Borderline 00

Bénard, Lionel (sous la direction de), 2004


 
Saluons la naissance de "Borderline", un nouveau fanzine dédié au Fantastique, à l’Horreur et à la Dark Fantasy. Tout un programme ! Comme l’explique son créateur dans l’éditorial, créer un fanzine de toute pièce n’est pas chose aisée mais avec de précieux conseils (l’association Présences d’Esprits) et beaucoup de passion, aucun obstacle n’est infranchissable. Et disons-le d’emblée, le pari est plutôt réussi. L’habillage du fanzine et sa mise en page sont bien réalisés. Les illustrations intérieures sont de qualité et bien imprimées. La couverture, sombre et accrocheuse, donne le ton : les histoires seront noires et dérangeantes. Des histoires au nombre de huit, réparties en quarante pages bien remplies, qui raviront les lecteurs avertis.
 

"Parmi eux, Pygmalion s’était signalé comme le plus réticent et Seliad avait dû déployer des trésors d’ingéniosités et de flatteries pour obtenir l’approbation de son égo surdimensionné. C’était aussi, et de loin, le plus fascinant tueur en série : démiurge macabre à ses heures perdues, il symbolisait le souffle méphitique qui empuantissait l’art contemporain. Les plus grands musées européens avaient d’ailleurs volontiers ouvert leurs vitrines aux cadavres ouvragés de ses victimes. De Paris à Londres en passant par Madrid, ses créations étaient célébrées de façon unanime comme étant les plus novatrices et les plus décadentes de ce siècle. Son univers plaçait en exergue l’éphémère du corps humain vis-à-vis d’éléments inertes et mutilants. Ces matériaux tels, le marbre, l’ébène, le miroir ou encore l’acier, qui frappaient et déchiraient les chairs, la vie durant, et jusqu’à longtemps après la mort, étouffant, découpant, crevant les viandes décomposées. Un angle d’approche intéressant, un rendez-vous improbable entre la fragilité et l’éternité."

Traffic, Amélith Deslandes, p. 9

Le recueil s’ouvre sur "Road Kill" une nouvelle traduite de Harry Shannon, un auteur américain pro. Dommage qu’elle soit si classique et prévisible. Tout le contraire de la nouvelle suivante, "Borderline Traffic" d’Amélith Deslandes, qui est sans conteste la meilleure nouvelle du recueil. Cette histoire de meubles humains et d’artistes de la chair cache, derrière une ambiance glauque et malsaine, une belle réflexion sur l’art. Sans jamais tomber dans la gratuité ou l’excès – ce qui n’est pas toujours le cas des autres textes, comme "La femme écarlate" de Tara E. par exemple – cette nouvelle morbide est parfaite. Retenons aussi "Monstres de foire" de Carole Grangier, une histoire de vampire assez classique certes, mais bien racontée et "Rires enfantins" de Jaime, dans laquelle l’auteur parvient avec subtilité à rendre original un point de départ classique : des personnages de BD qui se rebellent contre leur créateur.
 
Dommage que "Une souris verte…" de François Schnebelen n’ait pas pu mieux tirer parti de son point de départ original. On devine trop vite où l’auteur veut nous emmener et la fin tombe à plat. Mais c’est une nouvelle qui mériterait d’être retravaillée. Au final, Borderline est un fanzine qui assure un bon mariage entre auteurs confirmés et débutants. Et si les nouvelles ne sont pas toutes du même niveau – on oubliera vite "La nuit américaine" de Florent Martin qui accumule clichés sur les vampires, fautes de français et d’orthographe – le résultat est plutôt bon, surtout pour le premier numéro d’un fanzine. Un fanzine qui mérite donc tous nos encouragements et qui mériterait aussi… un bon correcteur orthographique, tant les fautes d’orthographe sont nombreuses. Mais c’est un défaut de jeunesse qu’on excusera au premier numéro.

 

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