Kagerou

Kagerou était en France pour la tournée The abyssmal mind pierced by leucotome qui passait par Strasbourg, Paris et Lille. Alors qu’après trois albums, Kagerou, Rakushu et Gurou Shoku, le groupe commence à devenir une véritable référence dans l’hexagone, poussé par un engouement certain des jeunes occidentaux pour tout ce qui vient du Japon, il nous est paru indispensable d’en connaître plus sur ce groupe issu de la scène visual kei. Juste avant le concert de Lille, nous avons eu la chance de rencontrer Daisuke (chant), Yuana (guitares), Kazu (basse) et Shizumi (batterie) qui ont aimablement et humblement répondu à nos questions.

Dans la loge, l’ambiance est plutôt détendue. En fond sonore, des vidéos passent sur un ordinateur portable. Les musiciens sont en partie maquillés et habillés avant de monter sur scène, mais pas du tout stressés. On les sent vraiment disponibles et chacun prend la parole même si Daisuke est souvent celui à qui revient la charge de répondre aux questions.

LeFantastique.Net: Comment se passe cette mini-tournée française ?
Daisuke: Tout se déroule parfaitement bien. Nous sommes parvenus à exprimer tout ce que nous avions envie d’exprimer sur scène.

LF.N: Le nom de votre groupe Kagerou désigne un insecte voisin de l’éphémère. Pourquoi avoir choisi un tel nom lorsque l’on désire faire une carrière dans la musique ?
D: Nous avons choisi ce nom parce que nous aimions cette idée de l’insecte mais il est sans aucun rapport avec le côté temporel, avec son caractère éphémère. L’éphémère est un insecte qui ne vit pas très longtemps et qui doit donc vivre à toute vitesse, au jour le jour. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Il pourrait arriver n’importe quoi au groupe ou à l’un des membres du groupe. Nous avançons sans penser au lendemain, dans l’urgence, en voulant vivre à fond l’instant présent. Nous ne nous intéressons pas à cette idée de carrière, de durée.

LF.N: Comment écrivez-vous vos paroles ? Lisez-vous les écrivains japonais contemporains tels que Haruki Murakami ou Ryu Murakami ?
D: Bien que nous lisions ces auteurs, leurs écrits ne nous inspirent pas dans l’écriture de nos chansons. Nous nous servons de nos expériences de tous les jours pour développer les thèmes qui y sont présents. Nous puisons en nous.

LF.N: Vous abordez souvent des thèmes négatifs liés à la mort, la pourriture, la perte. Pour quelles raisons ?
D: Il est vrai que nos textes sont plutôt négatifs. Mais de toute manière on trouve du positif dans tout ce qui est négatif et du négatif dans tout ce qui est positif. Nous utilisons des références négatives pour exprimer des idées positives et parfois des idées positives pour exprimer ce qui est négatif. Pour nous, c’est une manière de montrer que tout n’est pas si sombre que cela dans le monde. En exprimant cette positivité à travers des thèmes négatifs nous voulons montrer que finalement on peut atteindre la lumière. Il existe une face cachée en toute chose. Et c’est cette face cachée qu’il faut chercher dans les paroles de Kagerou.

LF.N: Votre musique mêle des apports occidentaux et orientaux. Comment réalisez-vous ce mélange ?
Shizumi: Tout d’abord, nous sommes tous nés au Japon, la musique orientale fait partie de notre culture. Nous sommes liés à cette terre, à cette musique.
Yuana: De plus, nos influences sont très différentes, car nous écoutons tous des musiques très variées et comme nous composons tous, cela donne ce style éclectique qui est un mélange de ce que nous écoutons et de la musique traditionnelle du Japon. Mais nous ne réfléchissons pas à notre manière de composer. Ce mélange vient naturellement.

LF.N: Les structures de vos morceaux sont complexes, plein de contrastes. Comment composez-vous ?
S: Nous ne cherchons pas à composer des chansons complexes. Tout cela se fait complètement en adéquation avec l’humeur du moment, avec les idées que nous avons envie d’exprimer. Tous ces contrastes qui sont présents dans nos morceaux ne sont pas calculés. Nous écrivons à l’instinct.

LF.N: Depuis le 19ème siècle, le Japon se tourne vers l’Occident, aujourd’hui les occidentaux regardent le Japon avec passion à travers les mangas, le cinéma, la littérature ou le Jrock. Avez-vous une explication à cela ?
S: Nous ressentons cet intérêt grandissant pour notre pays, mais nous ne pouvons expliquer l’engouement des occidentaux pour tout ce qui vient du Japon. Nous le percevons, en tout cas.
D: Nous voyons aussi cela pour le groupe. Pourtant, nous n’avons rien changé à notre style, nous jouons toujours la même chose. Pour nous, c’est difficilement explicable mais cette évolution nous semble naturel.

LF.N: Pour quelle raison la pochette de Rakushu représente un arbre stylisé sur fond doré ? Qu’exprime-t-elle ?
D: Nous avons voulu exprimer à travers elle toute l’évolution de Kagerou depuis le premier album. L’arbre est le symbole de cette évolution, de cette croissance. C’était de loin la meilleure manière de montrer de quelle manière le groupe avait évoluer au cours des années. De plus, grâce à Gurou Shoku, beaucoup de fleurs ont pu éclore depuis (Ndlr: Cette réponse énigmatique fait référence à la pochette très colorée de leur troisième album qui semble représenter des fleurs. Nous n’avons pas pu en savoir plus.)

LF.N: La chanson "XII Dizzy" présente sur Rakushu évoque les douze souffrances de l’homme dont parle Bouddha mais adaptées au 21ème siècle. Est-ce ce mélange d’ancien et de moderne qui fait le style de Kagerou ?
D: C’est exactement cela.

LF.N: Pour quelles raisons Gurou Shoku est un album plus simple, plus dépouillé et moins puissant que les précédents ?
Kazu: Encore une fois, nous n’avons pas fait cela intentionnellement. Nous avons composé cet album en accord avec notre état d’esprit du moment. Cela nous a semblé plus proche de ce que nous étions au moment où nous l’avons enregistré. Nous n’avions pas conscience de ces changements et nous ne les avons pas souhaités. Tout est arrivé de manière très naturelle.

LF.N: Vos tenues de scène sont devenues moins voyantes, moins extravagantes. Pourquoi avoir abandonné cette dimension ?
D: Nous avons voulu nous débarrasser de tous les éléments inutiles et superflus afin de ne conserver que l’essentiel de nous-mêmes sur scène. Cela rejoint en fait la question précédente. Nous nous sommes libérés tout naturellement de ce qui ne nous paraissait pas essentiel. Cela correspond à notre état d’esprit actuel.

LF.N: Comment êtes-vous perçus par la société japonaise qui est une société très stricte et très rigoriste ?
K: Au Japon, dans la mesure où nous faisons beaucoup d’efforts pour réussir dans notre travail et que les gens se rendent compte de ce que nous avons envie de faire, nous ne sommes pas particulièrement attaqués. Nous ne subissons pas de pressions particulières.

Après une poignée de main à chacun des musiciens, il est temps de se rendre dans la salle pour les trois derniers morceaux de SUP avant la montée sur scène de ceux que tout le monde attend.
Si ses trois albums sont indispensables, c’est sur scène que le groupe donne la pleine mesure de son talent. Face à des fans tout dévoués à leur cause, les quatre Japonais nous offrent une prestation déchaînée et sans faille qui renverse un Splendid chaud bouillant. Le son est excellent et les éclairages réellement impressionnants. Un grand merci aux ingénieurs de SUP. Daisuke et Yuana ne tiennent pas en place, tandis que Kazu et Shizumi assurent une rythmique impeccable. En vingt-et-un morceaux, dont un inédit, Kagerou renverse tout sur son passage, revisitant son répertoire avec un évident charisme. Daisuke se déshabille au fur et à mesure du concert, arrose les fans, descend dans la fosse, s’écroule hors de souffle tout en assurant. Du grand art !

Propos recueillis par Denis Labbé

Discographie sélective
Gurousyoku (CD – 2005 – Free Will)
Rakushu (CD – 2004 – Free Will)
Kagerou (CD – 2003 – Free Will)
Rakusyu enjyou saisyuu kouen (CD – 2004 – Free Will)

Liens
www.kagerou.jp
www.free-will-europe.com

Nos remerciements à l’équipe de Free Will pour la traduction.

                                                                               Best view with IExplorer 5 @ 800x600.   © Anthesis. Tous droits réservés.