Serpent à collerette (le)

Berthelot, Francis, 2003

Dreampress.com

 
Renaud des Îles ne reviendra pas pour ce Noël. La mer l'a avalé goulûment sans penser à sa femme, sa fille et son fils. Pauvres hères qui vont devoir lutter contre le chagrin. Jusqu'au jour où le charmeur de serpent entre dans leur vie, passant de simple saltimbanque faisant sourire la mère, à compagnon venant s'installer dans les murs de Renaud des Îles. Des murs qui devaient protéger sa famille mais qui cette fois, vont cacher un être sournois, un être charmeur mais dangereux, le serpent à collerette…
 

"Frappée d'épouvante, elle reposa le bougeoir et s'adossa au bois du lit comme si elle pouvait y disparaître. La collerette rabattue le long du corps, le reptile tourna son museau à droite, puis à gauche, et enfin se dirigea sans hâte vers elle, en ondulant avec souplesse sur le carrelage. L'effroi la paralysait. Elle ne comprenait pas comment il avait pu quitter sa cage. Arrivé au bas du lit, cependant, il rassembla ses anneaux et leva la tête au dessus d'elle, si haut qu'elle crut qu'il allait la frapper. Elle voulut crier, mais n'y parvint pas."

Le serpent à collerette, Francis Berthelot, p. 43

Ce court roman de Francis Berthelot, qui revient dans le giron du fantastique après avoir navigué dans les sphères de la littérature blanche (avait-il vraiment quitté l'un et seulement rencontré l'autre il y a peu ?) est un conte fantastique déroutant. La mise en place est écrite dans un mélange de conte à la Grimm et de roman du 19ème siècle. Avec une certaine lenteur permettant d'installer les personnages, leur donnant à chacun, par petites touches habiles, tous les éléments nécessaires à faire éclater le drame caché au fil des pages. Le personnage du charmeur s'insinue dans la vie de cette pauvre famille, profitant de leur faiblesse, et va diffuser son venin peu à peu, créant intrigue et méfiance dans la cellule familiale fragile. Le brio de ce roman se trouve dans la façon qu'a Berthelot d'amener le lecteur à comprendre au fur et à mesure quel est le mal qui ronge cette famille sans pour autant en parler directement. (attention, ce qui va être écrit maintenant risque de vous enlever un peu de la saveur que renferme ce roman, alors arrêtez-vous là d si vous voulez la conserver, vous lirez la suite après, et sachez que ce livre est excellent !)
 
Berthelot aborde avec talent un sujet qui met toujours mal à l'aise et que l'on peut soit toucher du doigt sans jamais oser s'y plonger et donc rater le message d'alerte que l'on voulait donner, ou alors s'y perdre en devenant voyeur et malsain, et là, autant dire que le message est mort-né. Oui, l'inceste et l'abus sexuel sont des sujets épineux que Berthelot a su dénoncer grâce à sa maîtrise de l'écriture et des codes du fantastique qu'il manipule avec grandeur. Ce premier roman publié chez la toute nouvelle maison d'édition Dreampress.com est une réussite littéraire. Le bémol est à mettre sur le prix de l'ouvrage et aussi sur la couverture du livre qui s'abîme après quelques manipulations. Dommage.

 

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