Deleyaman
Les chants d'amour et d'exil

Avec son troisième album, Deleyaman s’est imposé, pour tout amateur de musiques néoclassiques sombres, comme une formation incontournable, malgré sa discrétion...

Rencontre avec Aret Madil et Béatrice Valantin...

LeFantastique.Net: La musique de Deleyaman est aux frontières de plusieurs tendances. Quel est votre parcours et comment définiriez-vous votre univers musical ?
Aret: Mon premier groupe, Wog, nous ramène aux années 80 à Los Angeles. D’inspiration post punk (Stranglers, Wire, Joy Division…), on jouait dans des petits clubs du circuit habituel à cette époque. Nous avions sorti un disque produit par Spot de SST records qui produisait des groupes tels que Black Flag, Husker Dü, Minutemen. C'était une période faste à Los Angeles avec l'émergence de KROQ, la station de radio la plus importante pour les groupes dits "underground". J’ai beaucoup appris pendant ces années. Je suis né à Constantinople (Istanbul) où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 13 ans. Mon environnement et mes origines arméniennes m’ont aussi transmis la culture d’orient.
Dans Deleyaman, nous avons des parcours extrêmement différents et éclectiques. Gérard est plus inspiré par les musiques et traditions du Caucase tandis que Béatrice, qui vient d’un univers musical baroque et sacré, est passionnée par l’harmonie du chant, de Sœur Marie Keyrouz au blues.
Mia, notre batteur, est fan de Neil Young et des années 70 mais a aussi une culture classique. Ceci étant dit, nous restons curieux et ouverts à toute musique de toute période et toute culture.

LF.N: Votre album CD est marqué par le sentiment d'exil, de nostalgie d'un paradis perdu. Est-ce un thème qui vous hante, la marque de racines multiples ?
A: Nos racines à tous sont importantes. Les vôtres comme les miennes. En effet, nous sommes un groupe aux racines multiples: arméniennes, françaises américaines et suédoises. "Cilicia" et "Home" sont des titres dans lesquels nous laissons chanter nos cœurs sur ces thèmes. Pourtant, ce n’est ni une obsession ni une plainte. Plutôt un chant d’amour pour nos terres, la mienne, la vôtre, celles qui nous ont vu naître.

LF.N: Vous considérez-vous comme des porte-parole d'un peuple ? Deleyaman a-t-il un message politique ?
Béatrice: Avec Deleyaman je me sens porte-parole de toute culture et peuple dont on décide qu’il doit disparaître. L’esprit d’un peuple et sa vie passent d’abord par sa langue. Chanter en Arménien, c’est vital parce que c’est faire connaître un peuple, une histoire, qui a failli disparaître et qu’on a tenté de faire oublier. Pour moi, c’est une responsabilité morale et éthique, mais ce n’est pas politique au sens que nous n’adhérons à aucun parti ni mouvement.
A: En ce qui concerne l’histoire des Arméniens, l’exil est la conséquence direct d’un crime qui reste à ce jour impuni et n’est pas reconnu en tant que génocide par toutes les nations. Je ne sais pas si nous sommes les porte-parole d’un peuple. Personnellement, j’essaie avec mes moyens d’apporter une petite avancée. L’esprit nationaliste ne m'intéresse guère. C’est une question d’ordre moral, éthique et universel. Un crime à été commis contre l’humain il y a 91 ans. Le génocide arménien n’est reconnu que par une vingtaine de pays. Il faut que tous le reconnaissent: voici un message politique.
Si l’Homme était capable de faire face à la Vérité, aussi difficile qu’elle soit, notre humanité en sortirait grandie et gagnerait en dignité.

LF.N: Immanquablement, les critiques vous comparent à Dead Can Dance. Comment y réagissez-vous ?
A: Un peu lassés. Nous ne sommes pas influencés par Dead Can Dance. Nous avons chacun une identité propre. Je trouve réducteur de comparer les groupes les uns aux autres même si parfois cela peut se comprendre. J’ai la foi absolue que dans Deleyaman nous ne créons pas à partir des influences d’autres groupes en regardant l'extérieur mais à partir d’une recherche extrêmement personnelle, d’ordre introspectif.

LF.N: Comment vivez-vous la médiocrité culturelle qu’imposent de plus en plus les grands médias ?
A: Il me semble que ça a toujours été plus ou moins comme ça, même si les moyens de communications actuels accentuent le phénomène. C’est un problème d’ordre économique. Les majors produisent les chanteurs pour public acquis d’avance, le tout soutenu par la télévision. A coté de ça, il y a une grande famille de label "indé" qui ne sont plus de véritables indépendants, mais gardent quand même cette étiquette valorisante. Quand on entend leur productions, on sent aussi que leurs enjeux économiques dictent le choix des artistes qu’ils produisent.
La musique est sacrée. Je me sens et je suis à l'écart de tout ça.

Propos recueillis par Pierre-Jean Henrottin

Liens
www.deleyaman.com
www.japel.org/nech.htm
www.myspace.com/deleyaman

Discographie
00/1 (Nech, 2001)
Second (Nech, 2003)
3 (Nech, 2006)

 

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