Année de notre guerre (l')

Swainston, Steph, 2005

Bragelonne

 
Le Nord de la Quadriterre est envahi par les Insectes, constructeurs des Villes-papier. Mais les peuples de cet univers médiéval décalé (qui a dit que fumer une clope avant de dégainer l’épée était interdit ?) ont de plus en plus de mal à coordonner leurs efforts pour lutter contre cet ennemi dantesque. C’est pourquoi l’Empereur des Immortels leur octroie une aide exceptionnelle. Ils sont cinquante à témoigner d’une expérience qui dépasse l’entendement des humbles gens. Cependant, les discordes éternelles entre mortels, d’une part, et entre Immortels, d’autre part, ne jouent pas en faveur de la lutte contre l’ennemi. Parmi ces êtres d’exception se trouve Jant, un métis issu des Rydhannes, à l’agilité féline, et des Awiens, ces êtres ailés mais incapables de voler.
 

"Un Insecte qui attaquait un homme à terre s’est coincé les mandibules dans l’intervalle entre dossière et plastron. Un autre soldat les lui a tranchées d’un coup de hache, entaillant le cadavre de son ami. D’un autre coup bien net, il a sectionné les pattes arrières de l’Insecte. Un bon combattant mais pas de taille à résister au torrent qui se déversait à présent entre lui et le mur de boucliers. Il est tombé en décrivant des moulinets, en poussant des cris perçants, des antennes lui cinglant le visage, des pinces dérapant sur son armure. Les insectes ont mordu ses chevilles jusqu’à l’os. Ils l’ont entraîné, battant toujours l’air de ses pieds, jusqu’au Mur où les Insectes tapis réparaient la brèche. Ils bâtissaient autour du bélier abandonné, couvert d’une écume qui durcissait très vite."

L’année de notre Guerre, S. Swainston, p. 25

À cette règle contre nature, Jant fait exception. Il est d’ailleurs le messager de l’Empereur. Ce dernier plane tout le long de l’histoire, au propre, comme au figuré, car il est dépendant du cat, une drogue dure qui lui permet d’entrer en contact avec le Passage, où transitent les morts. Jant la Comète vit entre deux mondes, mais aucun n’est fictif. Dans la lutte contre les Insectes, Jant joue un rôle essentiel qu’il ignore peut-être. Supportera-t-il le poids de l’espoir sur ses épaules ?
 
L’univers de l’archéologue anglaise Steph Swainston ne manque pas de potentiel mais n’a pas été exploité à sa juste valeur. Le lecteur est trop vite plongé dans un monde inconnu. Les termes exotiques variés ne sont pas toujours éclaircis à temps, ce qui complique la lecture. De plus, l’intrigue est confuse. Le lecteur s’attachera davantage aux personnages, à la psychologie savamment conçue, mais risquera de s’ennuyer, constatant que l’histoire traîne en longueur. La narration est originale, où l’action est suivie en direct comme en différé, par la presse notamment, et aussi sous forme de flash-back. Aussi, les scènes de batailles sont traitées avec juste froideur et pertinence. Du reste, la bonne traduction de Mélanie Fazi (jeune auteur) ne change rien à la lourdeur de l’histoire. Espérons une meilleure maîtrise pour son dernier roman, No Present Like Time, qui fait suite à celui-ci.

 

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