Borderline 01

Bénard, Lionel (sous la direction de), 2005


 
Après un numéro 00 plutôt réussi, Borderline était attendu de pied ferme. Spécialisé dans le Fantastique, l’Horreur et la Dark Fantasy, ce nouveau fanzine fait la part belle à des genres qui, selon son créateur Lionel Bénard, se font de plus en plus rares dans les rayons des librairies au profit d’une Héroic-Fantasy mercantile. Tout comme les nouvelles, d’ailleurs, qui sont souvent méconnues ou ignorées du grand public. On ne peut pas vraiment lui donner tort, même si ces propos sont un peu excessifs. Coté "habillage", c’est toujours aussi bien réalisé. Les illustrations sont belles, mais dommage que la couverture, soit aussi sombre. Comme celle du numéro précédent, elle aurait gagné à être un peu plus "lumineuse". La mise en page est soignée et, contrairement au numéro 00, les fautes d’orthographe sont rares.
 

"Il paraît que des hommes comme lui, seuls et tristes, on en voit beaucoup dans ce quartier de la ville où vivent de nombreux hommes seuls, et souvent tristes. Et misérables, et venus de misères plus grandes encore, écrasées de soleil, étouffées de poussières rouge, au bout de chemins tracés par des pieds nus dans la terre sèche. Des misères qui tuent bien plus que les massacres, pires que des flopées d’enfants-kalash’ lâchés dans les rues. Des misères qui jettent les hommes au fond du puits à sec pour y creuser sans fin".

Il paraît de Hervé Le Corre p.4

Côté nouvelles, les sept textes se démarquent assez bien de ceux du premier numéro qui étaient davantage tournés vers l’horreur. Ici, nous nageons dans du fantastique plus intimiste qui renonce aux effets gores et tape à l’œil. Et c’est efficace ! "Il parait" d’Hervé Le Corre, qui raconte l’histoire d’un meurtre à la machette dans un bar, est une petite merveille. Triste et poétique, cette balade aux accents de blues ne fait qu’effleurer le fantastique. Un fantastique qui se fait plus présent dans "La mort dans l’âme" première nouvelle publiée de Bruno Marchesson, l’histoire d’un gardien de nuit dans une morgue qui découvre d’étranges taches sur les iris des cadavres… Bien écrite et intrigante, cette plongée dans la folie s’avère un peu décevante sur la fin. Une fin un peu convenue, c’est ce que propose aussi Denis Labbé avec "VRP 85B". Dommage, car l’histoire, partie d’une idée originale, avait été menée de main de maître jusque là.
 
"Loin de l’hiver" de Dan B. Ronelli parle de maladie et de mort. Triste et poétique, pleine de douleur et d’espoir, c’est aussi un texte plein de vie. En confrontant Lovecraft à une créature monstrueuse digne de Cthulhu, "Maudite providence" de Li-Cam est sans conteste la nouvelle la plus originale de ce recueil. Et elle nous emmène dans l’univers du maître de l’horreur avec beaucoup de style. Finalement, seules deux nouvelles ne nous ont pas convaincus : "Salle 19" de Vincent Gagneux qui joue sur l’archi-classique "que se passe-t-il dans cette salle ?" sans innover et "Le métèque" de Guillaume Costille qui se veut dérangeant dans le ton et complexe dans l’histoire… sans que cela se justifie. Bref, Borderline continue sur sa voie de qualité tout en innovant par rapport à son numéro précédent.

 

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