Voici un ouvrage savant qu’il ne faut absolument pas bouder lorsqu’on s’intéresse aux littératures de l’imaginaire. Certes, cette étude ne traite pas uniquement des langues romanesques, mais les chapitres qu’il leur consacre sont essentiels et se doivent d’être lus. En même temps, le reste du livre est si passionnant qu’il serait bien dommage de ne pas en profiter. Sous-titré : « Mythes, utopies, fantasmes, chimères et fictions linguistiques », le livre suit une progression historique, partant des mythes pour arriver à nos jours, en développant, à l’aide d’arguments clairs et d’exemples bien choisis, les mécanismes qui ont conduit les hommes à inventer des langues pour communiquer et des langues imaginaires pour concrétiser leurs rêves et leurs fantasmes. Le propos est très instruit, mais éminemment clair. Des tableaux et des schémas venant de temps en temps aérer le tout, tandis que des annexes permettent d’approfondir les recherches sans alourdir la démonstration. On apprend ainsi que la femme est souvent écartée de ces inventions, comme d’autres « exclus du pouvoir », que le désir d’unifier les gens à travers une langue unique ne dure jamais longtemps, comme si l’homme ne pouvait se défaire d’une volonté inconsciente de se différencier de son voisin et que tout langage est une porte ouverte au rêve et à la liberté. Il faudrait que les gens hermétiques à la lecture (les plus jeunes notamment) puisse avoir accès à ces réflexions.
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