Eths

Eths est un jeune groupe Marseillais composé de quatre musiciens et d’une chanteuse atypique: Candice. Atypique, parce qu’elle a trouvé sa voix, et c’est vraiment le cas de le dire. Avec leur mini-CD, Samantha, sorti à la rentrée, ils viennent de secouer le petit monde du métal hexagonal et, on peut espérer que cela ne s’arrêtera pas là. Si l’album propose une atmosphère lourde et inquiétante, il propose des compositions originales qui touchent à tous les styles : neo métal, death, heavy, atmosphérique, thrash. Les paroles, comme on peut s’en rendre compte grâce au livret et au site, puisent, elles aussi, dans le meilleur, puisque les références à Baudelaire ou Lautréamont peuvent être citées. Cette interview par mail, ainsi que la critique de l’album vont, nous l’espérons, vous les faire découvrir.

Votre musique est annoncée comme étant du néo-métal. N’est-ce pas trop simpliste ? D’où proviennent vos influences ?
Staif: Ce terme a été choisi par la prod. Nous on a plutôt l’impression de faire du métal. J’espère que les gens sauront aller au-delà de cette étiquette. Niveau influences, tout le monde écoute un peu de tout; pour ma part, du jazz à l’electro en passant par la musique ethnique... On se retrouve sur des influences plus métal comme Tool ou Meshuggah.
Guillaume: On nous parle toujours d’influences musicales, mais beaucoup de choses nous inspirent même plus que la musique elle-même.

L’une des originalités, mais pas des moindres, tient dans la présence vocale de Candice. Comment lui est venue cette manière de chanter, alternance de voix gutturales, de chuchotements et de voix claires ?
Guillaume: Depuis que je la connais, elle a toujours progressé dans ces styles de voix et elle maîtrise de plus en plus à tous les niveaux. Après, est-ce que l’on demande à un mec pourquoi il chante ainsi... C’est plus une évolution naturelle de sa voix au sein de ce groupe.

Sur certains passages, une voix masculine vient doubler ou répondre à Candice. Est-ce une voie dans laquelle vous comptez poursuivre ?
Staif: Depuis qu’on joue ensemble, on utilise parfois ma voix pour compléter celle de Candice. Selon les chansons ça nous permet de donner une autre couleur à telle ou telle partie, de varier.

Les textes de Samantha sont particulièrement bien travaillés. Pouvez-vous nous présenter chacun de ces 6 chansons ?
Staif: Les paroles de "Animadversion" trottaient dans ma tête depuis longtemps, j’y raconte un peu mon histoire, je pense que ça m’a permis de décharger un certain poids. Pour la forme, je suis accro à Baudelaire c’est donc dans cette optique que j’ai voulu les écrire, que le texte soit musical même sans musique.
Guillaume: Samantha provient d’un fait divers, mais au-delà de l’histoire qui est déjà très glauque, c’est plus le fait d’entendre cette news macabre au milieu du tiercé et de la météo...

Quelles sont vos influences pour ces paroles ? On a peine à croire que ce soit le milieu musical "métal" qui, malheureusement, ne soigne pas souvent ses textes.
Guillaume: On parle rarement de nos textes, c’est surtout Candice qui les écrit. Ce sont des expériences personnelles, des fantômes, nos idées noires... Parfois les textes sont positifs et les gens les perçoivent de façon négative, donc mieux vaut que chacun fasse sa propre interprétation. Mais effectivement, le métal n’est pas notre source d’inspiration favorite.

Comment s’est déroulé l’enregistrement de l’album ? Combien de temps avez-vous passé en studio ?
Staif: Un rêve qui s’est transformé en cauchemar, c’est une période de notre parcours qu’on préfère oublier, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça aurait dû. Mais le principal, c’est que le disque soit fini et sorti. On eu pas mal de temps, ça nous a permis de pouvoir aller plus loin dans ce qui été de notre ressort et ça a nourri notre expérience.
Guillaume: J’ai rayé cette période de ma vie…

Vous semblez tourner beaucoup. Que vous apportent ces concerts ? Et comment s’est déroulé votre concert dans la région lilloise ?
Staif: Chaque concert nous donne un peu plus d’expérience et nous permet surtout d’être face au public : un grand bonheur. Sur scène on ne peut pas tricher, tu dois être bon, le public est le meilleur juge. Notre concert à St André a été terrible, une orgie; c’est un super souvenir, on y a d’ailleurs rencontré les mecs de Noiseweb, vraiment cools.
Guillaume: Je pense que la scène est le seul endroit qui fasse vraiment progresser. Tant que tu ne touches pas à la vie en tournée, on ne sait vraiment pas ce qu’est la vraie vie de musiciens, et encore tu prends un groupe comme Tripod qui a fait plus de 120 concerts en un an et demi... Imagine la connaissance du terrain qu’ils ont à présent… On est encore loin du compte.

Quels sont vos projets ?
Staif: On va sûrement beaucoup tourner pendant 2003, essayer de devenir intermittents et dès qu’on pourra on va retourner en studio pour revenir avec un album.
Guillaume: Il faut absolument composer encore et encore, pour avoir du matériel à enregistrer après la tournée qui nous attend. Mais pour l’instant, nous travaillons aussi sur un nouveau set pour les concerts année 2003.

Vous appartenez à un collectif. En quoi cela vous aide-t-il ?
Guillaume: C’est un soutient familial, il y a des jours où se prend la tête comme dans une famille, mais nous en serions pas là sans l’aide des groupes qui ont fait ce qu’est le collectif aujourd’hui. Dès qu’on peut faire un concert avec Tripod, Babylon Pression, Fischer ou Ed Mudshi, c’est la fête, on sait que même si le public ne répond pas présent, on s’amusera quand même. On partage tous les plans, et on tend à devenir encore plus professionnel au-delà de l’ambiance familiale qui peut y régner.

Sur le CD, on peut trouver une vidéo du titre "Samantha", plus des extraits de concerts. Comment s’est déroulé le tournage et comment avez-vous choisi ces extraits ?
Staif: On a tourné le clip l’hiver dernier en deux jours dans la cave d’un pote, c’était dur (il faisait vraiment très froid et pas de chauffage ni fenêtre) mais amusant. C’est Emmanuel Juan qui a filmé les images et monté le clip avec les moyens du bord, c’est grâce à lui qu’on a ce clip aujourd’hui.
Guillaume: Les images de "Sur la Route" sont les plus sympas et les plus drôles qu’on ait trouvé. En fait c’était aussi pour montrer que l’on n’est pas des vampires, des corbeaux, qu’on aime se marrer et donner envi aux gens de venir nous voir en live.

Quels sont les groupes avec lesquels vous aimeriez tourner ?
Staif: Dans la scène française, avec Watcha, Lofofora, Mass Hysteria, Viridiana sont vraiment des gens qu’on aime beaucoup. Ce serait la fiesta de tourner avec eux. Pour ce qui est de la scène internationale, ce serait un fantasme de jouer avec Tool ou Meshuggah un jour.
Guillaume: Tout groupe a son lot de leçon à nous donner et c’est toujours une bonne expérience en soit, après le reste n’est que fantasme pour l’instant… Il y a beaucoup de groupes avec lesquels on voudrait jouer…

Propos recueillis par Denis Labbé

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