Yann Armellino & Chris Caron

Quatre ans après la sortie de Cross-Rocks, Yann Armellino, l’un de nos plus talentueux guitaristes hexagonaux, nous revient en compagnie du chanteur Chris Caron grâce à Gimme the sound un album qui respire le blues, le rock et le talent.

Egalement impliqué dans le label Why Note, Yann se retrouve au cœur de la scène rock française, il était donc intéressant de l’interroger sur sa carrière, le monde du metal et la guitare. Toutes ses réponses, et celles de Chris, vont sans doute aider ceux d’entre vous qui veulent se lancer dans l’apprentissage de la guitare ou dans la composition. Quant aux autres, ils auront d’indéniables pistes pour écumer les bacs de disques.

Avant de commencer, serait-il possible que tu nous dresses un rapide aperçu de ton parcours musical ? Comment as-tu découvert la guitare et grâce à qui ? As-tu pris des cours ?
Yann Armellino: J’ai commencé à m’intéresser de près à la musique dès mon adolescence. Un copain d’époque m’a fait découvrir les albums "Unmasked" et "Destroyer" de Kiss et là, pas de doute, j’ai eu "la révélation". Tout d’abord en mélomane pour ensuite commencer à pratiquer la guitare. Mon frangin Alban, qui aujourd’hui s’occupe de mes photos, jouait déjà de la batterie deux ans avant que je me mette à tricoter. Ce qui m’a considérablement aidé pour la compréhension du rythme, le jeu en place etc. Ensuite, j’ai découvert les autres groupes metal et hard rock avec Iron Maiden, Scorpions, Def Leppard, la liste est longue… Je suis complètement autodidacte et n’ai donc pas pris de cours. J’ai beaucoup travaillé à l’oreille et ai travaillé pendant environ huit ans la guitare rythmique avant de commencer à jouer des soli. Quand un album me plaisait, je voulais le repiquer de A à Z. C’est plutôt une bonne école et puis, il n’y avait pas encore toutes les méthodes que nous trouvons actuellement.

Que penses-tu de la différence entre les guitaristes autodidactes, ceux qui prennent des cours et ceux qui sortent de conservatoires ou d’écoles spécialisées ? Quelles différences peut-on trouver entre eux ?
YA: Si tu regardes l’arrière garde de nombreux guitaristes ayant marqué le rock avec par exemple: Ace Frehley, Joe Perry, Hendrix et beaucoup d’autres. La plupart sont autodidactes, les écoles de type GIT ou bien le MAI ici n’existaient pas. Ils avaient un langage guitaristique certes moins étoffé qu’aujourd’hui mais leur jeu était en général bourré de feeling. Il me semble que tout est bon pour apprendre. Faire une école spécialisée quand on en a les moyens, le conservatoire, les cours particuliers etc. Ce qui compte est d’essayer d’avoir son propre langage en se servant de tout ce que l’on a appris sans faire du "copié collé" de plans, pas simple. Le passage dans une école et/ou un conservatoire peut aider à lire et écrire la musique, ce qui peut s’avérer des fois bien pratique. Commencer à jouer en groupe très tôt est également un excellent moyen pour se confronter aux autres, les écouter, être au service de la musique etc.

Ton jeu oscille entre des influences blues et des plans qui nous rappellent Joe Satriani. Quelles sont tes influences majeures et qui conseillerais-tu à des amateurs de guitares ?
YA: Merci pour la comparaison. Satch est un monument dans le domaine de l’instrumental. Il se renouvelle sans cesse et continue à nous surprendre album après album. Une vraie référence ! Mes influences sont diverses. Van Halen me met vraiment par terre à chaque fois que je l’écoute, Chris qui a vu récemment un concert à Boston m’a dit le plus grand bien de la reformation tant espérée. Sinon, je peux te citer dans le désordre: Ace Frehley (étonnant, non ?), Vivian Campbell qui fait avec Phil Collen une paire remarquable, toujours au service de la compo. Richie Kotzen, Luke Morley de Thunder (grand feeling !), Richie Sambora, Slash, Joe Perry, Jeff Beck, Nuno Bettancourt (on attend avec impatience le nouvel album), Steve Stevens qui a sorti un bel album solo cette année… il y en a beaucoup d’autres.

Etant donné ton éclectisme musical, sur quel matériel travailles-tu ? Possèdes-tu plusieurs guitares que tu changes en fonction des ambiances ou des morceaux ?
YA: Oui, je possède un certain nombre de guitares, des électriques, acoustiques etc. Je travaille essentiellement, avec mes Ibanez modèle SZ, des excellentes guitares de type LesPaul (deux hambuckers, pas de vibrato bref, du roots) et Rockton pour l’amplification. J’attends d’ailleurs la nouvelle SZ rebaptisée SZR qui a l’air d’être tip top ! Le mariage des deux me convient parfaitement. Pour plus d’info, je vous invite à visiter les sites www.ibanez.com et www.rocktron.com

Sur Cross-Rocks, quelques titres renvoyaient aux atmosphères du delta blues (guitare acoustique et chant). Es-tu un fan des vieux bluesmen ?
YA: Fan est un bien grand mot mais j’apprécie d’en écouter de temps en temps. Avoir travaillé des titres de Robert Johnson sur Cross-Rocks m’a permis d’apprendre à économiser mon jeu. A l’époque, il n’y avait pas toute cette technologie d’enregistrement, c’était vraiment rudimentaire. Du 100% émotion et feeling.

Certains critiques musicaux opposent souvent les guitaristes techniques comme Malmsteen aux guitaristes ayant soi-disant plus de toucher comme Clapton ou Gary Moore. Penses-tu que cette distinction soit pertinente ? Qu’y a-t-il à prendre chez chacun d’eux ?
YA: Chez chacun des guitaristes, tu peux trouver quelque chose qui te touche. Tu parles de Malmsteen par exemple, il n’est pas toujours à jouer 200 notes à la seconde. Quand il pose une mélodie ou bien commence à jouer un blues rock c’est frisson garanti ! Par rapport aux techniciens purs et aux guitaristes plus "posés", il y a aussi une différence de génération. Clapton, quand il était dans Cream, était considéré comme un des guitaristes au jeu le plus expressif voire rapide pour l’époque.

Quatre ans après Cross-Rocks, tu sors ton nouvel album, Gimme the sound chez Why Note. Pourquoi cette si longue attente ?
YA: Je n’ai pas vraiment vu le temps passé. Il y a mon activité au sein du label, j’y reviendrai plus tard. Sans oublier mon investissement dans la pédagogie. Et puis je n’avais pas envie de refaire un album tout de suite après Cross-Rocks. J’ai donc pris du recul avant de me remettre à travailler sur du neuf. Ensuite, il y a eu les retrouvailles avec Chris. Gimme The Sound est le fruit de deux ans de travail en pointillé...

En fait d’album solo, c’est plutôt une collaboration avec le chanteur Chris Caron que nous présente ce nouvel album. Pourrais-tu nous le présenter ? Comment l’as-tu rencontré ? Comment s’est déroulée l’écriture des morceaux ?
YA: J’ai rencontré Chris il y a une quinzaine d’années, je débutais presque la guitare. Nous avons été dans le même groupe pendant un an avant qu’il ne parte aux Etats-Unis. Le plus simple est de le laisser se présenter.
CC: Hum, hum. Je jouais dans un groupe où nous avions un deal pour jouer 6 mardis d’affilé (je crois) au Gibus, Paris. On mélangeait nos compos avec diveres reprises (hard rock U.S. 80’s). Après notre représentation (genre 3h du mat), Yann est venu se présenter et m’a proposé une audition dans son groupe. Je l’ai trouvé assez culotté et je me suis dit que ça ne me coûtait rien d’aller y jeter un oeil. J’ai tout de suite été surpris par sa maturité musicale et ses acquis vu son âge (je suis son aîné de 3 ans). On a répété pendant un an et je suis rentré dans un groupe qui s’appelait Tipsy Wit. Ce qui a stoppé notre collaboration à l’époque.
YA: L’écriture des morceaux s’est faite assez naturellement, au départ, je lui ai envoyé l’intro "Gimme The Sound" dans sa version instrumentale et il a posé sa voix. J’ai su à cet instant qu’il fallait envisager le reste à deux ! C’était exactement ce que je souhaitais entendre…Bingo ! Nous avons essentiellement travaillé à distance grâce à Internet et il est venu deux fois en France chez mon réalisateur Patrice Lemoine (ma deuxième paire d’oreilles ;-) enregistrer les parties de chant définitives. A l’arrivée, c’est un vrai travail d’équipe.
CC: Oui tout a fait ! J’ai travaillé sur les compos de Yann en élaborant des mélodies sur ses parties guitares et je lui envoyais des parties guitares qu’il a réenregistrées à sa sauce et son toucher magique. Chaque semaine on s’envoyait les MP3s. Rapidement, on a eu assez de compos pour organiser notre album.

Ce nouvel album est très varié, puisqu’il propose des instrumentaux et des chansons oscillant entre l’AOR et le hard rock. Comment as-tu composé ces différents morceaux ? Sont-ils les reflets d’époques différentes ?
YA: Comme je te le disais plus haut, composer avec Chris s’est fait naturellement. C’est un peu comme si on s’était quitté la veille. Pas de prise d’ego etc.
CC: Non c’est vrai, on ne se parle pas beaucoup durant la création. On se connaît bien je crois musicalement, ce qui nous permet ce procédé d’écriture... Evidemment, j’espère pouvoir travailler différemment à l’avenir car on pourrait aller vachement plus loin de plus près (elle est bonne hein !). Et en plus, on pourrait se taper dessus... (je plaisante !).

Tu as invité Patrick Rondat et Gildas Arzel sur deux de tes instrumentaux. Les connais-tu depuis longtemps ? Comment se sont passées ces collaborations ?
YA: Je connais Patrick depuis assez longtemps, un excellent guitariste, une référence ! Son album avec Hervé N’Kaoua est une réussite. Après la tournée "Ephemerald World", j’ai voulu continuer l’aventure et graver notre entente sur CD. Je lui ai proposé de venir poser sa "magic touch" sur un des titres et il a accepté. Son intervention sur "After The Tour" est vraiment au top. Son chorus ainsi que le gimmick qu’il a trouvé à la fin sont terribles. Concernant Gildas, c’est un ami commun, Erick Benzi, qui nous a présenté alors qu’il était en pleine séance pour le dernier album de Céline Dion. Gil connaissait mes albums et de mon côté, je suivais son parcours depuis pas mal de temps. Il m’a proposé de venir jouer sur mon nouvel album, très touché, j’ai immédiatement accepté. Et voilà le résultat sur "Armorik’n Roll" ! Ses licks se dégustent comme un bon "irish single malt". A l’arrivée c’est un vrai cadeau d’avoir Patrick et Gil sur cette nouvelle galette.

De quelle manière décides-tu qu’un morceau va être entièrement instrumental plutôt que chanté ?
YA: Dès l’instant où nous avons décidé avec Chris de faire un album ensemble, j’ai arrêté d’écrire dans l’optique instrumentale. J’avais déjà pré produit les quatre instrumentaux qui se trouvent sur "Gimme…" et me suis donc axé sur des "chansons" pour la suite. Chris a également amené pas mal d’idées, il joue de la guitare et est équipé en home studio chez lui.

Comment s’est déroulée l’écriture des paroles ? Quels sont les thèmes qu’elles abordent ?
CC: Je construis toujours jusqu’à maintenant mes mélodies avant les paroles. Ensuite, tout part d’un vers ou d’un refrain et je construis autour de tout ça en essayant que tout se marrie bien avec la musique, les voix et que l’ensemble ait un sens. Les thèmes sont variés. "Little Sister" parle de ma relation avec ma soeur qui ne m’avait pas donné de nouvelles depuis des années, "I wish I coud be Home" parle de mon éloignement de la France et de mon parcours, "Time is running out" parle du réchauffement climatique planétaire et de l’hypocrisie des politiques en général sur ce sujet. Bref, c’est varié... Mais j’insiste sur le fait que ce sont des paroles rocks pour une musique rock. Je ne suis pas un poète et tout est simple d’accès.

La pochette de l’album, comme son contenu, affiche des ambiances très américaines. Qui s’en est occupé ? Qui en a eu l’idée ?
YA: C’est Jérôme Ledoux d’Artrack qui a réalisé la pochette. J’avais beaucoup aimé son travail sur celle de Reverend (Une de nos signatures Why Note). Il nous a proposé pas mal de projets et nous sommes tombés d’accord sur cette dernière.

Tu as participé à l’album de C.L.A.F.F. Que peux-tu nous en dire ? Dans quelle ambiance cet enregistrement s’est-il déroulé ?
YA: Participer à la Coopérative est une vraie récréation. Bien que cela soit sérieux et pro dans la réalisation. Comme le dit si bien Claff: "C’est pas parce qu’on se marre qu’on est des rigolos !".
L’ambiance est excellente et je trouve ça très chouette de voir des gens d’horizons différents s’entendre pour faire parler la poudre. J’ai mouliné mes parties de guitare dans mon studio et le reste a été enregistré et réalisé par Bernard Natier au studio Garage. La coop regroupe des musiciens mais également des pros de l’image. Le concert de lancement à la Loco a été une vraie fête rock’n roll et l’on ne compte pas s’arrêter là ! Nul doute que l’on entendra encore parler des "Artistes Fous Furieux" cette année ! J’en profite pour vous redonner l’adresse du site www.claffland.com

Tu es fortement impliqué dans le label Why Note qui a signé des groupes très différents. Comment se déroule le choix des groupes ? Qui y participe ? Comment fonctionne le label ?
YA: Le label a été créé il y a un peu plus de deux ans par Stéphane Jumelle, Stéphane Bergeon et Serge Lamet. Je me suis occupé et m’occupe toujours de la promo des artistes et je suis ensuite rentré comme associé. Pour le choix des signatures, nous avons chacun nos affinités et la décision finale est prise collégialement. Nous proposons de la distribution pure, avec ou sans promo interne et quelques contrats de licence. A l’heure actuelle, nous ne nous sommes pas encore lancés dans de la production mais peut-être qu’un jour nous y viendrons…
Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile pour les artistes de se faire signer. Etre à l’écoute et permettre à des groupes d’exister est très complémentaire de nos activités musicales. Pour vous donner une idée des sorties du label, vous pouvez vous rendre à cette adresse: www.myspace.com/whynotelabel

Etant donné cette implication, tu dois être à l’écoute de ce qui sort à l’heure actuelle. Quels sont les groupes ou les musiciens qui te branchent en ce moment ?
YA: Oui, je me tiens au courant. Par rapport au label, nous suivons quelques artistes et groupes dans l’optique de prochaines signatures. On vous en dira plus très prochainement…
Sinon, je n’ai pas vraiment de barrières musicales et écoute beaucoup de choses. Mon album de chevet est le nouveau Def Leppard, quelle baffe. Comme je te le disais, l’album de Patrick tourne aussi beaucoup dans ma platine. Le Steve Stevens, le best of de la belle Natalie Imbruglia, l’album solo de Kip Winger, le nouveau Satch et pas mal d’autres albums… la liste est longue.

Que penses-tu de la scène rock et metal française en ce moment ?
YA : Il me semble que la scène rock française se porte plutôt bien ces derniers temps. Les guitares sont de retour et de nombreux groupes et artistes s’activent pour jouer un peu partout et essayent de se faire un nom grâce aux réseaux Internet comme le site communautaire Myspace.

As-tu une tournée de prévue ?
YA: Oui, il me tarde de jouer en live tous ces nouveaux titres. On travaille sur une tournée qui devrait avoir lieu en octobre novembre. Je serai également présent lors du Salon de La Musique à Paris du 12 au 15 septembre.
CC: Je n’ai pas joué devant un public français depuis 1992 et j’ai hâte de le revoir. A bientôt !

Interview réalisée par Denis Labbé

Lien: Yann Armellino - Myspace

 

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