Project Pitchfork
S'il est bien un groupe electro-gothic
qui a réussi à véritablement émerger
du lot des formations ebm (electro-body-music), c'est Project
Pitchfork. En effet, si l'on devait inventorier tous les groupes
du genre, on
en arriverait à constater quand même pas mal de déchets,
c'est-à-dire des groupes musicalement insipides, électroniquement
trop conventionnels, et flanqués d'un chanteur à
la voix "simplement" gueulante, comme s'ils avaient
un gros, gros chat dans la gorge… à se demander même
parfois si certains ne font pas un concours de celui qui manifeste
le mieux sa mauvaise humeur forcée! De plus, la plupart
des groupes electro qui échappent au club des ratés,
s'essouflent assez vite, accusant une perte de créativité
après quelques albums… et c'est la mort lente qui
les envahit, étouffant ainsi leurs dernières tentatives
de sursaut d'imagination. Très peu peuvent dès lors
se voir reconnaître une belle et longue discographie. Pourquoi?
Parce qu'ils ont créé leurs propre genre musical,
parce qu'ils ont imprimé et imposé leur propre personnalité
aux yeux de tous, public ou confrères de l'ebm. Bien sûr,
cela reste de l'electro-gothic, ou plus généralement
de l'ebm… mais façon Calva Y Nada, Das Ich, Front
242, KMFDM, etc… Toutefois, ce qui différencie sans
doute Project Pitchfork des susmentionnés, c'est que jamais
ils n'ont faibli tout au long de leur carrière, contrairement
aux autres qui ont malgré tout tous subi un bref passage
à vide, un petit relâchement pas bien grave, certes,
mais auquel Project Pitchfork peut se targuer d'y avoir échappé.
En effet, à chaque nouvel album sorti, on se rend compte
soit que la barre est encore mise à un niveau supérieur,
soit qu'ils ont suivi une nouvelle orientation; chaque nouvel
album peut donc être vu comme meilleur que les précédents
ou simplement différent… mais certainement pas moins
bon. Mais où s'arrêteront-ils?
Voyons maintenant un peu qui se cache derrière
Project Pitchfork: Peter Spilles, la bête de scène;
Dirk Scheuber, la bête musicale, même si actuellement
le rôle de chacun n'est plus aussi clairement défini.
Et c'est en fait à un concert de Girls Under Glass, au
milieu des années 80, que les deux Allemands se sont rencontrés…
pour ne plus jamais se séparer. Ils baptisèrent
leur " projet: Pitchfork ". Ca sonne bien en anglais,
mais la traduction en français risque de faire sourire
certains: " le projet de la fourche à foin"!
La raison en est que les deux protagonistes sont fort tournés
vers la nature, l'environnement, militants pour lui redonner sa
dignité.
Deux personnages jouent encore un rôle important
dans le succès de Project Pitchfork: le premier, Matthias
Rewig, leur ingénieur du son qu'ils rencontrèrent
lors de leur premier concert et qui enregistra par la suite quasi
tous leurs albums; le deuxième, Kai Lotze, leur manager
depuis le début qui s'occupe maintenant aussi de l'organisation
des concerts de groupes à la cote comme Wolfsheim, And
One ou encore Covenant.
Peter Spilles et Dirk Scheuber sont les deux membres piliers de
Project Pitchfork, mais jusqu'à l'album "Io",
ils s'approprièrent les services de Patricia Nigiani pour
chanter sur plusieurs morceaux. Pour la petite histoire, ils la
rencontrèrent dès le début, en tant que conceptrice
de leurs pochettes d'albums. Peu de temps après, elle fonda
avec Peter Spilles le groupe Aurora Sutra beaucoup plus calme
et planant. Aujourd'hui, elle tient seule les rênes de cet
ex-side project de Project Pitchfork… et tout ça
pour une querelle d'amoureux! Ensuite, le groupe compte en fait
aujourd'hui quatre membres, car Dirk Scheuber s'est mis à
la guitare depuis quelques années, et ne fût ce que
pour les prestations "live", il fallait bien augmenter
le nombre de membres.
Toujours auto-produit, Project Pitchfork signa
d'abord chez le label Hypnobeat. Mais des querelles avec ce dernier
les amena ensuite chez Off-beat. Enfin, pour s'assurer une totale
liberté de créativité musicale, Project Pitchfork
décide de fonder son propre label : " Candyland Entertainment".
Une dernière anecdote avant de commencer la discographie
du groupe, c'est qu'on peut lire sur plusieurs pochettes d'albums,
l'énonciation des instruments et du matériel utilisés
pour réaliser leurs compositions. Dès " Corps
d'Amour", ils ne jurent d'ailleurs plus que pour Cubase comme
logiciel de programmation musicale. Avis aux amateurs qui tenteraient
de les singer!
Voyons à présent leur discographie
Avant toute chose, j'aimerais vous décrire
les deux constantes musicales qui caractérisent Project
Pitchfork. La première se situe au niveau de la voix de
Peter Spilles. Imprégné d'un effet distortion, elle
se fait sombre et torturée pour à chaque fois s'éclaircir
quand elle monte dans les aigus. Et c'est bien ça la particularité
et la qualité des vocalises de Peter Spilles : il parvient
à passer d'une tonalité grave et rauque à
des aigus presque limpides ,et cela toujours en justesse. Et plus
on avance dans la carrière du groupe, plus le chanteur
en fait usage, à un tel point que dans la pochette de l'album
" Io ", on peut lire : " used voice distortion
: none " ! Tout devient donc entièrement paramétré
par la seul voix de Peter Spilles. Pour un exemple typique, écoutez
" Malicious Delight " sur l'album " Chakra Red
!". La deuxième constante a trait d'abord aux rythmes
créés parfois d'une simplicité déconcertante.
La première chose que l'on se dit en les écoutant
: p....., il fallait les trouver ! Et la deuxième : rep.....,
pourquoi personne n'y a pensé plus tôt ! Je pourrais
vous donner un exemple type pour chaque album... d'ailleurs, je
vais le faire ; faites votre choix : " Vietnam ", "
Lam-'Bras ", " Song of the Winds ", " Io ",
" aW ", " Temptation ", ou encore " Steelrose
". Ensuite, ils ont ce toupet de chaque fois nous énivrer
avec des mélodies planantes, enveloppant toute l'armature
musicale et d'une pure beauté ! ; Allez, je vous remets
des exemples frappants, même si c'est loin évidemment
d'être exhaustif : " Psychic Torture ", "
Tale of a Walk on the Ice ", " The Refuge ", "
The Silverthread ", " And Then There Will Be a Light
", " The Longing ", " Rush " ou encore
" Carnival ".
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