Larmes du Démon (les), Le Dit de Cythèle -2

Cluzeau, Nicolas, 2003

Nestiveqnen, coll. Fractale Fantasy

 
Après les tragiques évènements concluants "La Ronde des Vies Eternelles", la Hiérarche Cythèle part à la recherche des âmes de trois membres de sa famille, lesquelles sont disséminées à travers le Multivers. Lors de sa quête, elle croisera différents personnages, certains étant déjà connus des lecteurs de Nicolas Cluzeau, comme par exemple Harmelinde et Deirdre, héroïnes d’un précédent recueil de nouvelles. Car c’est à la découverte d’un monde complexe et immense que nous convie l’auteur. Un Multivers énorme, très bien construit, et décrit dans ses moindres détails. Et c’est là que le bât blesse. Car la complexité de l’univers, sa construction très inventive et méticuleuse prennent le pas sur l’intrigue. Le romancier s’intéresse plus à l’évocation d’une technologie magique ou à la description détaillée d’un événement historique qu’à l’aventure de ses héros.
 

"La présence physique de la créature était telle que Cythèle, Harmelinde, Deirdre et Dougal firent un pas en arrière. Ils sentirent en eux déferler comme un courant d'intelligence comme si un esprit les avait sondés au plus profond d'eux-mêmes. Le regard de la créature s'attarda l'espace d'un instant sur les deux magiciennes, puis sur Dougal. Finalement, il s'arrêta sur la Hiérarche."

Les Larmes du Démon, Nicolas Cluzeau, p. 134

Certes, ces péripéties et leurs conséquences sont très importantes pour le développement ultérieur de l’action, mais la trame principale du livre est interrompue pendant quasiment le quart du récit. De si longues digressions étaient-elles opportunes ? Tout cela détourne le lecteur des personnages, de l’histoire et peut même l’agacer, l’ennuyer, voir même irriter lorsque l’on sait qu’il reste encore deux tomes à paraître. D’autant plus que la progression du récit est sans cesse ralentie par d’innombrables notes de bas de page, sans compter les exergues. Plus de concision aurait donc sans aucun doute été bénéfique au roman, surtout quand l’appétit de description amène parfois à un relâchement soudain de l’écriture.
 
Au total on se trouve ainsi devant un récit aux potentialités énormes, avec une très grande inventivité dans le fonctionnement du monde décrit, que la volonté de l’auteur de tout montrer gâche. Ce n’est pas pour rien que Tolkien et Jack Vance sont cités en quatrième de couverture, et le thème du Multivers fait immanquablement penser à Moorcock, ces trois auteurs étant également de formidables constructeurs de monde. Mais ceux-ci ont mis des années à construire des univers cohérents, par petites touches. Si, avec la maturité, Nicolas Cluzeau parvient à resserrer ses récits tout en conservant cette créativité, il peut être un auteur très prometteur.

 

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