Loi du plus beau (la)

Lambert, Christophe, 2004

Mango, coll. Autres Mondes

 
L’échelle d’Apollon : la loi qui classe les humains selon des critères de beauté subjectifs. Grâce à elle, chacun connaît d’avance ses possibilités de réussite dans la vie. Des possibilités que les malchanceux de la nature comptent sur les doigts d’une main de manchot. Karol, qui n’est que commune, se retrouve, par lassitude de l’échec, dans un groupuscule décidé à abolir cette loi. Mais les moyens pour atteindre leur but sont loin d’être innocents…
 

"— … J’ai été charmé de faire votre connaissance. Karol se lève à son tour et se saisit de la main tendue :
— Moi aussi.
A peine a-t-elle prononcé ces mots que son nez s’allonge comme celui de Pinocchio lorsqu’il ment !
L’agent recruteur en reste bouche bée.
— Je serais réellement ravie de travailler pour Azur.com, poursuit la jeune fille.
Son nez continue de grandir, puis rapetisse tout d’un coup. Marc a un mouvement de recul, les yeux écarquillés, et lâche avec dégoût la main de la jeune femme. Le sourire de la candidate se crispe. Elle sent qu’il y a un problème.
— Monsieur Herpoux, vous… vous êtes tout pâle. Le visage encore si harmonieux la minute d’avant se déforme de façon grotesque."

La loi du plus beau, Christophe Lambert, pp. 19-20

Christophe Lambert est un vrai conteur d’histoires. A la fois dynamiques et profondément attachés à des valeurs humaines, ses livres sont de véritables aventures cinématographiques. Sa cible cette fois : le culte de l’apparence. Une règle de vie qui prend de plus en plus d’importance dans notre société, particulièrement dans la vie des adolescents d’aujourd’hui. Pas une émission, pas une publicité, pas un magazine, sans cette débauche de la beauté quasiment artificielle. La jeunesse d’aujourd’hui est tellement culpabilisée de sa non-perfection qu’elle souffre d’un mal être évident. Christophe Lambert a voulu montrer ce que pourrait devenir un tel culte porté au rang de politique sociale. Il l’amène d’ailleurs à un tel degré de réalisme que l’on se prend à frissonner et à se regarder dans une glace, histoire de savoir si l’on ne risque pas de perdre son boulot le lendemain. Faites donc le test du début du livre, c’est effrayant !
 
Lambert a choisi aussi de visiter une autre des perversions de notre société dont l’actualité témoigne aujourd’hui : le terrorisme. Ici, il prend l’apparence d’un groupe dont le but est singulièrement juste et humaniste : rétablir les chances de tout un chacun face à la dictature de la beauté. Malheureusement, il n’est pas facile de se faire entendre dans une société sourde à la détresse des uns et des autres. Quelle autre voie que la terreur dans ce cas ?
Christophe Lambert n’est-il pas un pervers caché ? Nous faire aimer ses personnages, puis nous amener dans nos retranchements : peut-on les détester vraiment ? Peut-on justifier leur choix jusqu’au-boutiste ? Quelles sont les extrémités à ne pas dépasser, même pour une cause juste ? La violence terroriste n’est-elle pas qu’un déni des responsabilités, un refus de considérer les conséquences de ses actes ? Qu’est-ce qui différencie les nantis adeptes de la chirurgie esthétique au mépris des lois naturels, des extrémistes aigris sacrifiant des innocents sur l’autel de la révolution ? Quelles sont les limites justes ? Comment se faire entendre autrement que par l’extrémisme ? Toutes ces questions sont posées au travers d’une histoire efficace et rythmée. Les images sont chocs mais jamais choquantes. Les vérités sont étalées. Et les pages tournent sans s’arrêter. On referme le livre à regret. Regret que tout soit déjà terminé, si vite. On aurait aimé une plongée plus profonde encore dans les méandres mentaux des personnages. Regret finalement que le livre soit si court. Une frustration qui démontre aussi le talent de Christophe Lambert. Encore !

 

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