Invictus

Le groupe français Invictus vient de sortir un excellent premier album intitulé Black Heart, mélange de gros riffs bien saignants et de mélodies qui pénètrent au fond des oreilles avec délices. Nous en avons profité pour interviewer Mikaël Fitrzyk (manager, guitariste, auteur et compositeur du groupe), afin d’obtenir ses impressions sur un début de reconnaissance internationale, tout en essayant d’avoir quelques éclaircissements sur leur début de carrière sous le nom de Quark 7.

Alors que la scène française commence à s’étoffer, Invictus pourrait bien être l’un de ses nouveaux loups capables de montrer que nous n’avons rien à envier aux Allemands et aux Scandinaves. En passant, on peut louer la disponibilité et l’amabilité de Mikaël qui s’est prêté avec célérité et sincérité à cet exercice pas toujours plaisant pour un artiste. Allez, mettez un "Miracle" ou un "Burn 7" à plein tubes pour apprécier au mieux cet entretien.

Tout d’abord, pouvez-vous nous conter l’histoire d’Invictus qui existait déjà sous le nom de Quark 7 ? Quels changements musicaux et structurels ont été apportés au groupe ?
L’album Once upon a Crime a été distribué en France par Black Cat. Quark existe depuis 1996-97. Jusqu’alors, nous nous contentions de tourner dans des cafés-concerts avec des reprises du style Satriani, Van Halen…. et quelques compositions. C’est en 2001, que j’ai décidé de m’occuper sérieusement du management de Quark en commençant par un changement de line-up, après avoir enregistré 2 démos : Fly Away et Once upon a Crime. La dernière était Once Upon A Crime, Black Cat avait jugé bon de distribuer cette démo qui était enregistrée à l’origine uniquement pour démarcher des labels et des salles de concerts (no comment !).

Pourquoi avoir choisi ce nom "invictus" ?
Notre but était de signer avec un label qui disposait d’une distribution mondiale, or QUARK signifiait "fromage blanc" dans les pays nordiques... rires... il nous fallait à fortiori un nom universel à consonnance latine. Nous avons décidé d’enregistrer un véritable album en 2001 en changeant de nom, Invictus est un nom universel et veut dire invincible, cela correspond bien à notre état d’esprit de petits prétentieux …rires… !!!!

Vos compositions ont cet avantage d’être originales, comme si vous étiez parvenus à digérer vos influences. Justement, quelles sont-elles ?
Nicolas (Basse): Faith No More et Whitesnakes
Fred (Chant): tout le Rock en général
Raphaël (Batterie): il est plutôt Extreme Metal et Heavy .
Mes influences sont Rage ou Motorhead.

A présent vous êtes signés sur un label plus important (LMP), basé en Allemagne et axé sur le Heavy Metal, qui bénéficie d’une belle distribution (Wagram en France). Qu’est-ce que cela a changé pour le groupe ?
Pour l’instant rien... rires... Nous sommes distribués dans le monde entier et ce label nous fera des avances de trésorerie pour les prochaines productions. LMP dispose de beaucoup de contacts et j’ai fait énormément d’interviews à l’étranger pour des radios, mag et zines. La promo nous coûte beaucoup de temps, c’est plus agréable en français comme de suite…

N’avez-vous pas peur d’être un énième groupe de metal dans ce paysage musical déjà très encombré ? Que pouvez-vous dire aux amateurs de métal racé pour qu’ils achètent votre disque ?
Peur de quoi ? On nous compare souvent à Stratovarius, Nightwish... nous jouons un heavy mélodique relativement classique... Je crois sincèrement que c’est un compliment car il est très difficile pour un groupe français de rivaliser avec ce genre de pointures... Encore plus difficile de signer un deal correct tout en étant très original au niveau musical. Nous nous affirmerons musicalement dans les futurs albums afin de ne pas trop coller à cette image "Stratovarienne". Notre CD est classique, certes, mais très bien construit et produit ! Je crois que cet album est mélodique, avec un chant très énergique. Nous avons essayé de ne faire aucun remplissage, tous les titres ont été soigneusement travaillés, autant au niveau production qu’au niveau de leur composition. Je me suis considérablement calmé au niveau des soli (rires... il y en a un peu moins...), c’est pourquoi ils sont plus efficaces et incisifs.

Quel regard portez-vous sur la scène française maintenant que vous êtes "travaillés" par une boite étrangère ? A-t-elle un avenir ?
Comme je l’ai dit, nous avons très peu travaillé avec les Français. Nous avons de bons groupes en France... je pense sincèrement que la sélection au niveau d’un label à l’étranger ne se fait pas uniquement avec la musique. Une fois qu’on a passé ce cap, même s’il est difficile, il faut prouver que le groupe peut se produire correctement sur scène. Mais ces deux critères ne suffisent pas à mes yeux, car beaucoup de groupes les honorent. Il s’agit ensuite d’investir suffisamment d’argent dans la production de l’album et de bien choisir son studio. Ensuite, il faut mettre au point une politique commerciale ciblée, c’est-à-dire, savoir vendre et défendre correctement ton produit. Mais ce n’est que mon point de vue…

Votre nouvel album a été produit par Didier Chesneau. Pourquoi ce choix et comment cela s’est-il passé ? A en juger par le son énorme que vous avez réussi à sortir, vous ne devez pas être trop mécontents.
Je connaissais le studio de Didier depuis longtemps. Didier a travaillé avec des producteurs étrangers et a beaucoup d’expérience en tant que producteur. Il était prévu de travailler avec Denis Ward, Friedman ou Paetch pour enregistrer cet album… En fait, nous avions apprécié le travail qu’avait fait Didier Chesneau sur les 3 albums d’Headline. Nous lui avons demandé d’être avant tout sincère en terme de production, c’est-à-dire, qu’il n’a pas utilisé de baguette magique en studio… nous sonnons de la même façon en concert. Il a su produire l’album comme l’aurait fait un studio allemand tout en colorant le son à la Invictus. Nous sommes satisfaits de cette collaboration.

En visitant votre site internet, on découvre que les réponses au Japon semblent fantastiques (n°1 des albums import pour le magazine Burrn !) et que cela marche également dans de nombreux autres pays. Comment réagissez-vous à cet engouement des journalistes ? Est-ce que les fans suivent ?
Effectivement nous avons été N°1 en vente import au Japon et nous sommes dans le top 50 des ventes import Metal depuis 25 semaines. Nous en sommes fiers, cela fait très plaisir… Nous recevons beaucoup de emails et de courriers du monde entier... Les journalistes étrangers sont surpris et ravis que l’on soit Français… Les interviews se passent très bien… J’espère qu’on aura suffisamment de pression pour produire notre prochain album avec encore plus d’énergie que "Black Heart".

Où avez-vous joués cet été et quel sont vos projets dans l’immédiat ?
Nous ne nous sommes pas produits sur scène depuis longtemps... Actuellement nous préparons le prochain album. Nous devons également choisir le prochain producteur.

Pouvez-vous nous éclairer un peu sur les thèmes abordés dans vos chansons ? Les paroles paraissent plutôt sombres et pessimistes. Où trouvez-vous vos idées pour ces textes ?
Les textes et la musique sont composés par Acard (le bassiste) et moi-même. Nous avons commencé par écrire le texte. Ce texte est l’histoire chronologique d’un homme à tendances maniaco-dépressives, enfin il le devient... Ce texte décrit ses passions, désillusions, ses galères. Une fois que nous avons terminé la composition d’une quinzaine de titres, nous avons extrait et injecté dans ces titres (dans un ordre aléatoire : comme dans la vie) une quinzaine de tranches de vie. Tu as raison, nos textes sont relativement sombres...

Pour finir, quelques mots sur cette pochette. D’où vient-elle ? Qui en a trouvé l’idée ?
Elle est très classique, Léo Hao, d’origine russe, a suivi à la lettre nos directives... Nous ne voulions aucune ambiguïté sur le style musicale avec la pochette. La plupart des groupes chez LMP ont ce genre de pochette, nous ne voulions pas nous écarter de leur politique.

Site Web Officiel de Invictus

Propos recueillis par Denis Labbé - Octobre 2003

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