|
|
Il y a quelques semaines, dans un luxueux digipack abondamment
illustré, nous parvenait d’Espagne Ancient
Shadow, œuvre navigant agréablement
et sans heurts entre plénitude new-age et brumes
gothiques. Derrière ce projet, de la composition
à l’interprétation, de la production
à la conception graphique en passant par la promotion,
apparaît un seul et même nom: Priscilla
Hernández. Nous avons voulu en savoir
plus sur cette talentueuse et ambitieuse nouvelle fée
de la scène heavenly.
|
LeFantastique.Net:
Qui est Priscilla Hernández ? Quel est ton parcours artistique
?
Priscilla Hernández: Moi ? Tout simplement une artiste
indépendante et combative parmi tant d’autres ! Je
suis originaire des Îles Canaries, mais je vis actuellement
à Barcelone. J’ai commencé à dessiner
et composer dès mon plus jeune âge. A une époque,
j’ai tout laissé tomber pour étudier la biologie
moléculaire pour, enfin, comprendre (hélas, après
quelques années) que je devais revenir en arrière
et consacrer ma vie à l’unique chose permettant de
me réaliser pleinement: la création artistique.
C’est ainsi que je suis devenue musicienne et illustratrice
à plein temps ainsi que propriétaire de ma propre
société d’édition, baptisée
YIDNETH. Je collabore également à une plate-forme
pour la promotion d’artistes indépendants en Espagne
(www.nuevasmusicas.org).
Le but est de leur apprendre comment profiter des avantages gratuits
d’Internet notamment pour l’autoproduction. J’ai
été particulièrement chanceuse en matière
de promotion via Internet depuis qu’en 2002, j’ai
proposé "I steal the leaves" en téléchargement
(dans une horrible version en basse qualité sonore). Les
réactions furent si chaleureuses et positives que je me
suis décidée à exhumer toutes ces chansons
que j’avais cachées durant des années et que
je me suis remise à composer. On avait parlé de
moi dans la presse, à la radio, ma musique avait été
téléchargée en masse et cela, sans le moindre
coût de promotion. Etant donné la croissance du nombre
d’artistes présents sur Internet, cela commence à
devenir plus compliqué, la puissance du système
se dilue, mais je continue à croire qu’il s’agit
du meilleur outil de promotion disponible pour tous ceux qui ont
un projet à défendre.
En tant que musicienne, je pratique les claviers, le piano, la
flûte et principalement le chant. J’ai collaboré,
comme chanteuse à divers CD et BO, parfois avec mes propres
compositions, mais je n’avais pas d’album solo à
l’exception d’une démo sur mp3.com, laquelle
ne fut plus disponible lors de la fermeture de ce site bien connu.
C’est à ce moment que j’ai envisagé
de réaliser l’album. J’ai commencé par
retravailler le morceau "Ancient Shadow", composé
en 1998 et qui est inspiré par "The Ancient",
un des personnages d’une de mes BD. J’y ai aussi inclus
des chansons écrites à l’âge de 9 ans...
et d’autres, comme "Haunted" ou "Nightmare",
composées lors de la réalisation du CD. Ma tendance
actuelle est d’aller vers des atmosphères plus sombres
car je pense être d’une nature romantique gothique.
En tant qu’illustratrice, il est indéniable que je
suis influencée par des artistes tels que Arthur
Rakham, Edmund Dulac, John Bauer
et Brian Froud. Je leur suis tellement reconnaissante
d’avoir été ma source de lumière et
d’inspiration !
LF.N: Tu
écris, composes, interprètes et illustres tes chansons
que tu produis et édites sur ton propre label… Est-ce
une volonté de garder le contrôle ?
PH: La raison est que je n’avais pas d’autre choix
et ce n’est certainement pas une volonté de contrôler
tout. J’ai reçu jusqu’à 9 offres d’enregistrements
avant de décider de le faire moi-même. Je ne me considère
vraiment pas comme une femme d‘affaire. J’aime créer.
Aussi, le travail d’édition pour pouvoir réaliser
seule un CD en toute légalité a été
une tâche titanesque et il y a eu des moments de doute.
J’ai moi-même produit, arrangé, mixé,
planifié, enregistré, édité et réalisé
le design et tout ce que tu peux imaginer (avec l’aide inconditionnelle
de mon partenaire Héctor Corcín, lequel est aussi
responsable du mastering). Le CD aurait dû sortir au début
de l’année dernière, mais il est arrivé
différents contretemps et problèmes. Malgré
tout, ça a été possible et je peux recommander
cette manière de faire.
En réalité, je me considère comme un auteur
et non comme une interprète. Lorsque j’ai débuté
le projet, j’ai cherché une chanteuse durant tout
un temps jusqu’à ce que je réalise que j’aimerais
le faire moi-même. J’ai eu la chance ou la malchance
de me voir offrir plusieurs propositions de labels, puis le rêve
s’est brisé, la réalité s’est
abruptement imposée, les propositions étaient compromises.
Certaines étaient formidables en termes économiques,
mais tout à fait à l’opposé de ce que
je voulais faire depuis très longtemps. J’admets
que cela pouvait être intéressant de signer avec
eux car ils offraient une énorme promotion et distribution.
Mais parfois, la voie facile n’est pas la bonne. Je veux
interpréter mon propre matériel. Je pourrais, bien
entendu, signer avec d’autres mais uniquement dans le cas
où ils me permettraient de continuer à me battre
pour mon projet personnel. Et ce n’était pas le cas...
Ainsi, après quelques moments de découragement (après
tout, lorsque tu dis non à une major, tu ne peux plus espérer
obtenir mieux), mon public et mes amis ont commencer à
soutenir ma décision. Ma volonté et mes espoirs
sont revenus (merci mes amis, je vous aime !). J’ai alors
compris que, qu’elles qu’en soient les conséquences,
j’étais une artiste et que je pouvais dire "non"
pour des raisons d’intégrité artistique. Des
gens ont commencé à faire des dons et, même
si cela n’a pas couvert les dépenses, cela m’a
encouragé à penser que cela valait la peine.
LF.N: Ta
musique semble évoluer entre deux styles musicaux : le
new-age, d’une part, et les musiques gothiques d’autre
part. Comment arrives-tu à concilier des univers aussi
différents, l’un doux, lumineux et apaisant, l’autre
triste, sombre et inquiétant ?
PH:
Honnêtement, je me considère plus du coté
des fantômes que de celui des fées. En tant qu’illustratrice,
auteur et lectrice avide de récits surnaturels romantiques,
ils m’ont toujours fascinés et, en un sens, ma musique
est une autre forme d’illustration de mes histoires. Si
tu lis les textes, tu ne trouveras pas beaucoup de lumière
dans mes chansons: tout est surnaturel, peut-être parfois
éthéré, doux et romantique, mais jamais léger,
plutôt triste et mélancolique. Imagine une créature
fantomatique essayant de séduire quelqu’un pour lui
tenir compagnie, si j’étais aussi désespérée
par la solitude et l’amertume, je pense que j’utiliserais
un son doux comme le ferait une sirène. Mon royaume est
celui du crépuscule. Ainsi, la signification des textes
dans la plupart des morceaux s’éloigne des canons
du new-age et si, le son reste proche de ce genre, l’ensemble
est généralement mieux accueilli dans les milieux
gothiques qui, étonnamment, m’ont paru avoir beaucoup
moins de préjugés en matière de styles musicaux.
Je ne crois pas aux genres musicaux. Je me laisse mener vers où
le processus créatif me guide. Ainsi, je ne peux pas dire
si mon prochain album sera plus proche d’un ou de l’autre
style ou explorera une nouvelle voie.
LF.N: D’autres
artistes, tels Louisa John-Krol, Caprice ou The Moon and the Night
Spirit…, s’inspirent également de la féerie
et de son coté sombre. Comment ton œuvre se positionne-t-elle
par rapport à leur approche ?
PH:
J’ai découvert très récemment Louisa
John-Krol après avoir été en contact
avec son label Prikosnovénie. Ils m’ont aimablement
recommandé de découvrir certaines de leurs productions
comme Louisa ou Pink’n Ruby... Je dois
avouer n’en avoir jamais entendu parlé avant début
2006, lorsque Ancient Shadow était en préparation.
Mon impression sur le travail de ce label est des plus positives.
D’après les exemples que j’ai reçus,
au son magnifique et unique, je pense que leur catalogue constitue
une sélection du meilleur goût et de la meilleure
qualité, mais je ne pense pas que ce soit si proche de
mon concept. Ancient Shadow est une compilation de morceaux
écrits durant deux décennies qui, même si
on y retrouve différents sous-genres, traverse mon enfance
et mon adolescence. C’est ma vie musicale et chaque vie
est différente. Lors du développement de Ancient
Shadow, de nombreux éléments ont été
réunis, depuis ceux datant de ma période d’immaturité
et d’apprentissage jusqu’aux plus récents,
lorsque je me suis lancée le défi de créer
quelque chose avec mon âme. Je comprend que l’on essaye
toujours de trouver des convergences et des comparaisons, mais
parfois elles ne sont pas totalement honnêtes. Pour mettre
cela en évidence, je dirais que l’on ne me compare
jamais aux gens qui m’inspirent vraiment, tels que Roland
Orzábal de Tears for Fear, Cyndi
Lauper ou Liz Frazer des Cocteau Twins,
la dream-pop et les musiques de film. Je suis flattée lorsque
l’on me compare à Enya, mais je
ne peux pas la citer comme influence majeure, même chose
pour Kate Bush ou Tori Amos,
souvent citées. En fait, c’est au travers de ces
comparaisons, que je découvre maintenant à quel
point elles ont été de grandes artistes innovantes.
Curieusement, la plupart du temps, les comparaisons, la recherche
de similarités et de convergences s’orientent vers
une musique autre que celle qui m’a réellement nourrie.
Et, malheureusement, je ne semble pas réussir à
le montrer de manière efficace. Mais ça ne me stresse
pas vraiment. Lorsque ta musique évolue, les similitudes
qui apparaissent sont quelque chose que tu ne peux réellement
contrôler ni éviter.
LF.N: Comment
se passent tes spectacles ? Es-tu accompagnée ?
PH: J’adore jouer live et je voudrais le faire plus souvent,
mais, malheureusement, à cause des arrangements symphoniques
et néo-classiques, c’est une musique difficile à
mettre en scène à moins de disposer d’un orchestre
ou d’une vingtaine de claviéristes. De plus, même
en essayant une formule plus simple et malgré le fait que
je joue des claviers et chante sur l’album, je ne trouve
pas confortable de devoir jouer et chanter en même temps
sur scène. Bien sur, il m’est arrivé de le
faire ainsi, même seule au piano. En fait, le type de spectacle
dépend du lieu et des conditions offertes. Je peux être
seule avec juste un micro et un clavier sur une petite scène
ou avec un orchestre de chambre dans un grand auditorium. Entre
les deux, toutes les formules sont possibles. Le plus souvent,
le set de base consiste, outre moi au chant et aux claviers, d’un
claviériste / DJ additionnel, d’un violoncelliste
et d’un guitariste. Lorsque je joue à l’étranger,
tout dépend, en fait, de l’organisation de l’événement.
Comme je n’ai pas un groupe attitré, je dois louer
les services de musiciens pour m’accompagner et il n’est
pas facile, pour mon budget, de les emmener si aucun payement
n’a été prévu pour eux, ce qui est
parfaitement logique. Actuellement, dans cette étape initiale,
c’est quelque chose qui arrive beaucoup plus souvent que
je ne le voudrais. Mais nous tentons de faire grandir le projet
et nous nous concentrons sur le développement d’un
groupe solide et stable d’instruments acoustiques. Avec
la recherche de sponsors, ce sera la tâche primordiale pour
2007.
LF.N: Tu
utilises des éléments visuels sur scène ?
PH: Oui, souvent je projette les paroles, avec des vidéos,
des images et des illustrations en fond de scène. Je prépare
actuellement un spectacle qui aura lieu le 30 décembre
à la Sala Apolo à Barcelone. Il y aura des brumes,
des effets de lumière, des projections et des vidéos.
Bien entendu, j’adore porter des ailes et des longues robes
fantasy. Je sais que cela peut faire cliché, dans son genre…
mais je ne peux réellement pas m’en empêcher.
Je suppose qu’il en est ainsi pour toute amoureuse de fantasy.
Propos recueillis par Pierre-Jean
Henrottin
Liens
www.yidneth.com
Extraits
Ancient
Shadows
|