Celluloide
L'excitation de la passion

Aborder Celluloïde est à la fois simple et compliqué. Simple parce qu’il s’agit d’un groupe synth-pop qui fait de la bonne musique et basta… On pourrait en rester là et commenter avec eux la sortie de leur nouvel album, leurs projets à venir, la couleur de la pochette, etc... Mais ça, on l’a déjà lu et ça ne nous apprendrait finalement pas grand chose. L’opportunité d’une interview à deux voix avec les composantes masculines (zut !) du projet devait nous en apprendre plus sur les origines de leur collaboration, sur leur manière d’aborder leurs multiples activités et, quand-même, sur leur nouvel album: Passion & Excitements.

Celluloïde : Un side-project prometteur ? Un groupe pro ? Des amateurs de pochettes ? Des "fans de…" ?

Dès les premiers EP (Wounds Of Love et Seven and Forever), le groupe affiche un professionnalisme rare et investit de manière remarquable tant dans le fond que dans la forme. Question de caractère mais aussi, peut-être, une nécessité pour se distinguer de la masse des productions de l’ère des CDr et Netlabels et simplement exister...

"Nous essayons d’avoir toujours du recul sur ce que nous faisons. Nous accordons beaucoup d’attention à ce qui entoure notre activité comme les graphismes et la communication. Je ne sais pas si c’est nécessaire, mais en tout cas c’est ce que nous voulons faire" (Member u-0176).

"Nous aimons regarder les pochettes des disques d’un même artiste, y voir la ligne conductrice dans le graphisme, les évolutions, etc. Nous aimons avoir des éditions spéciales, limitées, trouver des bonus, des inédits, qu’ils nous réservent des surprises. Donc, en toute logique nous adoptons la même attitude dans nos productions. Nous y trouvons aussi une forme de symbole: par exemple, une continuité dans le style graphique correspond à une continuité dans le style musical. Si un jour nous changeons radicalement de style musical, le graphisme en sera également transformé. Quand aux objets "promotionnels" comme les éditions limitées, ça ne relève pas d’une stratégie, juste d’un plaisir à faire. Tous les trois sommes vraiment sur la même longueur d’ondes à ce sujet" (Patryck).

Cette unanimité, Celluloïde l’a également bâtie autour d’une synthpop froide et personnelle qui a le bon goût de ne pas singer ses références (Depeche Mode, en tête). Pour autant, l’image d’un groupe "fan de…" est loin de leur convenir… et la référence systématique à DM et consort finit par énerver.

"Il y a un côté flatteur dans le sens: ils sont forts pour avoir réussi à nous rappeler ce groupe. Mais ça a aussi un côté agaçant pour tout ce qui touche à la création: on n’a pas fait des morceaux en se disant ‘Tiens, on va faire sonner ça comme tel ou tel morceau de Depeche’. Et puis si on va chercher par là, on peut trouver du Depeche Mode dans tous les groupes électroniques actuels. Nous officions plus dans un style musical que la lignée d’un groupe en particulier. Mais je crois que, dans tous les cas, tout le monde est obligé de classer dans une case quelque chose qui arrive sur le marché, pour pouvoir l’identifier. C’est un processus cognitif naturel. Mais, de notre part, il n’y a aucune intention d’être assimilé à un erzatz d’un autre groupe" (Patryck).

"A vrai dire, j’ai pas l’impression que nous soyons comparés à Depeche Mode… Ou alors je n’y fais pas attention. Par contre les noms qui reviennent souvent c’est Ladytron et Client… Et là, franchement, oui ça me fatigue, d’autant que je trouve franchement qu’on a pas grand chose à voir" (Member u-0176).

Passion & Excitements : EBM mou ?

Ils le disent (Cette fois c’est clair ? Lâchez-les avec ça !)… et ils le prouvent, une nouvelle fois, avec Passion & Excitements, troisième album du trio, effectivement plus EBM qu’electro-clash mais néanmoins fidèle à l’identité sonore du groupe.

"Nous avions envie depuis Words Once Said de durcir le ton mais il fallait trouver le biais sans perdre l’identité bleepy 8bit de Celluloide à laquelle nous tenons. Nous avons composé dans ce sens, mixé les derniers réglages sur Bodypop (NDLR: EP annonçant ce nouvel album), et avons enregistré l’album en fonction de ça. J’ai toujours été fan d’EBM, mais il fallait trouver le moyen d’intégrer ça dans de la pop, on a travaillé la dessus. C’est pas définitif il y a sûrement des choses à améliorer. Je trouve qu’on n’arrive pas encore à restituer l’énergie de l’EBM… Il faut qu’on y travaille… Et d’ailleurs nous avons déjà prévu une autre évolution conséquente pour le prochain album..." (Member u-0176).

"Le défi est de faire du neuf tout en ne reniant rien de ce qui fait Celluloide, pour ne pas décevoir les auditeurs tout en les surprenant, en leur amenant quelque chose de nouveau. C’est ce qu’on a essayé de faire avec cet album: le même esprit mais avec un son un peu plus dur, plus appuyé, moins "naïf". Et honnêtement, ce qui nous importe le plus c’est de prendre du plaisir à faire de la musique. Donc nous ne réfléchissons pas en terme de "qu’est-ce que les gens vont penser de ça". On pense à nous, une fois de plus, en tant qu’auditeurs: est-ce qu’on aimerait écouter un album comme ça ? Le temps qui sépare deux albums nous enrichit de nouvelles envies, de nouvelles influences, ce qui va se ressentir dans les nouveaux morceaux que l’on fait" (Patryck).

Donc, un album composé essentiellement avec envie et juste ce qu’il faut de pression…

"Nous nous demandions si les magazines suivraient toujours, si ça n’allait pas être plus dur parce que nous changions de son, ou parce que ça ne changeait pas assez… Ca dépend des points de vue… Mais je ne pense pas que ça influe sur notre musique. Nous voulions avoir un son plus dur, parce que c’est ce que nous avions envie d’écouter, parce que nous avions fait le tour d’une synthpop classique ultra-exagérée… Mais rien à voir avec ce que le monde extérieur pourrait en percevoir. Nous sommes, avant tout, nos premiers auditeurs" (Member u-0176).

"A mon avis, nous aurons toujours quelque chose à prouver avec Celluloide, ne serait-ce que faire à chaque fois des nouveaux albums qui ne déçoivent pas, qui ne se répètent pas non plus, qui nous plaisent toujours autant et pour lesquels on prend du plaisir à les faire. Nous fonctionnons à l’envie. Il y a toujours un concept derrière chaque album. Celui-ci est souvent choisi longtemps à l’avance, comme un défi qu’on se lance: ‘et si le prochain album on faisait ça ?’. Et on le fait. Ce qui ne veut pas dire qu’en cours de route on ne dévie pas de l’idée de départ pour l’améliorer... Honnêtement, j’avais peur au début que le côté plus dur ne fasse perdre quelque chose à la "légèreté" de Celluloide, des albums précédents, au côté pop. Mais finalement, j’aime beaucoup le résultat et je trouve que l’évolution est intéressante. Et puis faire toujours la même chose, ce serait lassant. Je me languis déjà le prochain album" (Patryck).

Boredom: le label de Forestate ?

En quelques années, Celluloïde s’est installé comme une des références incontournables de la scène synth-pop française, voire même comme un de ses porte-drapeaux. Même si ses membres contestent ce statut ("mais c’est très flatteur, merci"), ils ont très largement contribué à renouveler le genre et à nous faire découvrir que cette scène était loin de se limiter à quelques erzats nostalgiques de Depeche mode et de Human League. Celluloïde est ainsi indissociable de BOREDOM product, label personnel au patronyme ironique qui prouve au moins que l’on peut faire une musique résolument "froide" tout en cultivant un certain second degré. Sa création correspond, à nouveau, à une envie… celle de prendre ses responsabilités et de se donner les moyens…

"C’est une liberté qui est essentielle à notre création mais aussi au plaisir que l’on prend à faire tout ça. On ne rend de compte qu’à nous-même. On va dans la direction qu’on veut, quand on le veut. Le label a été, par la force des choses, intimement lié à Celluloïde, l’un et l’autre se servant mutuellement" (Patryck).

Boredom n’est cependant pas que le label de Celluloïde. Dans une ligne ‘synth-pop française’ revendiquée, il recèle aussi de nouveaux talents très prometteurs (Forestate, notamment, si je puis me permettre un avis perso).

"Personne ne voulait nous signer. Je me suis dis que nous ne devions pas être les seuls en France dans ce cas, et créer le label m’a paru être une bonne idée, d’abord pour nous, mais dès le départ pour offrir une plate-forme d’expression à d’autres groupes de pop électroniques française. Vraiment, le label n’est pas prioritairement dédié à Celluloide, mais de fait c’est ce qui se vend le plus et qui a le plus de retour média, donc ça prend plus de place, de fait. Mais je ne demande pas mieux que Foretaste, puisque tu en parles, explose les vente ! D’ailleurs, la compilation ‘Synthétique’ est la deuxième référence du label, preuve tout de même que nous avons tout de suite placé le label non pas comme notre propre outil, mais comme un vrai label. À l’époque nous n’avions pas d’artiste signés, il fallait bien positionner le label et prendre des contacts. C’est d’ailleurs là que nous avons signé Dekad. Mais d’autres groupes on sortis des CD ensuite comme Streeturchin ou Nouvelle Culture… Comme quoi on avait quand même de bons morceaux là dessus" (Member u-0176).

"Une fois de plus, nous fonctionnons à l’envie. Et aussi en se demandant ce qui colle ou pas à l’esprit du label. Foretaste nous a plus et en plus, ils collaient très bien à l’esprit du label. Nous recevons des démos de groupent qui parfois nous plaisent beaucoup mais ne collent pas à l’esprit du label. Il faut garder une certaine ligne directrice dans ces choix pour justement ne pas s’éparpiller et perdre le côté ‘référence’ du label. Une production Boredom va forcément atteindre le même genre de public pour les différents groupes. On ne va pas lancer des clones, certes non, mais il est important d’imaginer que l’on puisse se dire : ‘Tiens, un groupe de chez Boredom ? Ca doit être dans tel style’" (Patryck).

Propos recueillis par J.C.

Quelques infos en vrac
Le site web officiel: www.celluloide.online.fr
Le site de Boredom: www.boredomproduct.online.fr
Le site de Evidance, side-project solo de Patryck: www.myevidance.online.fr

 

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