Nanotikal

Hammerchmitt, Marcus, 2006

L'Atalante

 
"Nanotikal". Voici un titre étrange qui mêle "nano" (de nanotechnologie) avec un suffixe maya : "tikal". L’alliance des deux peut sembler étrange et pourtant nous tenons-là le décor de cet étonnant et passionnant roman de science-fiction. Dans un futur pas si lointain, nous sommes en 2136, le monde a changé de visage. Après l’Amérique du Sud, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Nord, l’Espagne a été conquise par les Mayas qui se sont installés sur les ruines de leur ancien colonisateur. Nous nous retrouvons un siècle après cette conquête, à un moment où ce nouveau pouvoir pense avoir définitivement assis son autorité. Grâce à la nanotechnologie dont ils sont d’habiles utilisateurs, le Mayas sont parvenus à recréer sur le sol européen les conditions de vie d’un pays équatorial, ont construit des villes sur celles des Espagnols et ont repoussé le Catholicisme en le remplaçant par une religion cruelle, faite de sacrifices et d’automutilations. Mais derrière ce paravent idyllique, le constat est tout autre ! S’ils ont la maîtrise technologique et militaire, tout n’est pas rose, car un front de libération de l’Espagne tente de secouer le joug de l’oppresseur. On suit d’ailleurs l’un de ses membres : Enrique, un sang-mêlé qui tente de renverser le pouvoir en place. Il s’oppose à l’ahaw Yaki, le censeur de Nanotikal, la ville dominée par un super calculateur. Ces deux personnages, aux parcours diamétralement opposés vont pourtant finir par se rencontrer, et sans doute pas comme le lecteur pouvait s’y attendre.
 

Un prêtre brûla rapidement du copal dans un coquillage et implora les dieux de la mort Hun Came et Vucub Came de ne pas laisser partir immédiatement les deux défunts dans le Xibalbà. Le temps pressait. Même les médecins mayas avaient du mal à maintenir le cerveau en état de fonctionnement après le décès.

(p. 102)

Ce roman réserve en effet bien des surprises. S’il met un certain temps à démarrer afin de mettre en place le décor, l’atmosphère, les éléments mayas, nous renseignant par petites touches sur l’histoire de cette invasion, sur le fonctionnement des cités, sur l’ordre social, l’action est néanmoins rapidement présente et va crescendo. C’est cette montée en puissance qui caractérise l’intrigue de Nanotikal, entraînant le lecteur au fil des pages dans un torrent de plus en plus furieux au cœur duquel les destins se croisent, se décroisent, s’affrontent, s’épaulent, en nous surprenant souvent à l’aide de coups de théâtre et de péripéties bien amenés. La traduction, de bonne qualité, rend la lecture facile (à part "appuyer sur la gâchette", une expression qui m’énerve : on appuie sur la "détente", surtout lorsqu’on est militaire !) Les apports mayas sont nombreux et l’auteur montre une connaissance énorme de ce peuple dont il parvient à recréer l’esprit et la civilisation en l’adaptant à un monde futuriste.
 
En faisant faire une volte face à l’Histoire, Marcus Hammerschmitt parvient à nous faire entrer dans sa vision du monde qui ne choisit ni un camp ni l’autre, montrant que dans toute guerre, il n’existe pas seulement des bons et des mauvais, mais surtout des êtres humains qui souffrent, qui s’interrogent, essayant de survivre parfois contre leur propre camp. Dans un univers en pleine décadence, qui pourrait parfaitement servir de miroir à notre société actuelle, l’auteur parvient à mettre en place des personnages attachants, jamais manichéens qui, par leurs actions, parviennent à donner à l’intrigue un souffle épique. Nanotikal est un roman qui s’offre en reflet de notre société, mais aussi en alternative à un monde capitaliste qu’il est de bon ton de critiquer. En effet, on s’aperçoit que cette société différente conduit aux mêmes excès que la nôtre, ce qui pourrait bien entraîner une prise de conscience chez le lecteur. Car les défauts de ces Mayas du futur ne sont pas si éloignés des nôtres. Un roman réellement passionnant.

 

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