Langues imaginaires (les)

Yaguello, Marina, 2006

Seuil

 
Voici un ouvrage savant qu’il ne faut absolument pas bouder lorsqu’on s’intéresse aux littératures de l’imaginaire. Certes, cette étude ne traite pas uniquement des langues romanesques, mais les chapitres qu’il leur consacre sont essentiels et se doivent d’être lus. En même temps, le reste du livre est si passionnant qu’il serait bien dommage de ne pas en profiter. Sous-titré : « Mythes, utopies, fantasmes, chimères et fictions linguistiques », le livre suit une progression historique, partant des mythes pour arriver à nos jours, en développant, à l’aide d’arguments clairs et d’exemples bien choisis, les mécanismes qui ont conduit les hommes à inventer des langues pour communiquer et des langues imaginaires pour concrétiser leurs rêves et leurs fantasmes. Le propos est très instruit, mais éminemment clair. Des tableaux et des schémas venant de temps en temps aérer le tout, tandis que des annexes permettent d’approfondir les recherches sans alourdir la démonstration. On apprend ainsi que la femme est souvent écartée de ces inventions, comme d’autres « exclus du pouvoir », que le désir d’unifier les gens à travers une langue unique ne dure jamais longtemps, comme si l’homme ne pouvait se défaire d’une volonté inconsciente de se différencier de son voisin et que tout langage est une porte ouverte au rêve et à la liberté. Il faudrait que les gens hermétiques à la lecture (les plus jeunes notamment) puisse avoir accès à ces réflexions.
 

« Tolkien a recréé toute une généalogie, avec des relations entre dialectes apparentés, des stades historiques, le tout baignant dans la philologie des langues germaniques, avec des apports hongrois, grecs et latins. »

Marina Yaguello, Les Langues imaginaires, p.123

Mais là où cela devient passionnant pour les amateurs des littératures de l’imaginaire, c’est lorsque l’auteur se penche sur la science-fiction et la fantasy, notamment dans le chapitre intitulé : « Le Mythe au cœur de la science » qui évoque Edgar Rice Burroughs, Tolkien, mais aussi Orwell, Jack Vance et Samuel Delany, plus étonnant aussi la présence de Ian Watson. A cela s’ajoute des tableaux sur les langues au cinéma, et dans les autres chapitres, de nombreuses références à des ouvrages utopiques dont le méconnu et passionnant Histoire des Sévarambes de Denis Veiras (orthographié Vairasse, ici), mais aussi Cyrano de Bergerac, Bulwer-Lytton, C.S. Lewis, Thomas More...
 
Un livre passionnant, riche et clair, qui sait être à la fois abordable et sérieux. Tout ce que l’on demande à un essai.

 

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