Débris du Chaudron (Les)

Dau, Nathalie , 2008

Argemmios éditions

 
Un Cerf aux bois gigantesques emmène sur son dos une femme enceinte sur le point d’accoucher. La future mère fait arrêter sa monture près d’un village, celui du peuple du Castor, les Addancs. Leur première rencontre n’est pas ce que l’on peut appeler chaleureuse et ce n’est qu’après un duel entre la représentante de cette communauté matriarcale et notre étrangère que cette dernière dévoile sa véritable identité : Kerridwen Déesse aux trois couronnes et son époux le Dieu cornu Kernnunnos.
 

Nombreux désertaient la surface et regagnaient leurs contrées d’origine, au plus profond du labyrinthe. Les gardiennes de fontaines devenaient saumons et plongeaient dans les profondeurs, les dragons s’envolaient, les hautes fées s’alanguissaient, les filles-fleurs fanaient jusqu’à redevenir des graines – dont les farceurs en habits verts bourraient leurs poches, avant de chausser des souliers ferrés, empoigner des bâtons de route et s’élancer sur les chemins les mieux enfouis.

Ce court… trop court roman est un bijou qui nous replonge dans l’histoire de divinité pré-mégalithique d’un Dieu cornu et d’une Déesse de la fertilité. L’hommage offert à la « Mère » par l’une de ses filles. Les débris du Chaudron est une histoire plausible, celle des descendants de Morvran et Creirwy, enfants de la Reine blanche... Pourquoi pas, même les divinités subissent les fatalités et les coups du sort…
 
Après l’héritage des couronnes blanches et rouges, Kernnunnos et Kerridwen n’arrivent pas à donner un héritier à la couronne noire, le Dieu quitte le foyer pour laisser sa compagne accomplir sa destiné mais les temps évoluent, les humains délaissent les anciennes magies pour un dieu unique avide de sang et de sacrifices. C’est dans ce contexte que nait Affang, être colérique et capricieux. Le retour de l’époux et le meurtre de celui-ci va noircir la cérémonie pour la remise de l’héritage. Cette magie ancestrale demande un jour et un an pour faire bouillir le chaudron et permettre la transmission des pouvoirs. A titre d’information, une année païenne se termine et commence à Samain au moment ou les ténèbres sont les plus longues et où le monde des esprits n’est qu’un simple voile avec celui des vivants, la magie atteint son paroxysme pendant cette période. Trop curieux et imbu de lui-même Affang viole le sanctuaire où il trouve un vieillard occupé à protéger le feu et s’aperçoit, trop tard, du spectre de son ennemi qui hérite par accident de la couronne laissant le poison au fils maudit. La fuite de Gwion, la poursuite de la Déesse, les quatre transformations (représentation symbolique des quatre saisons) et quelques grains de blés plus tard, la Déesse accompli son destin. Et oui, même les Dieux ne sont pas à l’abri de la fatalité, la différence avec le commun des mortels c’est que leur mort n’en est pas vraiment une, mais plutôt un long sommeil entre rêve et réalité protégé par les créatures du petit peuple.
Est-ce que cela explique le renouveau des anciennes religions ? Non. Ce livre laisse comprendre que les premières croyances n’ont jamais été perdues ni détruites par les bûchers et autres procès en sorcellerie (toujours d’actualité d’ailleurs). L’amour pour et de la Déesse est encore plus fort après ces épreuves qu’il n’en a jamais été. Une femme, quelque part donne le nom de la déesse à son enfant, d’autres frappent dans leurs mains et, comme Peter Pan, sauvent des fées. Nathalie Dau réécrit les légendes de merveilleuse façon, ouvrage dont les chapitres sont délicieusement ponctués des magnifiques dessins de Magali Villeneuve.

 

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