science-Fiction dans l’Histoire (la),
l’Histoire dans la science-fiction
(2 volumes)

collectif, 2005


 
Ces Actes du Colloque de Nice (10 au 12 mars 2005) font le point sur les liens étroits que tissent la SF et l’histoire, à travers les interventions d’écrivains : Serge Lehman, Xavier Mauméjean, Michel Pagel, Valerio Evangelisti… et d’universitaires et de critiques : Roger Bozzetto, André-François Ruaud, Philippe Clermont…
 

A l’évidence du passé historique qui, a posteriori, fait croire au destin, l’uchronie oppose le doute. Elle ne renvoie pas tant au passé qu’à ce qui, dans le passé, demeure inachevé, excédentaire. En montrant que le passé n’est jamais affirmation, mais toujours possibilité, l’uchronie introduit la suspicion et, partant, la liberté. La liberté de revenir, de ne pas accepter sans conditions le passé, de ne pas être passif, de retrouver la vérité. Et cette vérité que nous permet de saisir l’uchronie en investissant le passé, est d’abord la vérité du présent. Car le présent est la dimension temporelle où contingence et nécessité se rejoignent.

Actes du colloque de Nice, Xavier Mauméjean, p.83-

Autant le dire tout de suite, nul jargon universitaire incompréhensible, ici toutes les interventions sont claires, argumentées, creusant des pistes intéressantes voire passionnantes. Je ne peux ici tout résumer, mais il est possible de classer ces communications en plusieurs familles. Tout d’abord, il y a celles qui s’intéressent à des auteurs précis : Serge Brussolo, H.G. Wells, Stanislas Lem (qui vient malheureusement de nous quitter au moment où je finalisais cette critique) ou Frank Herbert, et qui creusent en profondeur les rapports de ces auteurs à l’histoire, éclairant d’une façon nouvelle des pans entiers de leurs œuvres ou les faisant découvrir, comme André Costa ou le provençal Jean-Pierre Tennevin.
Ensuite, viennent les études de genre, celle sur le Steampunk de J-J Girardot et F. Mereste est plutôt passionnante, de même que les liens entre merveilleux et histoire relevés par André-François Ruaud, quant à celle de Roger Bozzetto sur Utopies et barbaries, elle ouvre sur une réflexion intéressante des mécanismes de nos société. De la SF à la réalité, il n’y a parfois qu’un pas (mais tout cela est pris en compte dans ces deux volumes). Nous avons aussi des réflexions plus générales, notamment « La Théorie de l’inquiétude » de Xavier Mauméjean qui s’interroge sur les enjeux et les raisons de l’uchronie (je schématise, bien entendu) et qui prend en compte une dimension philosophique étonnante mais ô combien louable. A noter, un article surprenant mais bien documenté de Laurent Mignon sur « la littérature d’anticipation turco-ottomane » qui devrait changer la vision que l’on a de ce pays.
La littérature n’est pas l’unique terrain de recherche de ce colloque, puisque Thierry Cormier se penche sur le rôle des images guerrières dans le cinéma américain, que Laurent Queyssi analyse la BD Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons et qu’Olivier Paquet nous propose une passionnante analyse des « animangas » qui montre pourquoi les Japonais écrivent des « achronies ». Cerise sur le gâteau, Serge Lehman livre une auto-analyse psychanalytique qui semble englober l’univers tout entier. Ses références sont nombreuses et ses interrogations (voire ses réponses) presque terrifiantes.
 
Ne soyez pas rebutés par l’intitulé, car cette plongée dans les méandres de la SF permet de regarder le genre d’un autre œil, d’y voir non plus uniquement un genre de la science mise en fiction, mais bien un genre esthétique qui entre en résonance avec nos sociétés et notre histoire, pour mieux remettre en cause les deux et les interroger. Le lecteur va pouvoir comprendre certains enjeux du genre tandis que le critique y trouvera les bases d’une réflexion nouvelle et progressiste de la SF. Le genre semble bien vivant (alors qu’il me semble bien avoir écrit le contraire il y a 5 ans) et surtout de plus en plus protéiforme. Tout simplement parce que ce n’est pas un simple genre, mais une esthétique artistique qui permet d’interroger la société

 

                                                                               Best view with IExplorer 5 @ 800x600.   © 2002 Anthesis. Tous droits réservés.