Kelis Demi-Cœur, demi Fée de la Cours d’Hiver, se voit convoquer auprès de sa souveraine, La Reine des Neiges, car celle-ci a une importante mission à lui confier : porter un message à la Dame du Givre, Angharad, disparue il y a deux siècles de cela.
Voilà le point de départ du nouveau roman de Léa Silhol, le second, et deuxième Livre du cycle de Vertigen, après le succès que fut La Sève et le Givre. Les nombreux lecteurs attendant le retour de cet univers seront donc ravis de retrouver les Cours d’Ombre, Lumière et Crépuscule, ainsi que les héros qu’ils ont aimés ou souhaités découvrir plus longuement, tels que Nicnevin ou Herne. Et de découvrir de nouveaux lieux ainsi que de mystérieux personnages. Mais, même s’il est évidemment préférable d’avoir déjà lu le roman précédant, Léa Silhol réussit à rendre l’ouvrage accessible au lecteur non familier de son œuvre. C’est même un excellent point de départ pour explorer l’ensemble de l’œuvre de l’auteure.
Il y a huit jours, à présent, Gaemred la Blanche, Monarque d'Hiver, m'a convoqué en son jardin. Une audience privée, à la-quelle je me suis rendu sans poser de question, quoiqu'elle fusse la première de la sorte.
La Reine des Neiges, comme tous les régnants de Féerie, d'une certaine façon, est son fief ; et sans doute tout ce qui compte le concernant. Nous, son peuple, ne sommes que ses adjuvants né-cessaires, des outils et des conséquences de son existence. Plus que nous diriger, elle nous possède, et je doute qu'il y en ait beaucoup d'assez élevés, parmi nous, pour ne pas être prêts à mourir pour le privilège de lui adresser la parole. On m'avait fait dire qu'elle voulait me voir seul. Moi, dont je pensais à bien des égards qu'elle ne connaissait ni l'existence, ni le nom. Seul, dans son jardin, et non dans la salle de glace où elle tient ses audiences de cour. J'y suis allé sans vraiment réaliser, je crois, ce que l'on m'avait dit. Sans temps de réflexion pour craindre ou me poser des questions. Je ne l'avais, jusqu'alors, aperçue que de loin, lors des célébrations. Quoi qu'elle puisse me vouloir, cet aparté dans l'enclave interdite de son propre jardin, derrière le Palais d'Hiver, me paierait pour tout. Même, oui, si son dessein était de m'exiler. Mon peuple est un peuple compliqué. Je ne prétends pas toujours le comprendre.
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Cependant cet univers, que certains retrouvent et que d’autres découvrent, est au bord d’un bouleversement profond, motivant cette recherche d’Angharad par Gaemred la Monarque d’Hiver. Nous allons donc assister, à travers le journal de Kelis, à deux quêtes. D’abord celle, obligatoirement liée, d’Angharad et Finstern, à travers des Cours Féeriques. Puis celle découlant de la transmission du message, offrant deux voies menant à la sauvegarde ou à la destruction des Cours telles que connues jusqu’alors. Épris de liberté et refusant les choix évidents, les deux amants merveilleux vont évidemment s’engager sur une troisième voie, bien plus dangereuse et périlleuse, un véritable pari qui les mènera sur la piste des anciens Hallows, les trésors des Tuatha de Danann, et vers la plus mystérieuse des Cours, la crépusculaire Seuil.
Le style très agréable et fluide de Léa Silhol dans ce roman accentue particulièrement bien l’impression d’urgence, l’état de tension permanente se dégageant du récit, effet souvent renforcé par l’écriture sous forme de chronique de Kelis, qui vit et découvre l’action presque en même temps que nous. Comme lui, nous voulons en savoir plus, connaître la suite : une fois le récit débuté, le lecteur ne peut plus s’en détacher avant de l’avoir achevé. Léa Silhol a écrit ici un véritable Page-Turner, un best-seller en puissance !
Car si La Sève et le Givre, explorant les origines et motivations des personnages principaux, était un roman très axé sur la psychologie des personnages, Nigredo fait pour sa part largement place à l’action, voire à l’action débridée.
Et Léa Silhol réussit également le tour de force d’en faire une œuvre charnière dans son Œuvre. Le roman et sa suite à venir, Albedo, font effectivement office de pivot, de point central de l’ensemble des univers créés par l’auteure. Le style plus fluide que dans La Sève commence à se rapprocher de celui utilisé dans Le Dit de Frontier, donc sert de pont entre ces deux facettes de la même construction, du même univers. Et des indices pointent, permettant de relier les fils entre eux : la mythologie grecque ou les nouvelles aux thèmes angéliques ont ici des échos. La Tisseuse, ainsi qu’est surnommée Léa Silhol, démontre encore que rien n’est laissé au hasard et que les différents pans de son œuvre ne sont que des parties d’un tout.
Au total, l’ouvrage ravira les fans tout en permettant à de nouveaux lecteurs d’aborder avec bonheur cet univers féerique sans concession fait de passion et de personnages surhumains fascinants.
À lire donc, à relire et à faire lire. Avec pour seul regret qu’il faille attendre 2 008 pour pouvoir lire la suite. Mais l’attente n’en rendra que meilleure la parution !
PS : l’ouvrage sortira en librairie le 20 avril, mais est en souscription sur le site de l’éditeur jusque fin mars, et sera livré aux souscripteurs début avril.
http://www.moutons-electriques.com/livre.php?p=intro&n=24
PS2 : Il convient de remarquer ici que cet ouvrage devait initialement être publié par les malheureusement défuntes éditions de l’Oxymore. L’initiative des Moutons électriques de reprendre à son compte cette publication est donc d’autant plus appréciée que l’éditeur la fait paraître dans le format et avec les illustrations initialement prévus. Et tout comme avec l’Oxymore, il existe des versions collectors de l’ouvrage, malheureusement déjà épuisées.