Breakpoint

Alors que vient de sortir leur deuxième et superbe album « Strange Fruit », il nous a semblé intéressant d’interroger les Français de Breakpoint qui apparaissent comme une valeur montante de la scène métal. Leurs riffs meurtriers, leur sens inné de la mélodie et une rage communicatrice en font une découverte indispensable pour tout amateur de musique. A l’heure où l’industrie du disque bat de l’aile, sans doute faudrait-il se souvenir que derrière les marchands du temple s’agitent des artistes qui ont des tas de choses à dire. Breakpoint appartient à cette race indispensable à la bonne vie de nos sociétés.

LeFantastique.Net: Avant toute chose, pouvez-vous présenter Breakpoint aux lecteurs qui ne vous connaissent pas ?
Stef: Breakpoint existe depuis presque 10 ans. A la base c’est un groupe de copains composé de Seb (guitare), Mathieu (guitare) et moi-même à la batterie, qui aimait bien jouer un peu de métal. C’est devenu sérieux en 1998 lorsque Pierre et Thomas ont intégré le groupe aux postes de chanteur et bassiste. Pas mal de concerts à travers toute la France, deux maxis CD, puis en 2002 le premier album None To Sell enregistré au P’n’F studios par Fred Rochette. Fin 2003, Breakpoint est retourné au P’n F studios de Fred Rochette pour y enregistrer notre deuxième album Strange Fruit.

LF.N: Quelle signification accordez-vous à ce nom : Breakpoint ? "Point de rupture" ou "point d'avantage" comme au tennis ?
Stef: Ni l’un ni l’autre, à vrai dire ! A la base, on avait accroché sur le morceau Breakpoint de Megadeth. On trouvait que ça sonnait bien donc on l’a gardé !

LF.N: Vous ouvrez dans un registre power metal (même si je n'aime pas trop les étiquettes). Si je vous cite ces groupes, desquels vous sentez-vous les plus proches et pour quelles raisons ? Pantera, Metallica, Soil, Suicidal Tendencies, Black Label Society.
Thomas: Aïe aïe aïe! C’est vraiment pas évident de répondre à cette question ! Dans un premier temps, on peut déjà écarter Soil. Je ne connais ce groupe que de nom ; peut-être que ça parlerait davantage à Seb ou à Stef. Je n’en suis pas sûr… Si je devais classer les 4 autres groupes que tu nous cites par ordre de préférence, ou du moins par ordre de "ressemblance", je placerais en premier le Black Label Society. Stronger than Death reste un de nos albums de référence ; c’est bourré de tripes, d’énergie, de rock’n’roll et ça correspond assez bien à ce que nous aimerions parfois composer. Sonic Brew ou leur double live étaient également très bons, par la suite c’est devenu un peu plus terne. Enfin, même si Zakk Wylde tourne plus ou moins au vieux bûcheron alcoolo, on a beaucoup de respect pour le musicien. Ensuite je penserais à Suicidal Tendencies. Je suis dingue de la première période, surtout de How will I laugh Tomorrow…En commun, nous aimons tous Suicidal for Life. Nous avons plusieurs fois essayé de nous en inspirer pour trouver notre son en studio. Suicidal a un super groove ; d’ailleurs à l’origine, nous définissions notre style comme du "heavy groove metal". Ensuite ex aequo Metallica et Pantera. Ce sont deux groupes de référence. Le power thrash est né de ces de leur génie. Rien de plus à dire sauf que tu aurais pu rajouter Corrosion of Conformity qui est un de nos groupes culte !

LF.N: Le riff de "Sane" est assez monstrueux, notamment lors du break, et plonge plus dans les racines hard que metal, il en va de même pour certaines parties de guitares de "Strange Roots ". Où se situent donc vos "étranges racines" ?
Thomas: Même si elle reste fondamentalement rock, notre culture musicale est assez large. Avant d’être des passionnés de métal, nous sommes surtout des fans de musique. Bien sûr, notre éclectisme à ses limites mais nous piochons ce que nous trouvons intéressants dans plusieurs styles: le jazz, le blues, la pop, le rock, le hard rock voire même le classique. C’est vrai que nous sommes indéniablement hard rock ; dire "métal" serait réducteur. Le hard rock c’est un vrai Melting Pot, tu peux y retrouver des passerelles vers tous les styles que je t’ai cités. Nos principaux goûts en commun sont surtout la scène hard 70’s dans sa totalité, la NWOBHM, le thrash 80-90, un peu de death, le power métal style Pantera et la scène métal nordique type In Flames ou Katatonia. Par contre, nous n’accrochons vraiment pas trop lorsqu’il s’agit de black, de grind, de néo ou de hardcore. Ca laisse quand même une sacrée marge ! Depuis quelques années nous plongeons dans le pop-rock 60’s-70’s, on pourrait citer en vrac Creedence Clearwater Revival, les Who, Wishbone Ash, Pink Floyd, Neil Young et en général tous les groupes obscurs de rock psyché de l’époque.

LF.N: Votre premier album a été enregistré et mixé par Fred Rochette (guitariste de Fifty Ones en producteur entre autre de Ice Cake). Comment l'avez-vous choisi ? Que vous a-t-il apporté ?
Mathieu: En France, le meilleur producteur/ingé son pour enregistrer du metal, c’est Fred !!! (rires). Non sérieusement, je pense que c’est un des ingé son français qui a le plus d’expérience. dans le rock/metal et pour répondre plus précisément à ta question, il y a quelques années nous sommes tombés par hasard sur une de ces prods (à savoir « Mind Game » de 51’s) et nous étions tous persuadés qu’il s’agissait d’un groupe ricain tellement le son était puissant et clair à la fois. Ca tranchait énormément par rapport aux disques français qui avaient des tout petits sons à l'époque !
Par la suite, nous l’avons contacté pour enregistrer le 1er album puis étant toujours satisfaits de son travail, nous lui avons proposé de faire le 2ème chez lui en lui demandant s’il était intéressé cette fois-ci pour nous donner des conseils dans la composition et l’arrangement des nouveaux morceaux.. Enthousiasmé par les démos que nous lui avons faits parvenir, il nous a suggéré de raccourcir tel ou tel passage et de rajouter un solo de guitare dans Half Past Void (d’ailleurs c’est lui qui le joue) … En bref, à toutes les étapes de l’élaboration de l’album (composition, enregistrement, mixage), il a apporté ses idées et son expérience.

LF.N: Votre album Strange Fruit présente des ambiances très différentes les unes des autres, n'offrant pas deux morceaux semblables. De quelle manière avez-vous choisi vos morceaux ?
Mathieu: Une des principales caractéristiques du groupe - si ce n’est la principale - est de composer des chansons toutes bien différentes les unes des autres avec des ambiances propres à chacune. Nous n’admettons pas qu’un riff ressemble à un autre ou que deux refrains soient identiques. Tout ceci doit en partie venir du fait que nous écoutons de très nombreux styles (Thrash, Heavy, Pop, Psyché …) et que ces derniers sont involontairement retranscrits dans les titres qu l’on compose. Sinon, pour répondre plus précisément à ta question, tous les titres composés sont sur l’album.

LF.N: On peut remarquer que le son des instruments change d'un morceau à l'autre. La basse est totalement différente sur " Strange Roots " et " Sane " par exemple. Les guitares jouent dans des registres assez éloignés sur " Sane " et " Seers Parallel ". Comment avez-vous travaillé ces sonorités ? Avez-vous fait ces choix en studio ?
Mathieu: "Sane" !!! Un titre qui aura posé beaucoup de problèmes … En fait, il a été mixé 2 fois : une fois par Fred Rochette et une fois par le groupe. Mais aucune des 2 versions ne nous satisfait entièrement. Au moment du mastering, nous nous sommes rendus compte que la version que l’on avait choisie (celle du groupe) dénotait beaucoup trop par rapport aux autres titres de l’album (batterie et chant trop en avant). Du coup, on a choisi l’autre mixage (celui de Fred) qu’il avait gardé au fond de son PC "au cas où". Et finalement cette version était plus proche de l’esprit de l’album bien qu’elle sonne différemment (comme tu l’as remarqué d’ailleurs) des autres titres. Le son est plus "stoner", plus sale …que les autres titres.
Sinon, pour "Seers Parallel", les guitares ont été, en partie, prises en direct sur la table c'est-à-dire sans micro et haut parleur. Tout ceci pour ajouter de la présence et de la brillance aux riffs très thrashisants du morceau.

LF.N: La batterie possède un son très brut. Comment avez-vous enregistré cet instrument complexe sur lequel doivent s'appuyer les compositions, surtout dans un style exigeant comme le vôtre ?
Stef: Les partie de batterie ont été enregistrés en 2 jours et demi. Chaque instrument a sa propre piste ce qui permet d’avoir une meilleure clarté et cela facilite le mixage. On a passé une demi journée à trouver un son de batterie qui nous conviennent. Avec Fred Rochette aux manettes, ce fut assez simple car il sait faire sonner une batterie et il savait quel type de son je recherchais. C’est vrai qu’on a voulu que la batterie sonne le plus naturellement possible : on voulait que ça sonne rock’n’roll !!!
Au mixage, on a embelli certains passages avec quelques triggs mais on a rien programmé !

LF.N: Pourquoi avoir placé un quatrain en français sur "Seers Parallel" ? Est-ce pour que la chanson soit cataloguée " production française " et passer plus facilement en radio ?
Stef: Pas du tout ! C’est le fruit du hasard si quelques vers en français apparaissent sur "Seers Parralel" ! Pas de préméditation quant à un éventuel catalogage "production française" ! Si le métal passait en radio, ça se saurait !
Si on avait voulu passer en radio, on aurait fait de la variétoche !!!!!

LF.N: Quels thèmes abordez-vous dans vos chansons et notamment sur cet album ? Est-ce que vous vous inspirez de livres, de films ou d'autres groupes ?
Stef: C’est Seb le guitariste qui écrit toutes les paroles ! Il évoque dans ses textes des évènements relatifs à la société ! Il a une vision très personnelle et tout est très imagé et parfois ironique !
Le nom de l’album "Strange Fruit" était le nom qu’on donnait aux noirs américains qui se faisaient lyncher et pendre aux arbres dans les années 30. Billie Holiday en a fait une chanson, et nous avons repris le thème, en l’actualisant.

LF.N: Pourquoi avoir signé sur Anvil.corp, un jeune label français et qu'en attendez-vous ?
Stef: On a eu plusieurs propositions de labels pour sortir "Strange Fruit" et après mûres réflexions, on a choisi de bosser avec Anvil Corp car Stéphane (le label manager) nous proposait quelque chose de concret et de très intéressant sur le plan financier. De plus, la distribution française assurée par Wagram nous satisfaisait pleinement. Anvil Corp nous proposait également des distributions à l’étranger comme en Espagne ou au Brésil. Pour l’instant, on est pleinement satisfaits du travail d’Anvil et on espère que cela va continuer…

LF.N: Question bateau, mais je ne peux pas m'en empêcher : que pensez-vous de la scène française actuelle ? De quels groupes vous sentez-vous proches ?
Thomas: Comme je te le disais, nous n’accrochons pas trop sur certains styles précis de métal et malheureusement les groupes français jouent à 70% du hard core, du néo, du grind ou du black metal. Il faut quand même avouer que globalement on trouve bien plus de groupes français de qualité que par le passé. Les années 80 avaient démontré le relatif amateurisme de tous nos groupes qui sonnaient quand même un peu ringard. Pas tous bien sûr ! Heureusement que nous avions Trust, Vulcain, H-Bomb ou ADX par exemple. Ca ne vieillit pas trop mal… Pour le reste… bof. Aujourd’hui, les groupes sont beaucoup plus nombreux et sont souvent de carrure internationale. La prod est enfin au niveau, ça sonne très pro, c’est bien composé, rien à dire… Des groupes comme Loudblast, Supuration, Misanthrope, No Return ou Scarve ont été des locomotives. Le problème c’est que nous traînons encore nos casseroles et qu’être un groupe français est toujours handicapant lorsqu’on veut s’exporter. La qualité de nos groupes effacera-t-elle notre vieille image ? Parmi les groupes français de ces dernières années je retiendrai surtout Fifty One’s, Oversoul, Furia, Dyslesia, Gojira et particulièrement Nihil qui reste notre grand favori ! Evidemment il y a des dizaines d’autres combos qui méritent d’être découverts et soutenus. Soyez curieux et gourmands de métal français, ça peut valoir le coup !

LF.N: Pour terminer, quels sont vos derniers coups de cœur musicaux que vous pourriez faire partager à nos lecteurs ?
Stef: En ce moment, j’aime beaucoup le dernier album de Killswitch Engage ! Mais le groupe qui m’a mis une grosse claque ce sont les français de Gojira ! Ils viennent en effet de sortir un DVD live assez monstrueux !

Site Web Officiel de Breakpoint

Propos recueillis par Denis Labbé - Octobre 2004

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