Emblèmes n°14 (Les Portes)

Lecou, Antoine (sous la direction de), 2005

Oxymore

 
Quoi de plus banal qu’une porte ? Quoi de plus pratique qu’une porte ? Elle protège des personnes, leur intimité ou des biens, cache ces mêmes individus, leurs secrets, leurs trésors. Elle marque une limite, une frontière, un passage vers l’ailleurs. Au fond, donc, cet objet est à la fois très familier, mais aussi très mystérieux. Ce sont ces mystères qu’Antoine Lencou nous fait découvrir dans cet opus d’Emblèmes. Avant de poursuivre par un très pertinent essai sur le thème de la porte et de ses symboles, l’anthologiste nous dévoile quelques aspects inusités de l’utilisation de ces "lieux de passage".
 

"-Mais à quoi elle ressemble? -Elle est faite en bois de groigne, le seul arbre qui pousse dans les Brolhs du Sud. C'est un bois qui ne sèche jamais et dont la sève pique comme l'ortie. Ses ferrures ont été forgées à Hastivel, avec le fer d'ancien¬nes armes. Son cadre a été taillé dans le bois d'un navire qui fit naufrage au large d'Aspe. Sa serrure est l'œuvre d'un féeur, mort sur le bûcher avant d'avoir pu sculpter la clé qu'aucun serrurier, depuis, n'est parvenu à reproduire... La porte est pourvoyeuse de mort et de douleur depuis des siècles."

Pour qui sonnent les Gonds, Jérôme Noirez, p. 87

Ainsi, que se passe-t-il lorsque franchir une porte ne nous conduit pas au lieu prévu ? C’est la question que pose Olivier Gechter dans un très bon et très amusant texte. Pierre Bordage, lui, nous narre une poursuite à travers des passages temporels, dans une nouvelle somme toute assez classique. Sur ce même thème, la nouvelle de Harry Morgan "Le Premier Transversal" (in Yellow Submarine 132, Conscience Historique) était autrement innovante ! Jay Caselberg s’intéresse quant à lui au gardien d’un passage bien particulier. L’autre auteur de langue anglaise du volume est un habitué des lecteurs de l’anthologie : Charles de Lint nous parle de souvenirs cachés sur fond de légendes indiennes. Superbe et déchirant.
 
Revenons aux francophones qui constituent la majeure partie du sommaire. L’angoissant récit labyrinthique d’Amélith Deslande aura cependant un air de déjà vu pour qui connaît le film "Cube", même s’il est plus question ici d’horreur psychologique que de prison technologique. Mais la perle de ce numéro est la nouvelle noire et sombre de Jérôme Noirez : ce dernier aborde d’une façon intelligente, sensible et cruelle le thème de la pédophilie. La façon dont la porte intervient dans le récit est littéralement glaçante, surtout dans le dernier paragraphe. Au final, un Emblèmes plutôt moyen, mais qui demeure une anthologie très agréable, dont on retiendra essentiellement deux textes superbes (De Lint et Noirez) et d’autres très honorables (Caselberg, Gechter …).

 

                                                                               Best view with IExplorer 5 @ 800x600.   © 2002 Anthesis. Tous droits réservés.