Heyaeb


Heyaeb est un produit du terroir belge qui doit se déguster. La frontière entre sérieux et humour y est ténue. C'est dans cette dualité que s'est déroulée cette interview, entre deux sets du dixième anniversaire de The Invitation, à l'endroit même où, une semaine plus tôt, un grand pisteur belge faisait ses adieux au cyclisme.
Heyaeb (Netsajev pour les intimes) a lui aussi parcouru un long chemin. Après Subtile Cheating, la première démo puis le maxi Aperi Ventes, a suivi l'album Sisterly Love qui a cartonné dans toute l'Europe et par delà, défendu lors de nombreux concerts en première partie de formations de choc tels que Front 242, Apoptygma Berzerk, Mesh, Project Pitchfork ou lors de grands festivals comme l'Eurorock ou le Wave & Gothic-Treffen. Un deuxième album s'annonce, plus puissant encore.

Heyaeb existe depuis sept ans d'une histoire riche en qualité où tout s'est merveilleusement bien passé. Ne deviens-tu pas superstitieux ?
Je te confirme que ces sept années ont compté beaucoup de succès, c'est clair. Il y a eu des hauts et des bas, mais on a beaucoup appris, tant du point de vue musical que commercial.

Peux-tu approfondir ?
Au début, tout ça n'était qu'une blague: botter le derrière certaines personnes, s'amuser et faire la fête sans trop réfléchir en travaillant les chansons. Petit à petit, les choses ont changé. Nous avons trouvé notre propre cadre musical et notre public. La musique est devenue un moyen d'échapper au stress et de travailler nos émotions. Nous avons connu de très beaux concerts avec des gens formidables tant derrière nous que dans les salles.

Quels ont été tes concerts favoris ?
D'un point de vue purement qualitatif: c'est sans doute le concert à l'Ancienne Belgique, en première partie de Front 242. L'Eurorock 2001, aussi. Pour l'enthousiasme du public, Leipzig 2000 restera inoubliable.

Quels sont les noms qui ton marqué pendant ces sept années ?
Pour être honnête, peu de groupes me captivent en ce moment. La musique sombre ne me touche plus et celle que j'aime est plutôt accessible: Apoptygma Berzerk, Icon of Coil, Mesh... ou, dans un registre plus rock, Coldplay, Tom Mc Rae, Novastar, Ozark Henry. Je m'intéresse aussi à la dance/trance avec des noms comme Push, Ferry Corsten, Sven Väth ou Underworld.

Beaucoup comparent Heyaeb à VNV Nation...
Je n'aime pas trop donner mon opinion sur d'autres groupes mais disons que VNV Nation, ce n'est pas vraiment mon genre, même s'ils sont plutôt sympas.

Sisterly Love est un album très varié, survolant différents styles. Etait-ce un choix délibéré ?
Non pas vraiment. En fait, l'album est un peu la compilation de travaux antérieurs. La variété qui en découle a ses côtés positif comme négatif. C'est ainsi.

Puisque c'est le thème de Sisterly Love, parle-nous de tes serial killers favoris.
Il est vrai que je suis criminologue et que j'utilise des samples en rapport avec des serial killers, mais je ne pourrais pas pour autant te donner le nom d'un favori ! J'apprécie plutôt les gens qui créent que ceux qui détruisent...

Comment vois-tu évoluer le monde ?
Je ne crains pas le futur car nous sommes arrivés à un point où l'humanité semble avoir compris que la direction prise jusqu'ici est erronée et qu'il faut en changer. Globalement, le monde devient plus humain et tolérant et les écologistes commencent à s'imposer.

Et du côté musical ?
Personnellement, je dois encore travailler et rendre mes albums plus consistants. Ma musique a deux facettes. Il y a bien sûr les morceaux axés sur le beat où je fais tout pour approcher la perfection. Mais il y a aussi les compositions plus softs, très personnelles, où je ne me soucie aucunement de ce quiconque peut penser. J'hésite même parfois à les jouer sur scène.

Quelques mots sur les nouveaux morceaux ?
Le nouvel album s'appellera Overkill. Il sera beaucoup plus lourd et plus agressif, plus technique aussi et plus consistant que Sisterly Love.

Et les textes ?
Comme toujours: l'amour, les frustrations, les questions existentielles, les mystères de la vie, les esprits qui hantent la ville... Cynisme et ironie sont très présents dans le nouvel album.

Après la sortie de l'album, ça va être la série des festival d'été ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Nous aimerions jouer un maximum à l'étranger. Pour une fois, nous ne serons pas à l'Eurorock en tout cas.

Laquelle de tes chansons aimerais-tu faire remixer et par qui ?
C'est assez difficile. Peut-être "Another Way to Suffer" par Icon of Coil.

As-tu encore une dernière anecdote pour nous?
Lors de notre concert à Gand, en première partie de Mesh, nous avions un invité pour le chant: un poisson rouge, pendant un morceau instrumental. Malheureusement, un chat dans la salle a trop apprécié sa prestation et l'a avalé... En Flamand, on dit: 'de één zijn brood is de andere zijn brood !' (la mort de l'un fait gagner la vie de l'autre)...

Entre un rôle de joueur de harpe calamiteux dans l'univers de Tolkien et celui de chanteur d'Heyaeb dans le monde actuel, au sommet des charts mais avec tous les revers que cela implique, quel serait ton choix ?
Sans hésiter, le monde de Tolkien, pour les jolies nymphes des bois...

Quelle question ne t'a-t-on jamais posée mais que tu aurais aimé entendre ?
Enfin...
"Joachim, tes prestations au lit sont-elles d'un niveau acceptable ?"
"-Oh, excellentes !"


Photos et interview: Filip Van Muylem

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