Horologium
A la recherche du temps perdu
Plus connu pour ses plombiers que
pour ses groupes d’indus, la Pologne n’en est pas
moins un terreau fertile en matière de musiques dites difficiles
et même si ce sont plutôt les groupes de death ou
de black qui se font les porte-étendard de la scène
underground locale, il serait dommage de négliger la part
apportée par leur cousins industriels. Grand temps de remettre
les pendules à l’heure donc, en compagnie de Grzegorz
Siedlecki, tête pensante d’Horologium
et artiste à l’agenda bien rempli.
"C’est
vrai, je joue dans plusieurs formations: Totenhaus,
en compagnie de Merissa d’Erlette du groupe Artefactum,
et Krepulec où je suis accompagné
par Infamis, patron du label Beast of Prey. J’ai également
réalisé un album intitulé Metafizyka
pour le label italien Ars Benevola Mater. Mais mon occupation
principale à l’heure actuelle est bien Horologium,
que j’ai fondé en 2004 et sur lequel il y a bien
peu à dire pour l’instant sinon que je suis parvenu
à sortir quelques albums que certains auront, j’espère,
trouvés intéressants !".
Le dernier en date, intitulé
The Fire Sermon et sorti sur le label
marseillais Divine Comedy Records en début d’année,
est de ceux-là. Album non dénué de charme,
tout en ambiances feutrées et qui sent bon la naphtaline,
il est de ceux qui ont le pouvoir, une fois que vous êtes
rentré dedans, de vous transporter dans un autre âge.
"Je suis content de te l’entendre
dire car mon but avec Horologium est d’emmener l’auditeur
ailleurs, sans doute quelque part en Europe au XIXème ou
au XXème siècle, avec son histoire si intéressante
et ce background intellectuel si riche. Cela dit, le processus
de création reste quelque chose d’assez égoïste
et c’est plutôt sur mes propres émotions que
je me suis concentré en enregistrant cet album."
Emotions
qui ont conduit Grzegorz à s’intéresser tout
particulièrement au célèbre poème
"La Terre Vaine" du poète anglais et lauréat
du prix Nobel de littérature T.S. Eliot
(1888-1965). L’album tire en effet son nom du troisième
chapitre dudit poème et nombre de références
en sont extraites.
"Bien que le personnage ou
la vie de T.S. Eliot ne m’aient aucunement influencé,
je l’ai été fortement par ce poème.
Je crois qu’à l’instar d’un Ezra Pound
ou d’un Nietzsche, Eliot s’est rendu compte de la
crise culturelle qui se préparait en Europe et a dès
lors tenté de se raccrocher à des valeurs traditionnelles
sûres qui auraient permis de noyer cette crise dans l’œuf
ou, à tout le moins, de le sauver lui. D’un autre
côté, je pense qu’il savait pertinemment bien
que c’était là chose impossible…"
Un sujet somme toute logique pour
un artiste qui avoue être féru de philosophie même
s’il ne croit guère que c’est cet intérêt
qui l’ai poussé vers les styles musicaux qu’il
affectionne aujourd’hui.
"Disons que ce style convient
à quelqu’un qui s’intéresse à
la philosophie dans la mesure où on pourrait le qualifier
"d'intellectuel" mais d’un autre côté,
je me dis que je serais tombé dedans quoi qu’il arrive.
Ce qui ne veut bien sûr pas dire que je n’écoute
rien d’autre, donc si lien il y a, il est plutôt ténu…"
Point de pseudo-intellectualisme
post-adolescent dans le chef de notre ami polonais donc.
"J’écoute beaucoup
de choses et certaines sont fort éloignées l’une
de l’autre musicalement parlant. En fait, je ne sais pas
dans quelle mesure ce que j’écoute m’influence
pendant l’enregistrement. A mon sens, la véritable
inspiration vient de l’intérieur, de tes expériences,
des personnes que tu as croisées. D’une certaine
façon, tout cela reste ancré en toi."
La retranscription des atmosphères
que l’on retrouve sur l’album dans le cadre d’un
concert ne sera sans doute pas une tâche facile mais on
espère néanmoins avoir l’occasion de rencontrer
l’homme sur scène dans un avenir proche.
"Je jouerai pour la première
fois sur scène en Pologne avec Desiderii Marginis
et Moon Far Away. J’espère pouvoir
répéter l’expérience plusieurs fois
cette année mais rien n’est encore fixé."
L’absence sur nos planches
de groupes polonais traduirait-elle une certaine méconnaissance
de la part des organisateurs européens ?
"Disons que nos groupes de
death metal sont certainement plus connus à l’étranger
mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existe
pas ici de bons groupes d’indus. Je pourrais citer Spear,
Artefactum, Job Karma, Niegrzeczna
Pensjonarka, Project Winter, Sui
Generis Umbra, Desolation Zone. J’ose
espérer que la Pologne produira bientôt de tout bons
groupes."
C’est tout le mal qu’on
leur souhaite !
Propos recueillis par Grégory
Dejaeger - Mai 2006
Discographie sélective
Opium (CD, Void Rekordz, 2005)
Kaukasus – split avec Moljebka Pvlse (CD, Beast of Prey,
2005)
The Fire Sermon (CD, Divine Comedy Records, 2005)
A Handful of Dust (CD, Cynfeirdd, 2005)
Internet
http://www.horologium.end.pl
http://divineco.records.free.fr
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