Le Jeu : La traque

Luciani, Jean-Luc, 2006

Rageot Romans

 
La télé-réalité n’a pas fini de faire des ravages. En 2039, la chaîne européenne consacrée à ces programmes racoleurs lance une nouvelle émission : dix adolescents condamnés pour des délits graves, sont cloîtrés dans le château d’If après avoir été émancipés, donc considérés comme adultes, donc passibles de la peine de mort. Chaque semaine, les votes du public désignent celui qui devra partir du château. Rien de bien méchant jusque là, excepté que, lors du prime-time, le perdant sera chassé par des tueurs élus parmi le public. Mais les adolescents ne vont pas accepter leur sort si facilement…
 

"Soudain, Sistus perçut un mouvement dans son dos. Pivotant, il découvrit deux points rouges qui le fixaient dans le noir. Le cinquième killer se trouvait à moins d’un mètre de lui. Un tracé laser se matérialisa dans la seconde et la cible activée s’avéra être le front de l’adolescent. - Désolé, mon gars, dit le killer, mais c’est la fin du voyage pour toi. Il y eut le bruit sec d’une décharge magnétique d’amplitude deux et Sistus mourut avant même d’avoir touché le sol."

Le jeu : la traque, Jean-Luc Luciani, p12

La déprogrammation du Royaume qui était diffusé sur TF1 nous a un peu rassuré sur le fait que les abominations de la télé-réalité ne contamineront pas encore complètement les têtes des français et que leur libre arbitre est encore bien réel. Mais cela n’empêche pas de poursuivre la mise en garde contre les dérives voyeuristes humaines.
Avec ce roman qui emprunte à Running Man et Le Prix du Danger, Jean-Luc Luciani plonge dans l’horreur du voyeurisme. Il n’est d’ailleurs pas tendre avec ses lecteurs, et l’histoire est des plus sordides. La pression est mise sur les participants mais aussi sur le lecteur qui frissonne peu à peu du malaise que devrait ressentir tout être humain à peu près normal face à une situation inacceptable. Comment tolérer une chasse à l’homme, et télévisée de surcroît, et en plus sur des enfants ? Certes, ces enfants ne sont pas vraiment des innocents et pourtant il suffit de gratter les personnalités pour s’apercevoir qu’ils sont avant tout des victimes. Et la société ne leur offre pas vraiment la Rédemption, mais plutôt une mort à la romaine. Oui, les jeux du cirque sont de retour et le goût du sang est toujours aussi âcre.
 
L’aventure est bien menée et les questions se succèdent les unes aux autres à la fin de ce premier tome. Les dernières phrases vous mettent l’eau à la bouche et on ne peut que s’impatienter de lire le tome 2.

 

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