Dyslesia

Il a fallu attendre six ans pour voir Dyslesia nous offrir un nouvel album intitulé In Veins, Heart and Minds. Six ans, pour que la patience des fans, mise à rude épreuve soit enfin récompensée. Car le groupe français s'est surpassé pour nous délivrer un metal mélodique, puissant, bien compensé et bien interprété. Mais en six ans, beaucoup de choses ont changé dans le paysage métallique et le groupe aussi a dû changer de label. C'est donc en compagnie de François Loprete et de Thierry Lebourg, respectivement guitariste et chanteur du groupe, que nous avons pu discuter de tous les changements survenus durant ces années et des projets d'avenir de Dyslesia.

Lefantastique.net : Pouvez-vous présenter brièvement l’histoire du groupe pour nos lecteurs ?
François Loprete: Formé en 1986, la première démo de Dyslesia n’apparaîtra qu’en 1997 avec des titres qui figureront deux ans plus tard sur le premier album de Dyslesia, My Own Revolution. C’est à partir de ce moment là que les dates avec les pointures européennes s’enchaîneront: Vanden Plas, Rage, Royal Hunt, Symphony X. En 2001 sort Who Dares Wins avec comme producteur Dennis Ward (Pink Cream 69), notre plus gros succès au jour d’aujourd’hui. Son successeur Years of Secret voit le jour en 2002, c’est sur cette tournée qu'est réalisé notre DVD Story and live. Il aura fallu attendre 6 ans de voir notre dernier opus In Veins, Heart and Minds.

Quelles ont été vos influences lorsque vous vous êtes lancés dans Dyslesia ? Est-ce que celles-ci ont évolué au fil du temps ?
FL: Nous avons des influences assez éclectiques. La musique de Dyslesia n’était pas réellement fixée. C’était en écoutant en John Petrucci et Dream Theater que nous avons réussi à trouver le fil conducteur pour Who Dares Wins. Il aurait été illogique 6 ans après de resservir In Veins... à la même sauce. Le fait de ne pas être attendu te laisse plus de liberté.

Il s’est passé plus de cinq ans entre Years Of Secret (2002) et In Veins, Hearts and Mind (2008). Qu’avez-vous fait durant toutes ces années ?
FL: Durant ces 6 ans, nous avons travaillé sur le nouvel album. Il faut savoir qu’il était prêt depuis 3 ans déjà. En plus du changement de line up, des insatisfactions dans la production et la volonté de ne pas refaire les erreurs de Years of secret nous a menés jusqu’à aujourd’hui. Nous ne voulions pas sortir l’album à tout prix et dans n’importe quelles conditions.

Sur ce nouvel album apparaissent des arrangements très professionnels: claviers, chœurs, voix féminines en contrepoint, cordes… qui aèrent votre musique au demeurant plutôt lourde. Comment vous sont venues ces idées ? Ont-elles été imaginées en studio ou étaient-elles déjà prévue sur vos démos ?
FL: Cette question nous renvoie à la précédente, le temps de travail accordé à un produit pour qu’il soit le plus abouti possible. Une fois que tous les instruments et le chant ont été enregistrés, on s’est aperçu qu’il manquait quelque chose. Sylvain (nouveau bassiste) a l’habitude de bosser en incluant des machines sur ses propres compos. Il s’est proposé de travailler sur un titre "Dependance". De plus, la collaboration avec des personnes comme Thierry Mas, ou encore Alain Durand, a apporté un énorme cachet aux différents titres de cet album. Il nous aura fallu autant de temps que de composer l’album.

Qu’est-ce que l’on possède dans nos veines, nos cœurs et nos esprits qui vous intéressent tant dans cet album ?
Thierry Lebourg: La réponse je pense est unanime pour le groupe, c est la musique, pour nous elle a une place tellement importante dans nos vie que vivre sans c’est un peu comme enlever un organe vital.

Quels sont les thèmes abordés dans vos chansons ? Quels sont les apports autobiographiques ?
TL: Les thèmes sont assez variés, ils vont d’une critique assez noire du monde qui nous entoure, aux regards des gens sur leurs proches , mais c’est vrai que ce n est pas toujours marrant, il n y a rien d autobiographique, heureusement "rire" sinon l’asile me guette... quoi que...

La pochette de l’album est assez étrange et énigmatique. Que représente-t-elle et comment a-t-elle été imaginée et créée ?
TL: Elle reflète l’ambiance générale de l album et des textes, nous avons fait passer les écrits au concepteur de l’artwork et il nous a fait différentes propositions en fonction de son ressenti par rapport aux textes. Nous avons choisi celle là, nous étions tous d’accord le visuel, le côte froid, l’impression de solitude, le côte glacial nous a aussi beaucoup attirés.

Vos trois premiers albums, ainsi que votre DVD sont sortis sur Brennus, tandis qu’In Veins… sort chez Rupture. Pourquoi ce changement de label ? Qu’en attendez-vous ?
FL: Petite rectification... My own... chez Brennus, Who dares... chez Wagram, Years of... chez XIII Bis Record et In veins... chez Rupture. Tout cela pour dire qu’il est assez difficile pour un label de fournir un travail constant pour assurer la pérennité d’un groupe et encore plus aujourd’hui. Nous sommes enchantés de nos débuts avec le label Rupture Music et cela on l’espère donnera une longue collaboration.

Depuis My Own revolution (1999), votre son et vos compositions ont évolué tout en conservant une réelle qualité mélodique. Qu’est-ce qui a changé dans votre manière de composer et d’aborder la musique ?
FL: Nos goûts sont assez divers et vont vers des registres même extrêmes mais la résultante de tout cela reste la mélodie. Durcir les morceaux était donc naturel. D’autre part nous n’avions plus envie d’une double grosse caisse répétitive sur chaque titre. On peut dire que In veins... est un nouveau départ.

Les prémices du groupe remontent en 1984. Qu’est-ce qui a changé en France durant tout ce temps pour le metal ? Est-ce plus facile ou plus difficile d’enregistrer des disques et de faire des concerts ?
FL: Rien !!!!!!! C’est plutôt direct comme réponse, mais c’est malheureusement une réalité. Le métal est un réseau très underground et encore plus aujourd’hui. Les quelques émissions qui diffusaient des clips métal à la fin des années 80 n’existe plus, à part "Antisocial" de Trust, c’est tout ce que l’on peut entendre sur les ondes à des heures grandes écoutes. Les groupes français qui produisent des albums partent à l’étranger car la production à une part importante sur le travail qui lui sera accordé notamment dans nos pays voisins.

Comme la plupart des groupes vous possédez un site internet et une page MySpace. Comment ces deux médias ont changé les rapports que vous avez avec vos fans ?
FL: C’est une autre manière de dialoguer avec nos fans. Je pense que l’avenir des groupes passera inévitablement par là. En un clic vous avez toute l’actu du groupe: dates de concert, nouvelles compos etc. Metallica devrait mettre son nouvel album en ligne, les plus gros groupes montrent l’exemple. Je vous laisse imaginez la situation des labels dans un avenir proche.

La France n’est pas un pays réellement rock, encore moins metal, si l’on se réfère à ses stations de radios, ses émissions de télé ou ses ventes d’albums contrairement à d’autres pays européens comme la Finlande, l’Allemagne ou l’Angleterre. Est-ce que la seule passion peut y faire survivre un groupe ?
FL: De plus la France est le seul pays à avoir le statut d’intermittence du spectacle ce qui complique grandement les choses. Je veux dire que vivre de ça musique va devenir mission impossible en étant intermittent à cause de la conjoncture actuelle. Au jour d’aujourd’hui mieux vaut être amateur pour faire vivre sa passion.

Que pensez-vous de la reprise acoustique de "Highway To Hell" par les candidats de la Nouvelle Star ?
FL: Etant fan à la base, je pense que c’est une bonne démarche de venir puiser dans une registre qui regorge de hits encore méconnus dans notre pays. Au niveau de la diffusion c’est pas encore ça, à croire que ce serait la descente aux enfer pour l’émission qui diffusera ce single.

Est-ce qu'on va pouvoir vous retrouver sur la route ?
FL: On va laisser passer l’euro 2008 et les grandes vacances se préparer et revenir sur scène en grande forme dès la rentrée. Merci à toute l’équipe et à tous les fans d’être encore présents.

Interview réalisée par Denis Labbé

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