Mort aux Ramones !

Dee Dee Ramone (avec Véronica Koffman)

Au Diable Vauvert. 2003. Trad. Virgine Despentes.

Mort aux Ramones ! est plus qu’un simple témoignage autobiographique sur l’un des groupes cultes de la scène rock et son créateur. C’est un livre qui vous prend aux tripes ! Un coup de poing dans la gueule qui vous laisse sur le carreau. Parfaitement servi par une impeccable traduction de Virgine Despentes ciselée au scalpel et à la tronçonneuse, ce récit entraîne le lecteur dans un voyage entre folie et réalité, fantastique et ennui, démesure et humour. On ne ressort pas indemne d’une telle lecture. Car Mort aux Ramones ! va marquer l’histoire du rock, comme les Ramones l’ont fait. Plongeant au cœur de sa vie, Dee Dee en a tiré une moelle imbibée d’alcool et de drogue, d’éclate et d’attente, qu’il a ensuite étalée sur ces pages au vitriol afin de nous entraîner sur les traces de sa vie. Et quelle(s) vie(s) !

Dee Dee a vécu mille expériences qu’il nous présente sans fausse pudeur, comme pour nous dire: "Voilà ce que c’est que la vie d’un rocker ! Ça vous tente, toujours ?". Côté face, il y a la création du groupe, les premières répétitions, les premiers morceaux, les premiers concerts, la première signature, les tournées à travers le monde, les rencontres avec les Sex Pistols, Johnny Thunders, Blondie, Marc Bolan, les lumières, les interviews, les fans qui hurlent "Ramones ! Ramones ! Ramones !" et qui sont prêts à tout pour leur groupe préféré. Mais côté pile, le décor s’assombrit. Il y a toutes ces chambres d’hôtel qui se ressemblent, les engueulades entre "frères", l’alcool, les drogues, les contrats foireux, les managers véreux, les défonces et les retombées des défonces, les bagarres, la vie qui déchire, frappe, use, cesse. Et l’attente ! L’ennui ! L’attente et l’ennui. Pour Dee Dee le monde n’était qu’une vaste attente: l’attente du prochain concert, du prochain disque, du prochain verre, du prochain fix, de la prochaine attente.

Et pourtant, au détour d’une page, on trouve toujours ce moment d’illumination, cet instant béni où la lumière éclaire une scène, un mot, un visage. Certaines fois, Dee Dee passe de l’autre côté et entrevoit ce que nul n’a jamais pu voir. On a envie de le suivre, mais il nous claque la porte au nez. Trop de déchirures pour un si bref instant derrière le miroir. Trop de morts aussi qui jonchent le carrelage glacial. La scène du fix de Sid Vicious dans des chiottes souillées de vomi et de déjections diverses en est un parfait exemple. Cette autobiographie colle aux doigts et au cœur et répond parfaitement à celle de Jack London intitulée John Barleycorn. Si London a écrit une autobiographie "du fond de la bouteille", le père Ramone nous en livre une "du fond de la seringue". L’enfer est ma maison écrit-il en tête de chapitre. L’enfer, il l’a vécu. Le fantastique aussi. Vu de l’intérieur, il est encore plus inquiétant, comme il nous le raconte dans certaines pages. Pour tous les fans de rock, de dope et d’alcool (afin qu’ils n’y touchent plus), de folie et de démesure. Mort aux Ramones ! est un livre sur le bonheur de vivre, sur la douleur de vivre. Un livre sur la vie.

 
Il y avait du vomi partout. Sur le sol, dans le lavabo, et débordant de la cuvette des toilettes. C’est dégueulasse, je me suis dit. Si et moi on s’est immédiatement mis à vomir aussi. Pourtant je n’avais encore rien vu. Rien, jusqu’à ce que Sid sorte une seringue horrible, avec une croûte de vieux sang coagulé autour de l’aiguille. Je lui au donné un peu de speed, il l’a introduit dans la pompe pour se préparer un shoot. Ensuite, il a plongé l’aiguille dans la cuvette des toilettes pour dissoudre le speed en remplissait la shooteuse. Il y avait du vomi, de la pisse et de la morve dans cette eau.

Denis Labbé - Juillet 2003

 

 

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