande partie dans le studio de Sylvain à Anthony (92).

Vous semblez assez proche de Gojira puisque Joe Duplantier vient vous donner un coup de main sur un titre. Quels points communs peuvent avoir les musiques de Klone et de Gojira ?
On aime beaucoup la musique de Gojira, après je t'avoue que je ne les connais pas bien personnellement, mais nous avons fait quelques dates ensemble et c'est toujours un plaisir de jouer avec eux ! Le point commun entre Gojira et Klone c'est certainement de vouloir faire de la zic spontanée qui vient des tripes et d'essayer de faire évoluer des styles de zic cloisonnés .

Vous venez d'être signés sur le label Season Of Mist réputé dans le monde entier pour son sérieux et la qualité de ses groupes. Comment êtes-vous arrivés chez eux? Et qu'attendez-vous de cette signature ?
Oui nous sommes très contents d'avoir enfin trouvé un label comme Season qui nous permet de nous exporter un peu et de faire parler de nous à l'étranger. J'ai rencontré Michael au Hellfest, je lui ai conseillé d'écouter au plus vite notre cd car à la base le cd allait sortir chez Listenable. Il m'a contacté par mail le mardi suivant le Hellfest après avoir écouté attentivement l'album. Il nous a fait une proposition plus intéressante financièrement et nous savions que les deux labels avaient pratiquement les mêmes réseaux, nous avons donc saisi cette opportunité.

Vos morceaux semblent taillés pour la scène, en même temps, la complexité de certains de vos arrangements pourrait poser quelques problèmes d'organisation. Comment abordez-vous la scène ? Allez-vous utiliser des samples ?
Oui en effet, et pourtant nous jouons tout l'album en live sans trop utiliser de samples car Matthieu Metzger joue la majorité des instruments en live ! Nous avons une approche très rock'n'roll du concert, sans trop d'artifices. La musique prend le devant, nous n'avons pas de costumes de scène et nous jouons encore une fois cette musique avec nos tripes !

Interview réalisée par Denis Labbé

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