Avant de commencer, serait-il
possible que tu nous dresses un rapide aperçu de ton
parcours musical ? Comment as-tu découvert la guitare
et grâce à qui ? As-tu pris des cours ?
Yann Armellino: J’ai commencé à m’intéresser
de près à la musique dès mon adolescence.
Un copain d’époque m’a fait découvrir
les albums "Unmasked" et "Destroyer" de
Kiss et là, pas de doute, j’ai
eu "la révélation". Tout d’abord
en mélomane pour ensuite commencer à pratiquer
la guitare. Mon frangin Alban, qui aujourd’hui s’occupe
de mes photos, jouait déjà de la batterie deux
ans avant que je me mette à tricoter. Ce qui m’a
considérablement aidé pour la compréhension
du rythme, le jeu en place etc. Ensuite, j’ai découvert
les autres groupes metal et hard rock avec Iron Maiden,
Scorpions, Def Leppard, la
liste est longue… Je suis complètement autodidacte
et n’ai donc pas pris de cours. J’ai beaucoup travaillé
à l’oreille et ai travaillé pendant environ
huit ans la guitare rythmique avant de commencer à jouer
des soli. Quand un album me plaisait, je voulais le repiquer
de A à Z. C’est plutôt une bonne école
et puis, il n’y avait pas encore toutes les méthodes
que nous trouvons actuellement.
Que
penses-tu de la différence entre les guitaristes autodidactes,
ceux qui prennent des cours et ceux qui sortent de conservatoires
ou d’écoles spécialisées ? Quelles
différences peut-on trouver entre eux ?
YA: Si tu regardes l’arrière garde de nombreux
guitaristes ayant marqué le rock avec par exemple: Ace
Frehley, Joe Perry, Hendrix
et beaucoup d’autres. La plupart sont autodidactes, les
écoles de type GIT ou bien le MAI ici n’existaient
pas. Ils avaient un langage guitaristique certes moins étoffé
qu’aujourd’hui mais leur jeu était en général
bourré de feeling. Il me semble que tout est bon pour
apprendre. Faire une école spécialisée
quand on en a les moyens, le conservatoire, les cours particuliers
etc. Ce qui compte est d’essayer d’avoir son propre
langage en se servant de tout ce que l’on a appris sans
faire du "copié collé" de plans, pas
simple. Le passage dans une école et/ou un conservatoire
peut aider à lire et écrire la musique, ce qui
peut s’avérer des fois bien pratique. Commencer
à jouer en groupe très tôt est également
un excellent moyen pour se confronter aux autres, les écouter,
être au service de la musique etc.
Etant
donné ton éclectisme musical, sur quel matériel
travailles-tu ? Possèdes-tu plusieurs guitares que tu
changes en fonction des ambiances ou des morceaux ?
YA: Oui, je possède un certain nombre de guitares, des
électriques, acoustiques etc. Je travaille essentiellement,
avec mes Ibanez modèle SZ, des excellentes guitares de
type LesPaul (deux hambuckers, pas de vibrato bref, du roots)
et Rockton pour l’amplification. J’attends d’ailleurs
la nouvelle SZ rebaptisée SZR qui a l’air d’être
tip top ! Le mariage des deux me convient parfaitement. Pour
plus d’info, je vous invite à visiter les sites
www.ibanez.com
et www.rocktron.com
Sur Cross-Rocks, quelques
titres renvoyaient aux atmosphères du delta blues (guitare
acoustique et chant). Es-tu un fan des vieux bluesmen ?
YA: Fan est un bien grand mot mais j’apprécie d’en
écouter de temps en temps. Avoir travaillé des
titres de Robert Johnson sur Cross-Rocks
m’a permis d’apprendre à économiser
mon jeu. A l’époque, il n’y avait pas toute
cette technologie d’enregistrement, c’était
vraiment rudimentaire. Du 100% émotion et feeling.
Certains critiques musicaux
opposent souvent les guitaristes techniques comme Malmsteen
aux guitaristes ayant soi-disant plus de toucher comme Clapton
ou Gary Moore. Penses-tu que cette distinction soit pertinente
? Qu’y a-t-il à prendre chez chacun d’eux
?
YA: Chez chacun des guitaristes, tu peux trouver quelque chose
qui te touche. Tu parles de Malmsteen par exemple,
il n’est pas toujours à jouer 200 notes à
la seconde. Quand il pose une mélodie ou bien commence
à jouer un blues rock c’est frisson garanti ! Par
rapport aux techniciens purs et aux guitaristes plus "posés",
il y a aussi une différence de génération.
Clapton, quand il était dans Cream,
était considéré comme un des guitaristes
au jeu le plus expressif voire rapide pour l’époque.
Quatre ans après
Cross-Rocks, tu sors ton nouvel album, Gimme the sound chez
Why Note. Pourquoi cette si longue attente ?
YA: Je n’ai pas vraiment vu le temps passé. Il
y a mon activité au sein du label, j’y reviendrai
plus tard. Sans oublier mon investissement dans la pédagogie.
Et puis je n’avais pas envie de refaire un album tout
de suite après Cross-Rocks. J’ai donc
pris du recul avant de me remettre à travailler sur du
neuf. Ensuite, il y a eu les retrouvailles avec Chris. Gimme
The Sound est le fruit de deux ans de travail en pointillé...
En
fait d’album solo, c’est plutôt une collaboration
avec le chanteur Chris Caron que nous présente ce nouvel
album. Pourrais-tu nous le présenter ? Comment l’as-tu
rencontré ? Comment s’est déroulée
l’écriture des morceaux ?
YA: J’ai rencontré Chris il y a une quinzaine d’années,
je débutais presque la guitare. Nous avons été
dans le même groupe pendant un an avant qu’il ne
parte aux Etats-Unis. Le plus simple est de le laisser se présenter.
CC: Hum, hum. Je jouais dans un groupe où nous avions
un deal pour jouer 6 mardis d’affilé (je crois)
au Gibus, Paris. On mélangeait nos compos avec diveres
reprises (hard rock U.S. 80’s). Après notre représentation
(genre 3h du mat), Yann est venu se présenter et m’a
proposé une audition dans son groupe. Je l’ai trouvé
assez culotté et je me suis dit que ça ne me coûtait
rien d’aller y jeter un oeil. J’ai tout de suite
été surpris par sa maturité musicale et
ses acquis vu son âge (je suis son aîné de
3 ans). On a répété pendant un an et je
suis rentré dans un groupe qui s’appelait Tipsy
Wit. Ce qui a stoppé notre collaboration à
l’époque.
YA: L’écriture des morceaux s’est faite assez
naturellement, au départ, je lui ai envoyé l’intro
"Gimme The Sound" dans sa version instrumentale et
il a posé sa voix. J’ai su à cet instant
qu’il fallait envisager le reste à deux ! C’était
exactement ce que je souhaitais entendre…Bingo ! Nous
avons essentiellement travaillé à distance grâce
à Internet et il est venu deux fois en France chez mon
réalisateur Patrice Lemoine (ma deuxième
paire d’oreilles ;-) enregistrer les parties de chant
définitives. A l’arrivée, c’est un
vrai travail d’équipe.
CC: Oui tout a fait ! J’ai travaillé sur les compos
de Yann en élaborant des mélodies sur ses parties
guitares et je lui envoyais des parties guitares qu’il
a réenregistrées à sa sauce et son toucher
magique. Chaque semaine on s’envoyait les MP3s. Rapidement,
on a eu assez de compos pour organiser notre album.
Ce nouvel album est très
varié, puisqu’il propose des instrumentaux et des
chansons oscillant entre l’AOR et le hard rock. Comment
as-tu composé ces différents morceaux ? Sont-ils
les reflets d’époques différentes ?
YA: Comme je te le disais plus haut, composer avec Chris s’est
fait naturellement. C’est un peu comme si on s’était
quitté la veille. Pas de prise d’ego etc.
CC: Non c’est vrai, on ne se parle pas beaucoup durant
la création. On se connaît bien je crois musicalement,
ce qui nous permet ce procédé d’écriture...
Evidemment, j’espère pouvoir travailler différemment
à l’avenir car on pourrait aller vachement plus
loin de plus près (elle est bonne hein !). Et en plus,
on pourrait se taper dessus... (je plaisante !).
Tu
as invité Patrick Rondat et Gildas Arzel sur deux de
tes instrumentaux. Les connais-tu depuis longtemps ? Comment
se sont passées ces collaborations ?
YA: Je connais Patrick depuis assez longtemps, un excellent
guitariste, une référence ! Son album avec Hervé
N’Kaoua est une réussite. Après
la tournée "Ephemerald World", j’ai voulu
continuer l’aventure et graver notre entente sur CD. Je
lui ai proposé de venir poser sa "magic touch"
sur un des titres et il a accepté. Son intervention sur
"After The Tour" est vraiment au top. Son chorus ainsi
que le gimmick qu’il a trouvé à la fin sont
terribles. Concernant Gildas, c’est un ami commun, Erick
Benzi, qui nous a présenté alors qu’il était
en pleine séance pour le dernier album de Céline
Dion. Gil connaissait mes albums et de mon côté,
je suivais son parcours depuis pas mal de temps. Il m’a
proposé de venir jouer sur mon nouvel album, très
touché, j’ai immédiatement accepté.
Et voilà le résultat sur "Armorik’n
Roll" ! Ses licks se dégustent comme un bon "irish
single malt". A l’arrivée c’est un vrai
cadeau d’avoir Patrick et Gil sur cette nouvelle galette.
De quelle manière
décides-tu qu’un morceau va être entièrement
instrumental plutôt que chanté ?
YA: Dès l’instant où nous avons décidé
avec Chris de faire un album ensemble, j’ai arrêté
d’écrire dans l’optique instrumentale. J’avais
déjà pré produit les quatre instrumentaux
qui se trouvent sur "Gimme…" et me suis donc
axé sur des "chansons" pour la suite. Chris
a également amené pas mal d’idées,
il joue de la guitare et est équipé en home studio
chez lui.
Comment s’est déroulée
l’écriture des paroles ? Quels sont les thèmes
qu’elles abordent ?
CC: Je construis toujours jusqu’à maintenant mes
mélodies avant les paroles. Ensuite, tout part d’un
vers ou d’un refrain et je construis autour de tout ça
en essayant que tout se marrie bien avec la musique, les voix
et que l’ensemble ait un sens. Les thèmes sont
variés. "Little Sister" parle de ma relation
avec ma soeur qui ne m’avait pas donné de nouvelles
depuis des années, "I wish I coud be Home"
parle de mon éloignement de la France et de mon parcours,
"Time is running out" parle du réchauffement
climatique planétaire et de l’hypocrisie des politiques
en général sur ce sujet. Bref, c’est varié...
Mais j’insiste sur le fait que ce sont des paroles rocks
pour une musique rock. Je ne suis pas un poète et tout
est simple d’accès.
La
pochette de l’album, comme son contenu, affiche des ambiances
très américaines. Qui s’en est occupé
? Qui en a eu l’idée ?
YA: C’est Jérôme Ledoux
d’Artrack qui a réalisé la pochette. J’avais
beaucoup aimé son travail sur celle de Reverend
(Une de nos signatures Why Note). Il nous a proposé pas
mal de projets et nous sommes tombés d’accord sur
cette dernière.
Tu as participé
à l’album de C.L.A.F.F. Que peux-tu nous en dire
? Dans quelle ambiance cet enregistrement s’est-il déroulé
?
YA: Participer à la Coopérative est une vraie
récréation. Bien que cela soit sérieux
et pro dans la réalisation. Comme le dit si bien Claff:
"C’est pas parce qu’on se marre qu’on
est des rigolos !".
L’ambiance est excellente et je trouve ça très
chouette de voir des gens d’horizons différents
s’entendre pour faire parler la poudre. J’ai mouliné
mes parties de guitare dans mon studio et le reste a été
enregistré et réalisé par Bernard Natier
au studio Garage. La coop regroupe des musiciens mais également
des pros de l’image. Le concert de lancement à
la Loco a été une vraie fête rock’n
roll et l’on ne compte pas s’arrêter là
! Nul doute que l’on entendra encore parler des "Artistes
Fous Furieux" cette année ! J’en profite pour
vous redonner l’adresse du site www.claffland.com
Tu es fortement impliqué
dans le label Why Note qui a signé des groupes très
différents. Comment se déroule le choix des groupes
? Qui y participe ? Comment fonctionne le label ?
YA: Le label a été créé il y a un
peu plus de deux ans par Stéphane Jumelle, Stéphane
Bergeon et Serge Lamet. Je me suis occupé et m’occupe
toujours de la promo des artistes et je suis ensuite rentré
comme associé. Pour le choix des signatures, nous avons
chacun nos affinités et la décision finale est
prise collégialement. Nous proposons de la distribution
pure, avec ou sans promo interne et quelques contrats de licence.
A l’heure actuelle, nous ne nous sommes pas encore lancés
dans de la production mais peut-être qu’un jour
nous y viendrons…
Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile pour les
artistes de se faire signer. Etre à l’écoute
et permettre à des groupes d’exister est très
complémentaire de nos activités musicales. Pour
vous donner une idée des sorties du label, vous pouvez
vous rendre à cette adresse: www.myspace.com/whynotelabel
Etant
donné cette implication, tu dois être à
l’écoute de ce qui sort à l’heure
actuelle. Quels sont les groupes ou les musiciens qui te branchent
en ce moment ?
YA: Oui, je me tiens au courant. Par rapport au label,
nous suivons quelques artistes et groupes dans l’optique
de prochaines signatures. On vous en dira plus très prochainement…
Sinon, je n’ai pas vraiment de barrières musicales
et écoute beaucoup de choses. Mon album de chevet est
le nouveau Def Leppard, quelle baffe. Comme
je te le disais, l’album de Patrick tourne aussi beaucoup
dans ma platine. Le Steve Stevens, le best
of de la belle Natalie Imbruglia, l’album
solo de Kip Winger, le nouveau Satch et pas
mal d’autres albums… la liste est longue.
Que penses-tu de la scène
rock et metal française en ce moment ?
YA : Il me semble que la scène rock française
se porte plutôt bien ces derniers temps. Les guitares
sont de retour et de nombreux groupes et artistes s’activent
pour jouer un peu partout et essayent de se faire un nom grâce
aux réseaux Internet comme le site communautaire Myspace.
As-tu une tournée
de prévue ?
YA: Oui, il me tarde de jouer en live tous ces nouveaux titres.
On travaille sur une tournée qui devrait avoir lieu en
octobre novembre. Je serai également présent lors
du Salon de La Musique à Paris du 12 au 15 septembre.
CC: Je n’ai pas joué devant un public français
depuis 1992 et j’ai hâte de le revoir. A bientôt
!
Interview réalisée
par Denis Labbé
Lien: Yann
Armellino - Myspace