Demians

Il y a peu, nous vous disions tout le bien que nous pensions du premier album de Demians, un projet du Français Nicolas Chapel sorti chez Inside Out, un label réputé pour la qualité de ses signatures.

Agréablement surpris par l’excellence de cette musique qui oscille entre un rock proche de Porcupine Tree et un progressif sombre, nous avons tenu à poser quelques questions à ce talentueux multi-instrumentiste afin de découvrir ce qui se cache derrière Demians.

Un échange passionnant en a découlé.

LeFantastique.net: Demians est un projet solo au départ. Pourrais-tu présenter ton parcours musical et expliquer comment est né Demians ?
Demians est simplement né d'une envie et d'un besoin de me raconter des choses en musique. J'ai toujours été réservé et en retrait et je pense parvenir à établir un contact plus facilement et plus honnêtement à travers la musique. Donc j'ai simplement commencé à écrire des chansons en 2001, sans but précis, et après plusieurs années et des centaines de chansons, j'ai voulu démarrer le projet et partager ma musique avec le public. J'ai enregistré l'album fin 2005 jusque 2006 et je suis ensuite parti à la recherche de musiciens, ce qui m'a pris énormément de temps et d'énergie, pour jouer live. L'album est sorti et est très bien accueilli ce qui est très motivant.

Pourquoi avoir créé un projet nommé Demians plutôt que faire une carrière solo ?
Demians est en quelque sorte ma carrière solo. Cela dépend simplement de quel point de vue on se place. Au moment de trouver un nom pour démarrer, je me suis posé la question de ce que je voulais vraiment mettre en avant. Mon propre nom? Hors de question, une fois les chansons terminées, et écoutées par le public, elles ne parlent plus de moi, tout ne tourne pas autour de ma personne. Un nom de groupe? Non, je ne veux pas leurrer les gens en les laissant croire qu'il y a un groupe car ce n'était pas le cas à l'époque. Je voulais un terme qui décrive les chansons, Demians ce sont les chansons avant tout.

Comment as-tu recruté les différents musiciens qui t'accompagnent sur scène ?
Au hasard des rencontres. J'ai passé énormément de temps à chercher les bons musiciens, et ai perdu beaucoup de mon temps avec des gens ni ambitieux ni motivés. Je me suis découragé à un moment donné. Mais j'ai rencontré mon batteur tout à fait par hasard, qui m'a ensuite présenté le bassiste du groupe dans lequel il jouait, etc... J'ai passé beaucoup de temps, d'énergie, j'ai déménagé trois fois pour trouver des gens qui auraient envie de se donner corps et âmes dans un projet comme celui là. L'album était déjà prêt, et m'a beaucoup aidé à convaincre et à trouver les bons, des gens avec qui j'aurai envie de partir sur les routes. Je n'étais pas intéressé pour louer les services de musiciens de session, cela n'a rien à voir avec ma démarche.

On sent dans Demians une parenté avec Porcupine Tree et les différents projets de Steve Wilson. Comment as-tu découvert ce musicien et quels sont les liens qui t'unissent à lui ?
Je ne ressens pas cette parenté musicale mais ne suis peut être pas le mieux placé pour en juger. J'ai découvert Steven Wilson à travers Bass Communion et IEM bien avant de découvrir la musique de Porcupine Tree il y a quelques années. De même, les chansons de mon album ont été composées et travaillées en 2002, quand In Absentia n'existait pas encore, et que la musique de Porcupine Tree était encre bien différente de ce qu'elle est maintenant. Alors si parenté il y a, ou si lien il y a, je pense qu'il faut chercher à la fois auprès de nos influences communes, car nous nous intéressons tous les deux à énormément de choses, et à la fois dans notre passion commune pour la musique en général, et pour faire ce que l'on entend comme on l'entend.

Quels sont les autres groupes qui te passionnent ?
Tout ce qui me procure des émotions en musique me passionne. En ce moment j'écoute aussi bien Gojira que Steve Roach, Neurosis, le dernier Stars Of The Lid est un de mes albums favoris, Nick Drake, Norma Jean, Elliott Smith et Strapping Young Lad.

Ce premier album s'inscrit dans un rock résolument moderne, tout en nuances, plein de nostalgie et en même temps de révolte. Qu'est-ce qui t'attire dans ce style de musique ? Comment composes-tu tes chansons ?
Tout d'abord je dirai que je ne suis pas d'accord sur le terme "nostalgie". Je peux comprendre que l'on parle de mélancolie en pensant à certaines de mes chansons, mais la nostalgie est vraiment quelque chose que je ne retrouve pas, c'est très loin de moi. Ces chansons sont tournées vers l'avenir. Concernant le style de musique, je ne peux pas vraiment répondre, tout cela vient naturellement, sans souci de style ni d'étiquette. Mes chansons apparaissent dans ma tête, je les retranscrits et vais au bout de mes idées, ce n'est pas plus compliqué que ça.
Je ressens quelque chose, je me concentre sur ce que je veux faire ressentir, plutôt que de songer à la manière de le faire ressentir. Telle ou telle partie sera enregistrée au violoncelle, à la guitare, etc... J'ai une idée très précise de ce que je veux, dans ma tête, mais ce qui importe avant tout reste la chanson. Tout le reste est mis de côté.

Le titre de ce premier album est "Building an Empire". De quel empire parles-tu dans tes chansons et sur ce disque ?
Je ne parle pas d'un empire dans ce disque. Le titre dégage une multitude d'idées, tout comme le visuel et les chansons qui l'accompagnent. Ce titre m'est venu après l'enregistrement de l'album, quand d'autres personnes que moi ont commencé à l'écouter. Après écoute, les gens me parlaient d'eux, de ce qu'ils trouvaient dans ma musique, de leurs rêves, leurs envies, leurs peurs. Leurs images. J'ai toujours été très réservé, plus à observer qu'à prendre parti, à me sentir isolé des autres, sans arriver à trouver un point de contact. Ces réactions m'ont montré que j'avais trouvé mon point de contact, un lien entre moi et le monde "extérieur". Je pense que cela permet de créer de grandes choses, et moi cela m'a permis de me reconstruire à un moment où je pensais avoir laissé ma vie m'échapper. Tout comme le personnage de la pochette, si je n'ai que trois petites chaises à ma disposition, et bien je vais les utiliser à leur potentiel maximum et aller le plus haut possible. Si je me casse la figure, je remonterai et j'irai encore plus haut. Cet empire c'est l'empire de tout le monde, c'est votre vie, la mienne, celle de tous les gens que je n'ai pas encore rencontré. Et cet album va me permettre de rencontrer ces gens là.

La pochette est plutôt originale et s'oppose justement au titre de l'album puisqu'elle représente un équilibriste sur chaises. Comment a été choisie cette pochette? Est-ce l'ironie qui préside aux paroles des chansons de Demians ?
Comme je viens de le dire pour la question précédente, chacun est libre d'interpréter tout ça à sa manière, d'y mettre un sens personnel. Mais personnellement je ne trouve aucune opposition entre le titre et l'artwork, mais plutôt une complémentarité.

Quels thèmes abordes-tu dans tes chansons ? Comment écris-tu tes paroles ? Es-tu influencé par des livres ou des films ?
Je suis influencé par la vie en général. La vie m'influence même bien plus que la musique pour écrire mes chansons. Mes paroles viennent naturellement, comme de l'écriture automatique. je n'ai jamais eu l'impression d'écrire un texte de ma vie, je m'enferme simplement, je démarre l'enregistreur, je chante et ensuite je réécoute ce que j'ai chanté. Je prends tout ça en notes, des fois j'y effectue une ou deux modifications, mais bien souvent aucune. Et je fais une prise de voix avec le texte final. La plupart du temps je ne sais pas de quoi je parle quand je chante et enregistre, je n'y donne mon sens et mon interprétation que lorsque je réécoute. J'apprends beaucoup sur moi même et sur les autres en procédant de cette manière. J'aime rester totalement libre, ne pas interpréter tout çà au moment de le faire, pour ne pas être freiné dans un élan de spontanéité que je préfère garder.
Les thèmes sont tous extrêmement personnels. Mais sans vouloir jouer sur les mots, ce sont eux qui m'abordent.

Demians est signé sur un label important (Inside Out), ce qui est plutôt rare pour un groupe français, dont les groupes sont réputés pour leur intégrité musicale, leur avant-gardisme et leurs qualités. Comment s'est passée cette signature ? Qu'en attends-tu ?
Le responsable du label a écouté par hasard un morceau sur le site internet de mon manager, et a voulu savoir ce qu'il y avait derrière, si un album existait, etc... Nous sommes restés en contact car j'étais en train de travailler sur l'album à ce moment là et voulais rester totalement libre de faire ce que je voulais. Une fois l'album terminé nous nous sommes rencontrés et avons parlé musique. Ce sont des gens passionnés qui cherchent à avancer, à trouver des gens qui ont la même passion. Ils croient en cet album et ne veulent qu'une chose c'est que je prenne mon pied en faisant de la musique. C'est en n’attendant rien du tout que j'ai trouvé les bons partenaires. Je suis très heureux de travailler avec eux, et nous voyons tous tout ça sur le long terme.

Quel regard portes-tu sur le rock français actuel, alors que le niveau des groupes semblent s'améliorer, mais que les ventes de disques baissent ?
Je ne connais pas du tout le rock français actuel. Je ne saurai pas vous dire pourquoi. Je ne pense jamais en ces termes, pour moi un groupe qui a un propos qui me parle, comme Gojira par exemple, n'est pas français ou américain, ce sont des choses trop abstraites pour y mêler de la musique. J'ai envie de dire aux groupes et aux artistes de faire ce que bon leur semble, d'être honnêtes envers eux mêmes avant de vouloir plaire à un public. Le niveau musical du groupe, la qualité de la production, tout cela ne leur fera pas forcément écrire de bonnes chansons qui convaincront les gens, hors ce sont les chansons qui restent. Je découvre tous les jours des groupes qui ont mille choses à dire. Les ventes de disques ne baissent pas pour tout le monde, et la qualité des groupes n'a rien à voir avec leurs chiffres de vente.

Alors que des groupes naissent tous les jours, beaucoup d'anciens groupes de rock et de metal reviennent sur le devant de la scène. Quels sont les retours que tu voies d'un bon œil ? Ne penses-tu pas que cette nostalgie nous montre peut-être la pauvreté de la scène actuelle ?
Voilà tout à fait mon opinion sur la "nostalgie", dont tu parlais tout à l'heure, et que je ne retrouve pas dans ma musique.
Deux choses: Tout d'abord je n'y prêtes pas beaucoup d'attention. Je trouve assez drôle de voir des affiches annonçant des concerts de Queen en 2008... Mais en même temps je me dis, naïvement, que si les musiciens du groupe ont envie de rejouer ensemble leurs propres chansons, et que ça intéresse le public, ils ont tout à fait raison. Mais honnêtement, je ne pense pas qu'il faille faire l'amalgame et dire que la scène actuelle est pauvre. Bien au contraire, des groupes intéressants existent, ils essayent des choses, et d'années en années je trouve que des groupes qui ont quelque chose à dire sont de plus en plus nombreux. Ce n'est pas l'impression que les médias généralistes peuvent donner, mais c'est bien l'impression que j'ai eu, par exemple au concert de Cult Of Luna où je suis allé l'an dernier et où j'ai pris ma baffe.

Est-ce que le développement d'internet et de MySpace aident les musiciens ? Est-ce que cela t'a aidé ?
Je pense que ça peut aider les musiciens à se faire connaitre et à propager leur musique, c'est évident, mais ce n'est pas ça aussi qui leur permet de tourner, de vivre de leur musique, d'enregistrer ou répéter dans des conditions décentes. Je connais des centaines de groupes dont je n'aurai jamais entendu parler sans l'internet, ou au moins pas aussi rapidement. Par contre je connais également des milliers de groupes qui ont plus de 100.000 visites sur myspace et ont un magnifique site en Flash qui clignote et qui pique les yeux... Mais qui ne sont pas capables pour autant d'écrire des chansons valables ou mémorables.
Je pense en fait que la quantité est très impressionnante... Mais que la qualité reste la même depuis le début. Internet m'a aidé d'une certaine manière, à trouver des gens qui seraient susceptibles de s'intéresser à ma musique et me donner confiance. Mais quand tu débranches la connexion et qu'il faut jouer, si tu n'as rien de beau à raconter çà se ressentira.

Quels sont tes projets pour Demians ?
Beaucoup de concerts ,et beaucoup de voyages pour cet album !
J'ai hâte d'y être! Puis après la tournée, ce sera un nouvel album, car j'ai beaucoup de choses à raconter et je ne me sens jamais aussi bien que lorsque je crée des chansons !

Interview réalisée par Denis Labbé

Lien: Demians - Myspace

 

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