La Danse des ombres:
L'Opéra de sang T. 1

Lee, Tanith, 2005

L'Oxymore

 
Avec la publication de cet ouvrage, les éditions de l'Oxymore continuent de sortir de l'ombre l'œuvre de Tanith Lee. C'est en effet le cinquième ouvrage que l'éditeur de Montpellier consacre à cette auteure méconnue en France. Et c'est une très heureuse initiative que cette réédition dans une traduction révisée et complétée de ce livre incontournable : en effet, la trilogie de l'Opéra de sang (dont une nouvelle parue récemment dans une anthologie américaine laisse supposer un quatrième volume) est un ouvrage phare dans la bibliographie de Lee.
 

Le chemin quittait peu à peu les bois.
Elle avait atteint une certaine hauteur. Elle entendit le ressac.
Le crépuscule était descendu sur la contrée, le soleil avait disparu derrière les collines. La voûte du ciel se refermait sur la terre. Elle vit deux étoiles et là-bas, de l'autre côté d'un vaste espace dégagé, une bâtisse.
Elle discerna une tour avec son toit en cône, des murs à créneaux, griffés de meurtrières. La lumière défaillante révélait dans un brasier sourd et curieux plusieurs fenêtres étroites. C'était une construction imposante, qui dans le soir tombant prenait des allures d'excroissance végétale monstrueuse. Au-delà, la lande s'étendait en pente douce. En contrebas, non loin, la mer battait les rochers, et les mouettes, ou le silence, pleuraient.
C'était donc là qu'aurait lieu la confrontation. Avec qui, ou quoi?
La tension l'étourdissait un peu, et elle avait posé les deux blocs de plomb.
Il lui fallait maintenant traverser cette étendue dépouillée qui la séparait encore de la maison. Elle actionnerait une sonnette ou frapperait le bois massif avec un vieux heurtoir, et l'un d'entre eux viendrait lui ouvrir. Alors elle pénétrerait dans la Demeure et commencerait à comprendre.

La Danse des ombres, par Tanith Lee, p.35

Comme souvent, on y trouve un personnage féminin très bien campé, plein de contradictions et d'ambiguïtés, luttant contre un destin inéluctable. Ainsi, Rachaela est une jeune femme solitaire, qui n'a jamais connu son père et que sa mère rejette. Cette dernière hait d'ailleurs celui-ci, ainsi que sa parenté, d'une manière presque surnaturelle. Rachaela est donc très méfiante lorsque les Scarabae, la lignée paternelle, la contacte. Complots et manipulations la poussent cependant à trouver refuge au sein de la Demeure, antre hors du temps de cette étrange famille aux habitudes plus que curieuses. Elle y fera connaissance de son père et entretiendra avec lui d'incestueuses relations d'amour/haine. Le fuyant parfois, tantôt appelé vers lui avec force, on ne peut que se demander quel sera son destin et quels seront ses choix ? Refusera-t-elle son héritage, comme sa mère ?
Lee nous fait très bien partager les doutes et les peurs de Rachaela, dans l'ambiance oppressante et claustrophobique de cette bâtisse immense et labyrinthique. Le tout en entretenant une ambiguïté de façade sur ce que sont vraiment les membres de la famille Scarabae, distillant ainsi un fantastique aux limites de la réalité et de la maladie mentale.
 
C'est donc au total un grand roman d'ambiance et un formidable portrait de femme, dont la fin haletante laisse le lecteur dans l'expectative : nous attendons donc le second volume avec impatience !

 

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