Au cœur d'un décor foisonnant qui renvoie par de nombreux côtés à ceux du Rivage des Syrtes et du Château d'Argol, les personnages évoluent au cœur de vignes qui ne donnent pas du vin mais de l'encre. Décalé dans l'espace et le temps, Le Clos Lothar offre une plongée fantasmatique dans l'âme humaine, tout en proposant une mise en abyme littéraire et philosophique qui nous renvoie à de passionnantes introspections aux marges desquelles surgissent les fantômes de Rimbaud, de Noureev, de Moussorgski voire de la Carmen de Bizet ou de Mérimée délaissée par l'homme qu'elle aime. Comme dans un film de David Lynch, la réalité frissonne et vibre, jouant aux marges d'un univers merveilleux qui ne se révèle jamais totalement. On y perçoit les ombres de loups qui passent en meutes, la silhouette du Clos Lothar construit dans les dépouilles fossilisées de vieux galions remontées à la surface d'une mer asséchée, les chants et les danses de bohémiens détenteurs de secrets et de vérités inaccessibles au commun des mortels et le fantôme d'une femme du monde chère aux deux personnages masculins. Au milieu de ce télescopage de mondes que tout oppose, le lecteur est entraîné sur un chemin habilement balisé par une écriture fine, au style déjà affirmé pour un premier roman, qui puise à la fois dans une imagination fertile et dans des références littéraires et musicales de premier ordre. Cette richesse culturelle alliée à la puissance d'évocation de la narration font de ce roman un rare chef d'œuvre, emprunt de finesse et de classe où se côtoient les ombres de Chateaureynaud, Gracq et Kafka, avec un soupçon de Voltaire pour faire bonne mesure. Comme surgissant du limon fertile de notre histoire littéraire, Le Clos Lothar révèle une plume trempée à l'encre d'une vigne qui s'est depuis affirmée notamment grâce aux parutions d'Orkhidos et du plus récent La Nuit de Fort-Haggar.
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