David Sarella est un écrivain à succès. Sa série "Père Noël-Kommando" cartonne avec son mélange de SF et de sadisme. Mais le succès, David s’en fout, car il est plutôt du genre écrivain torturé. Torturé dans tous les sens du terme…
" De retour aux ateliers on endort les gnomes à l’éther afin que leurs traits soient parfaitement détendus, puis on les allonge sur la table de dissection et on les vide en essayant de laisser le moins de marques possibles. Pas question de les inciser du menton au pubis, comme pour une banale autopsie. Il faut user d’habileté et de patience pour aller chercher les organes par la voie des orifices naturels : la bouche, l’anus. On se sert pour cela de longs crochets, comme les embaumeurs égyptiens de jadis. On enfonce, on croche, on ramène… Les gosses surnomment ce travail la pêche aux tripes ou encore le tire-boyaux. "
L’homme aux yeux de napalm, Serge Brussolo, p. 85
Que ceux qui ont gardés leur âme d’enfant et qui frissonnent au contact de la magie de Noël, que ceux qui sont envahis d’une douce nostalgie à chaque réveillon de fin d’année et que ceux qui laissent encore un verre de lait pour accueillir le gros bonhomme écarlate à barbe blanche passent leur chemin ! Car si, pour vous, les mythes de Noël confinent au sacré, Serge Brussolo, lui, n’en a cure. Il les dynamite avec une verve jouissive et une imagination délirante. Adepte des scènes chocs et des images crues, l’auteur nous donne sa vision de cette fête mercantile et brise son imagerie senteur guimauve. Exemples ? Les nains sont un peuple rêveur et pacifiste qui se laisse chasser, capturer, vider les boyaux en pleurant et en chantant d’horribles ritournelles entêtantes pour finalement devenir des poupées réalistes pour les enfants. Le Père Noël a un zizi et les paquets cadeaux sont faits en… heu, non, vaut mieux pas chercher à le savoir après tout.
Ecrit en 1990, " L’homme aux yeux de napalm" est l’archétype des romans de Brussolo. On y retrouve tout ce qui fait sa force et ses faiblesses. Le roman prend aux tripes et dérange, il foisonne d’idées et d’inventivité, il bouillonne, déborde, part dans tous les sens, s’égare, se répète parfois. Au début, on se sent un peu perdu, on se demande où l’auteur veut en venir et pourquoi il nous assène des scènes chocs d’une violence et d’une cruauté souvent gratuites. Et puis, au fil des pages, on commence à comprendre la logique de l’univers qui se construit devant nos yeux et qui s’achève sur une fin surprenante. Et dans ce nouvel état des choses, on se rend compte que rien n’était gratuit. Et c’est ça qui dérange le plus. Un roman hautement recommandable pour lecteurs avertis. Mais pas trop quand même car le quatrième de couverture, comme cela arrive malheureusement trop souvent, dévoile quasiment toute l’intrigue, éliminant tout le plaisir de la découverte. Un conseil, faites comme moi, ne lisez jamais les quatrième de couverture.