Kathleen

Colin, Fabrice, 2006

L’Atalante

 
Les romans que Fabrice Colin publie chez l’Atalante possèdent une force narrative et une inventivité qui étonnent à chaque fois. Moins ancrés dans les littératures de genre que ses autres publications, ils explorent néanmoins, comme dans Kathleen, les méandres de l’esprit humain et leurs liens avec l’art. Basé sur plusieurs récits qui s’entrecroisent, ce roman met en scène un homme atteint de la maladie d’Alzheimer dont l’esprit se décompose tout en recomposant la réalité. Celle-ci est alors traversée, transfigurée, par l’œuvre et la vie de l’écrivain Katherine Mansfield. Face à ce délitement, son fils essaie de recoller les morceaux épars qui ont fait l’existence de son père. Ce sont ces deux parcours que suivent les lecteurs avec intérêt, passant de l’un à l’autre, tout en se perdant de temps en temps dans l’esprit torturé du père.
 

« Nous habitons des prisons. La terre est un pénitencier. Nous avançons, caparaçonnés de certitudes : nos petites cellules portatives. La science est une geôle commune, la religion un parloir. Qui nous attend au-dehors ? »

Fabrice Colin, Kathleen, p.191

Reprenant les errances mentales du personnage central, Fabrice Colin a mis en place une architecture en recomposition qui entraîne le lecteur dans un étrange et passionnant chemin initiatique qui mêle récits, notes en marge, photos, dessins, textes raturés, références à l’œuvre de Katherine Mansfield, à sa vie, dialogues (souvent intérieurs), notes médicales… Tout cela entrelacé dans une sorte de journal intérieur d’une intimité qui se déchire et se renouvelle avant de se rompre définitivement.
Plus qu’un roman, Kathleen est une œuvre d’art qui doit non seulement à la plume précise et poétique de l’auteur, à sa mise en page, mais aussi aux illustrations d’Elvire de Cock et aux photographies de Caroll’ Planque. Ce travail en trio semble d’ailleurs suivre les voies des personnages, les illustrations et les photos offrant des visions en deux dimensions qui complètent les excursions en profondeurs du texte.
 
Kathleen est une œuvre unique, un roman que devraient lire tous les amateurs de littérature profonde, exigeante, mais aussi divertissante. Car il est impossible de s’ennuyer à la lecture de ce récit tant le style de Fabrice Colin sait nous envoûter, nous entourer, tout en jouant avec notre perception de la réalité. En effet, tout est là, dans cette question fondamentale : « qu’est-ce que la réalité ? » Si on la lie à l’autre question essentielle : « qui suis-je ? », on obtient ce surprenant roman qui invente sa propre forme pour mieux se dire.

 

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