Lemashtu

Li-Cam, 2009

Griffe d'Encre

 
Lemashtu Dracul, futur Roi de Walachie, a dû fuir la Roumanie et l’oppression dont sont victimes les siens. En exil à Londres, il a pour seuls compagnons deux stryges : Féhik, un prêtre dont la sévérité n’a d’égale que la propension aux sarcasmes ; et Aratar, un maître enseignant suspicieux et moralisateur. Lem étouffe sous la surveillance constante de ses aînés et les innombrables règles de sécurité édictées par le Vatican. Il aimerait pouvoir vivre comme les autres adolescents. Mais Lem n’est pas humain. À l’aube de ses quinze ans, il sent monter en lui des pulsions obscures et commence à prendre la mesure de sa véritable nature. L’arrivée de Liéga, un jeune strigoï, vient bousculer son morne quotidien et le confronter à la vérité. Et si Lem se trompait, s’il était infiniment plus précieux qu’il l’imaginait… Si c’était lui qui était en danger…
 

" Je te dis qu’il y a un dragon dans le cœur de tout individu et que s’il se laisse envahir par la colère ou la frustration, le dragon devient diable, comme le disent si justement les tiens. Ceci est vrai pour les stryges comme pour les hommes. Le mal engendre le mal, mais il a toujours une origine, il ne naît pas ex-nihilo ! "

Lemashtu, Li-Cam p.239

Li-Cam est une nouvelliste de talent qui nous a déjà offert de véritables petits bijoux comme « L’ombre de l’arbre abattu », « La petite Bébeth »… Des nouvelles pleines de sensibilité et d’humanisme, des odes à la différence qu’on n’oublie pas de sitôt. Avec « Lemashtu », elle s’attaque à son premier roman et disons-le d’emblée, c’est une belle réussite ! Les défauts qu’on trouve souvent dans les premiers romans sont, ici, quasiment absents. L’écriture de l’auteur, ciselée juste comme il faut, nous entraîne dans une histoire de vampire originale et captivante. Moi qui ne suis pas fan d’histoires de vampires, j’ai été conquis d’emblée. Peut-être parce que, justement, Lemashtu n’est pas qu’une histoire de vampires. Li-Cam a recréé toute une mythologie loin des clichés des suceurs de sang tout en gardant des éléments familiers et historiques (comme Vlad Tepes…). L’uchronie est crédible et rappelle les pages sombres de notre Histoire (les vampires sont parqués dans des camps, traqués comme des bêtes… ça ne vous rappelle rien ?). Les archives secrètes du Vatican qui parsèment le roman l’enrichissent considérablement en donnant le point de vue des différents personnages. Ainsi, même les méchants fanatiques qui faisaient un peu cliché sont vus sous un jour nouveau lorsqu’on découvre le point de vue de leur leader. Les fiches de présentation des différentes castes de stryges sont également très intéressantes.
 
Si la trame principale est assez classique (le parcours initiatique de Lemashtu dans un collège fait inévitablement penser à Harry Potter), elle ne manque pas d’originalité comme par exemple, les expressions des vampires « arrête de coaguler » pour signifier « n’aie pas peur ». Les personnages sont très bien construits, attachants et surtout fascinants. Ils dégagent un magnétisme, une aura puissante (la « potca » fonctionne aussi sur les lecteurs ?) et à ce petit jeu-là, Lem, le héros, se voit voler la vedette par Féhik Alamedu et Aratar. Ces stryges, aux caractères bien trempés, emplis de contradictions, sont bien plus humains que les humains du roman. La scène entre Féhik et Vincent Brault (voir l’extrait), pleine d’émotion, est la plus belle du roman. Et c’est ça que l’on retient : l’émotion qui se dégage, les sentiments qui habitent vampires et humains, qui les opposent mais surtout, qui les lient. La peur de l’autre, la peur de la différence, la tolérance, l’amitié, …

Notons quant même quelques défauts : certains personnages, les féminins surtout, manquent de consistance ; les rebondissements se devinent assez aisément et la scène finale, qui n’évite pas certains clichés, se conclut un peu trop facilement. Mais tout cela n’entame pas trop le plaisir de lecture. Bref, Lemashtu est une fable sur la différence, pleine d’humanisme et de fraîcheur qui, espérons-le aura une suite. La fin étant ouverte… pourquoi ne pas s’y engouffrer ?

 

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